Infininitude

En compagnie : 
d’Esquisses

Ces Schizes ne seront jamais entièrement, n’auront été qu’esquissées. Esquisses en compagnie d’esquisses, voici quelques rencontres anticipées, promesses avortées dans la jubilation que procurent les projets pochades.

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Schizes en compagnie de la Joconde, tableau
Sourire ébauche

Mona Lisa : « On a beaucoup discuté mon sourire, ce qu’il cache ou n’offre pas. On a douté de lui, on l’a nié, on lui a dessiné une moustache, ajouté du rouge à babines, imaginé quelques interprétations scabreuses sur sa raison d’être, on a voulu l’effacer. Mais personne n’a jamais imaginé qu’il s’esquissait à la lumière de tout ce qu’il allait provoquer pour des siècles. Je vous ai bien eus… »

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Schizes en compagnie du Hasard, force imaginaire
Adon et jackpot

Quoi de plus énigmatique que le Hasard ? Ni pour ni contre quoi que ce soit, juste là quand ça arrive, si d’aventure ça arrive, et tout d’un coup totalement d’adon, bingo ! S’en faire un ami pour la vie, c’est le rêve.

Ébauche :
Êtes-vous réel ?
Hasard : Ça dépend.
Pourquoi surgir ici/maintenant, plutôt que là/tantôt ?
Hasard : C’est mon impondérable.
Vous ne choisissez jamais, vraiment ?
Hasard : Non, justement !

À la fois choqué et pressenti ailleurs, il mit immédiatement fin à cette rencontre.

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Schizes en compagnie d’Acer saccharum, arbre
Cabane à sucre

(Extrait d’un soliloque sylvestre à poursuivre.)
« Je suis eau, sucre et bois, ravissement visuel, source de fraicheur, organisme bruissant sous les vents, usine de photosynthèse. J’appartiens à la terre et me déploie au ciel. Je suis refuge, on m’appelle érable franc.

Bucherons, menuisiers, ébénistes, luthiers et cuisiniers me recherchent. En mars on me liche la sève, je charpente les abris humains, et la silhouette de ma feuille apparait sur un drapeau hideux. Humains, pour tout dire en utilisant votre vocabulaire identitaire : vous me faites chier. »

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Schizes en compagnie de Michel Chartrand, syndicaliste et militant socialiste
Ces osties-là !

Avant-gout d’une rencontre posthume qui n’aura jamais lieu :
N’êtes-vous pas décédé ?
Chartrand : Comment veux-tu que j’meure en paix avec la gang d’osties de crosseurs qui dirigent cette province, sacrament !
Vous êtes donc toujours en colère ?
Chartrand : Comment veux-tu que j’décolère, ciboire ! Y a-tu encore quelqu’un icitte qui s’rappelle qu’y faut s’opposer au pouvoir des riches, surtout quand y t’niaisent en pleine face, tabarnak !

Puis il fut question du vide actuel, de la parole molle, de Lucien Bouchard et des humoristes.

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Schizes en compagnie de Jasmine Dubeau, aquarelliste
Tout du long de l’onde

Jasmine Dubeau peint incessamment depuis l’âge de 14 mois. Immédiatement, elle a su peindre les qualités ondulatoires des liquides avec une prodigieuse précision. À ce jour, plus de seize-mille aquarelles témoignent de cette extraordinaire maitrise. La réalité n’étant pas toujours conforme à ce qu’elle devrait être, brièvement nous avons rencontré cette aquarelliste hors norme.

Épure ondoyante : ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ .

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Schizes en compagnie de Bartleby, personnage
Préférences induites

Rien n’a surgi de cette non-rencontre. Nous avons tout tenté, sans résultat.
Mutique malgré les quelques mots échangés, Bartleby fut massif de réserve stratégique.
De ce blocage tranquille, obstiné et subtil, il n’est resté qu’un espoir : que ce refus soit infinininini.

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Schizes en compagnie de Cadavre, corps humain après la mort
Mal aimé

Une nouvelle aventure débute à l’instant, voulez-vous nous initier ?
Cadavre : Je suis un principe actif de transformation, une mue, une chair qui deviendra informe et qui se décomposera. Ma première activité sera une puissante rigidité, ultime tension du corps qui précède le Grand Relâchement. Puis ce seront les présages de la dévastation : coloration violacée de la peau, boursouflures, et l’odeur, annonciation de la putrescence. Le grand travail se prépare ! Bientôt, et c’est là toute l’histoire à venir, je ne serai qu’un pur vestige minéral.

