Homo sapienne, Festival international de la littérature, Montréal

95
2019
Festival international de la littérature, Cinquième Salle, Place des Arts
  • Éric Jean, Homo sapienne, Festival international de la littérature, Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal, 2018. Photo : Maxime Cormier
  • Éric Jean, Homo sapienne, Festival international de la littérature, Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal, 2018. Photo : Maxime Cormier
  • Éric Jean, Homo sapienne, Festival international de la littérature, Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal, 2018. Photo : Maxime Cormier
  • Éric Jean, Homo sapienne, Festival international de la littérature, Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal, 2018. Photo : Maxime Cormier
  • Éric Jean, Homo sapienne, Festival international de la littérature, Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal, 2018. Photo : Maxime Cormier

Homo sapienne
Mise en lecture d’Éric Jean dans le cadre du Festival international de la littérature (FIL)
Cinquième Salle, Place des Arts, Montréal, le 29 septembre 2018

Homo sapienne, premier roman de l’autrice groenlandaise Niviaq Korneliussen, est une œuvre protéiforme qui convoque diverses stratégies narratives afin de mettre en valeur la contemporanéité des personnages et leurs turbulences intérieures. Les pages contiennent des échanges SMS, de la correspondance, un palimpseste de langues qui s’accumulent et se commentent sociopolitiquement entre elles, de nombreuses références musicales pour mieux ancrer le récit dans des contextes populaires et affectifs précis et une structure divisée en chapitres distincts qui esquisse l’intimité de cinq voix.

Le roman est le territoire de cinq figures (Fia, Inuk, Arnaq, Ivik et Sara), traversées par des enjeux identitaires, sexués, genrés et queers. C’est dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland, que sont campés ces protagonistes marginalisés, à la recherche d’un soi cohérent avec leurs interrogations intimes. Ces protagonistes gravitent autour de l’un et l’autre, mais orbitent surtout autour de leurs propres questionnements identitaires. C’est toute la force de l’œuvre : elle rassemble des communautés féministes et LGBTQ+ et parvient à inclure son lectorat au centre de ces vertiges identitaires.

Le 29 septembre dernier, le metteur en scène Éric Jean a présenté une mise en lecture du roman. Si l’œuvre avait déjà acquis une certaine reconnaissance en territoire montréalais grâce à sa traduction vers le français par les éditions La Peuplade (2017) et à une série d’activités menée par la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique (UQAM) à cette même occasion, sa mise en lecture était d’autant plus attendue.

Les qualités féministes et queers du roman ont su trouver un public réceptif et sensible à ces enjeux et l’entreprise d’Éric Jean s’ancrait résolument dans le désir de rester fidèle à ces caractéristiques. La lecture de Homo sapienne a certainement mis en valeur la structure numérale et les tonalités musicales de l’œuvre en présentant les cinq chapitres séquencés par des fragments chorégraphiques et musicaux, où s’activaient un percussionniste et deux vocalistes. L’approche similaire à celle du concert – espace par excellence d’une jeunesse certes libre en apparence, mais somme toute générique – a permis de camper les protagonistes dans une atmosphère relativement intimiste, mais surtout universelle. Le nœud de la proposition réside peut-être dans ce désir d’universalité. Quelque chose de profondément normé se dégage de ce projet où l’approche mimétique face aux communautés queers ne tient pas compte de la précarité de ces récits singuliers et tend plutôt à les esthétiser. Jouer à être queer sur scène, est-ce qu’il n’y aurait pas là quelque chose de séduisant dans ce désir de représenter la marginalité tout en la magnifiant ? Le queer n’est pas qu’affaire de performance, mais relève d’abord d’une expérience vécue en situation de précarité. La notion d’identité ne peut être incarnée avec virtuosité et à force de vouloir universaliser ces postures, la mise en lecture échappe à l’imparfaite et nécessaire effervescence du récit. Si le projet connait une version scénique, il promet déjà d’intéressantes propositions à rééquilibrer avec davantage de fougue et de révolte.

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