Galerie Laroche/Joncas, Montréal, La forêt s’en vient II, Christian Messier

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2017
Galerie Laroche/Joncas
  • Vue d'exposition, Galerie Laroche/Joncas, Montréal, 2017. Photo : permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas
  • Christian Messier, Amour Vaudou, 2017. Photo : Vincent Lafrance, permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas
  • Christian Messier, La bascule, 2017. Photo : Vincent Lafrance, permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas
  • Christian Messier, Le déni, 2016. Photo : Vincent Lafrance, permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas
  • Christian Messier, Lightning field, 2016. Photo : Vincent Lafrance, permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas
  • Christian Messier, Paradise liebe, 2016. Photo : Guy L'Heureux, permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas
  • Christian Messier, Pleine lune, 2016. Photo : Guy L'Heureux, permission de l'artiste et de la Galerie Laroche/Joncas

Christian Messier, La forêt s’en vient II
Galerie Laroche/Joncas, Montréal, du 7 juin au 1er juillet 2017

Laroche/Joncas présente une version augmentée de La forêt s’en vient II de Christian Messier, après que six œuvres du projet initialement exposé dans le lobby de la salle André-Mathieu aient fait l’objet d’une censure hautement médiatisée. La nudité de certaines œuvres avait en effet suscité des plaintes du public jusqu’à ce que [co]motion, la corporation qui gère la salle, les retire, ce qui a mené à l’annulation de l’exposition par l’artiste en mars 2017.

Sans être le sujet des œuvres, la censure est au cœur de l’exposition chez Laroche/Joncas. Les cartels identifient les œuvres censurées de manière à engager une réflexion sur les enjeux de cette condamnation, réflexion qui fut approfondie lors d’une table ronde tenue dans le cadre de l’exposition. Dans la foulée des conclusions polémistes du projet à Laval, cette édition de La forêt s’en vient II revêt une dimension critique axée sur les problématiques de la liberté d’expression qui voile à terme la posture théorique de l’artiste.

La peinture de Messier explore le pathos humain à travers sa culture visuelle et populaire. Il extrait le grotesque et la théâtralité d’images glanées sur Internet et les multiples plateformes de partage. La matière picturale permet en ce sens la mise en exergue des corps et des expressions de manière à en exalter le vivant. La pointe critique de son approche apparait ainsi moins tournée vers les sujets dépeints que vers notre aptitude à reconnaitre et embrasser l’humanité.

Le thème de la forêt met le regard tragicomique et extravagant de l’artiste au service d’une transcription insensée du duel nature/culture. Le geste énergique et parfois sauvage de Messier donne forme aux personnages dont les chairs pastel, fluorescentes ou vert-de-gris se détachent nettement de la nature aux tons rompus. Les contrastes entre les corps et la nuit mettent l’emphase sur les attitudes sans chercher à les parodier. De même, les empâtements, dégoulinures et autres taches traduisent les affects qu’une touche plus réaliste n’aurait qu’exhibés.

La matière picturale chez Messier est éloquente. L’expression est évoquée par la peinture et ses effets de sorte que l’interprétation l’emporte sur la démonstration didactique. Les traits sont par ailleurs rarement clairs et définis, les visages et les corps synthétisent les manières et postures en quelques marques. Les modulations de la matière, de la viscosité compacte au lavis fantomatique, façonnent ainsi un lexique formel de la conscience humaine.

La densité du pigment comme la palette sombre et ses contrastes matérialisent différentes variations sensibles inscrites dans les corps représentés. Les personnages à l’anatomie floue ou schématique ne posent pas. Comme croqués sur le vif, les nus en action de Messier témoignent en fait d’une vulgarité latente instituée par des siècles d’académisme. Ni dieu héroïque ni odalisque langoureuse, ce nu en mouvement est n’importe qui et nous-même à la fois. Si bien que le malaise généré par cette nudité crue et absurde parait moins animé par une pudeur bienpensante que par l’empathie devant son semblable dévoilé et vulnérable.

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