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Schizes en compagnie de Jean Dubuffet, peintre
Réalisme radical du sprint final

« Me voici à la fin, las de toutes les images instituées : effigies humaines pour commencer, puis les arbres, les maisons et tous les objets identifiables. […] Je ne veux plus de rien qui puisse porter un nom, je veux me libérer de la vieille nomenclature dont on voulait me faire croire qu’elle répertoriait la réalité. […] Des réalités il y en a tant qu’on veut, à chacun de fonder la sienne. Au lieu d’adapter ma pensée à une réalité qu’on veut m’imposer, j’estime plus sain, pour me voir bien ancré dans le réalisme auquel j’aspire, de conformer au contraire ma propre prothèse de réalité à l’image de ma pensée. […] Il est bien légitime, venu mon âge, de recourir à des prothèses et de les adapter à ses besoins. Maintenant bien armé de ma nouvelle optique je vais entreprendre de faire des relevés de tous les faits du monde. Du pain sur la planche. » Juillet 1983.

C’est ainsi que Dubuffet dressa les grandes lignes des deux dernières séries de peintures qu’il allait réaliser, Mires et Non-lieux, avant de mourir en mai 1985, à l’âge de 84 ans.

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Schizes en compagnie de Djinn, créature surnaturelle
Projet

Nous avons frotté la lampe longtemps, avons soufflé dessus doucement, sifflé aussi, nous avons été patients, avons tricoté, psalmodié, savamment dansé devant, geint et fait des offrandes.
Rien n’est à ce jour apparu.

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Schizes en compagnie d’Ator Vastatin, pilule
Vous mortels

Nous avons demandé à Ator Vastatin de se décrire en cent mots :
« J’ai été créé afin de venir en aide aux individus qui ont un taux de cholestérol trop élevé. J’appartiens au groupe de médicaments appelés inhibiteurs de l’HMG-CoA, communément appelé statine. Je sers à éloigner la mort par arrêt cardiaque. Je suis bourré d’effets secondaires potentiels, voici mes préférés : constipation ou diarrhée (au choix), maux de tête, troubles de la sexualité (au choix), confusion, dépression, problèmes hépatiques, diabète et troubles du sommeil. Bref, j’épargne le cœur tout en déréglant gentiment le reste de l’organisme : je m’appelle Ator Vastatin, les médecins m’adorent, et vous vous m’avalez goulument sans remords ! »

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Schizes en compagnie de T’Cha Tok, sculptrice néandertalienne
Vénus antérieure

Vieux de 350 000 ans, son imaginaire est prélinguistique, son art, magnifique.
L’entretien que nous avons eu fut hors mots, mais théâtral et musical. Pour rendre cette rencontre dans ce magazine, il nous faudrait un dispositif tridimensionnel de représentations gestuelles intelligemment mimétiques, image et son. Nous attendrons donc l’éventualité d’hologrammes se déployant dans l’espace page après page.

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Schizes en compagnie de ••º•ˇ˚˚ˇ•˘•, plasticien-cienne interstellaire
Paraglutinage

Artiste résidant-te sur DH69X188, exoplanète de l’étoile 187J3X1, située à 7,12 années-lumière de notre système solaire, ••°•ˇ˚˚ˇ•˘• s’est fait une réputation dans toute la galaxie (retardataire humanité, de tout l’univers, il n’y a que toi qui ne connaisses pas son nom). Ses paraglutinages de neutrinos sont uniques et saisissants. Englométrisés en un seul jet les uns après les autres et les uns sur les autres, ces sept-mille-huit-cent-soixante-douze paraglutinages microscopiques sont en onze dimensions, et tous sont rétractables.
Nous aurions voulu rencontrer ••°•ˇ˚˚ˇ•˘•, mais cela est encore plus impossible qu’avec T’Cha Tok. Pour l’instant, l’imagination est la seule solution.

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Schizes en compagnie de Chenille, larve
Forme embryonnaire

Dit succinctement : je suis promesse du papillon.

