Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal, Carnations, Philippe Hamelin

92
2018
Galerie Leonard & Bina Ellen
  • Philippe Hamelin, Expiration, série Sci Fi Haïkus, 2017. Photo : permission de l’artiste
  • Philippe Hamelin, Expiration, série Sci Fi Haïkus, 2017. Photo : permission de l’artiste
  • Philippe Hamelin, Translation, série Sci Fi Haïkus, 2012. Photo : permission de l’artiste
  • Philippe Hamelin, Jungle, 2017 [2013]. Photo : Paul Litherland, Studio Lux @ Leonard & Bina Ellen Art Gallery
  • Philippe Hamelin, Les amis (à l’infini), 2017 [2014]. Photo : Paul Litherland, Studio Lux @ Leonard & Bina Ellen Art Gallery
  • Philippe Hamelin, Carnations, vue d'installation, Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal, 2017. Photo : Paul Litherland
  • Philippe Hamelin, Scène 2 (découpage), capture vidéo, 2014-2017. Photo : permission de l’artiste
  • Philippe Hamelin, Vivariums, capture vidéo, 2017. Photo : permission de l’artiste
  • Philippe Hamelin, Vivariums, capture vidéo, 2017. Photo : permission de l’artiste

Philippe Hamelin, Carnations
Commissaire : Michèle Thériault
Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal, du 30 aout au 21 octobre 2017

Carnations de l’artiste Philippe Hamelin réunit au total huit œuvres produites entre 2012 et 2017. S’il est évident que leur dénominateur commun est un travail d’image de synthèse et d’animation, ce qui caractérise aussi ces œuvres – d’un angle ontologique – est leur « substance » numérique, constituée de 0 et de I. Car si l’image de synthèse nous est visible, c’est parce qu’une machine en a calculé l’équation révélant volumes et textures. Et cette image n’est jamais qu’une surface, une peau derrière laquelle s’agencent des nombres.

Aucunement désincarné, le mot carnation se réfère à la fois à la couleur de la peau et à la matérialité de la chair. Également ancré dans la tradition picturale, le terme était utilisé en peinture au 16e siècle pour parler de la « représentation de la chair de l’homme par le coloris (1) ». Dans les deux acceptions, il y a l’idée d’une matérialité teintée appartenant à un corps – idée qui accompagne, à différents degrés, chacune des œuvres de l’exposition.

Dès l’entrée, l’animation Les amis (à l’infini) nous accueille avec une danse festive et désarticulée. Les chairs des corps en mouvement se meuvent en dehors de toute logique. C’est la règle de l’algorithme déterministe qui prévaut : ce qui anime la surface se soustrait aux lois naturelles.

De danse à poésie : le triptyque d’animations intitulé Sci Fi Haïkus « Point de fuite », « Expiration » et « Translation » propose trois rencontres entre l’univers réel et celui, artificiel, de l’image de synthèse. Éléments formels et issus de la réalité – respectivement, un train, un corps, des oiseaux – se rencontrent en une adéquation de mondes s’informant l’un l’autre.

La série Vivariums est formée de quatre animations, dont deux statiques. Quasi chrysalides, les corps, dans des écrans encastrés, demeurent indéterminés. L’une des animations présente un lent processus d’expulsion – près d’une heure – d’un corps miroir, dans lequel se reflète un étonnant hors-champ : l’atelier de l’artiste. L’autre montre un corps en mue duquel émane une carnation luminescente, aux teintes ondoyantes. Mimant une forme d’appartenance au vivant, ces organismes ne trompent cependant pas sur leur provenance numérique.

Puis une forme d’antichambre : Camouflage bureaucratique (prédateur), une animation, et Jungle, un imprimé recouvrant trois murs, composent ensemble un environnement mixte. La carnation ici est celle d’une doublure d’enveloppe de bureau, soulignant la capacité de cache d’une surface.

Si l’idée de carnation émane de l’ensemble des œuvres, l’animation Scène 2 (découpage) l’évoque doublement. Citation de la scène d’ouverture du film Le Mépris de Godard – avec Bardot nue dans les bras de Piccoli – l’œuvre nous parle d’un corps qui est avant tout une chair. Alors que dans le film, Bardot questionne son amant à savoir s’il aime chacune des parties de son corps, l’œuvre, reprenant entre autres le thème musical de Camille par Delerue, montre une image de synthèse équivoque, à la fois viande et texture numérique.

Une surface est une peau qui est une chair qui est une carnation. Et les corps sont parfois insaisissables.

Note
(1) Dictionnaire de l’Académie Française 1798 (bit.ly/2A4zegE).

Numéro: 
Artistes: 

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Rubriques



Boutique

Encan


Informations



Contact

esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598