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Schizes en compagnie de Tiari Kese, pianiste de passage
Biographie introductive

i zo , un d y bu e né Vr a e 1 48. i s d spa d T m itch Ke , d rn e hu sa bu gar , éro n tio l y n pa t cip a x de x g nd s g rres u sièc de nie , t de Lé nida Tché elek, zzo op a o qui c nnut l gloi e au ant à Scala qu’ Bay uth, K se fut levé d’un nière ue le IXe si cle n urait pas d daignée.
Tiari quitta la Bulgarie rouge pour la France tricolore alors qu’il n’avait que 17 ans, en 1965, suite à son acceptation au Conservatoire de Paris. Il apprit rapidement le français de la meilleure façon qui soit : avec la langue, la sienne et celles des plus jolies jeunes filles de Paris. Parisien depuis lors, il fut double Premier Prix du Conservatoire en 1967 (Premier Prix de piano et de cor), évènement rarissime. Ce prestigieux prix de piano, il le mérita en interprétant les onze premiers Klavierstücke de Karlheinz Stockhausen alors qu’il n’a que 19 ans. Immédiatement remarqué par le compositeur de Cologne, celui-ci offre à Kese d’être son nouveau protégé. Kese accepte à l’unique condition que deux nouveaux Klavierstücke soient composés expressément pour lui. Mai 68 voit Tiari se lier d’amitié avec Guy Debord. Il devient alors un fervent situationniste, ce qui le conduira quelques jours plus tard à se faire matraquer en pleine rue lors des émeutes. Il sortira de l’hôpital complètement aphasique, ce qui mettra fin à sa brève collaboration avec Stockhausen. N’empêche, c’est bel et bien Kese que l’on aperçoit personnifiant le compositeur allemand sur la célèbre pochette du disque Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (rangée du haut, cinquième personnage à partir de la gauche). Kese a par la suite été pianiste aux Folies Bergères avant de devenir l’interprète par excellence du répertoire pianistique de John Cage. Celui-ci, impressionné par la maitrise élégiaque toute en retenue de Kese, lui dédia trois œuvres : Cheap Imitation, Kese Cake, et As Many Birds. Kese est également interprète du répertoire de Satie.
Si e ianiste fut p digue, le compo teur dem ra are. Auc enre rement n’a écédé A E W> ( mier en gistre ent ubl de s usiq ) et Bo ul la am agne ( isque briq é n c mpag de M ch F C té) : un isq e e duo ave yui hi Sa moto ’a ja is pa , is un re réa sé ve J y- y Joh son st ort- é. K e n n e ai n n n ouv le p duc d ns l ell i do ra v x ib mu i s is é a D o .

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Schizes en compagnie de Frankenstein, monstre
Prométhée récidive

strong>Monstre, qui êtes-vous, d’où venez-vous, où allez-vous ?
Frankenstein : Je répondrai par énigmes.
Je suis le lointain, je suis tissé de matières infinies, mes yeux sont lanternes magiques, suis-je l’éternité qui dénoue ? Qu’est-ce que la monstruosité, l’amour feint ou le sang défendu ? Si Mary Shelly est ma génitrice et Victor Frankenstein mon subterfuge, qui est l’autre, mon mystère sacrificiel ? Suis-je ecce homo ou transhumain, n’ai-je pas une existence avant la lettre ? Moi, monstre sacré et caché, je vous demande : croyez-vous avoir tout vu ? Avez-vous tous tout cru ? Ne vous trompez pas, je reviendrai bientôt, le siècle m’annonce déjà.

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Schizes en compagnie de Jasmina Soustra, oudiste
Précédé d’identification en 12 préférences

Livre préféré : celui déposé sur la table
Lieu préféré : autour de la table
Jour préféré : tous
Fruit préféré : la vie
Chanson préférée : Nothing Ever Was Anyway
Instruments de musique préférés : oud et corps français, ensemble
Actrice préférée : Jeanne Moreau
Poète préféré : « Puisqu’à la fin de tout tu seras le néant, rêve que tu n’es plus, déjà… sois heureux. » Omar Khayyãm
Artiste préféré : Muhammad Ali
Idéologie politique préférée : franc-parler
Religion préférée : animisme, peut-être
Parfum préféré : le sien

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Schizes en compagnie d’Œuvre, entité
Faire son poids

Œuvre, en quatre phrases creuses et redondantes, est-il vrai que vous prenez du poids avec l’âge ?
Œuvre : Je suis l’esquisse éclose et close. Je suis un devenir devenu. Je suis l’achèvement autosuffisant. J’accepte tous les hommages.

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Petite biographie
Seul et confondu par une fininitude nécessaire, l’auteur ne voit pas comment il aurait pu s’en sortir, sinon par une esquive. C’est d’ailleurs ce qu’il a toujours fait, avec un succès relatif.

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