Galerie de l’UQAM et Maison du développement durable, Montréal, Plantas autofotosintéticas, Gilberto Esparza

92
2018
Galerie de l’UQAM, Maison du développement durable
  • Plantas autofotosintéticas, vue d’exposition, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2017. Photo : Galerie de l’UQAM
  • Plantas autofotosintéticas, vue d’exposition, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2017. Photo : Galerie de l’UQAM
  • Gilberto Esparza, Fitonucleum electrocellarii, 2015. Photo : Galerie de l’UQAM
  • Plantas autofotosintéticas, vue d’exposition, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2017. Photo : Galerie de l’UQAM
  • Plantas autofotosintéticas, vue d’exposition, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2017. Photo : Galerie de l’UQAM
  • Gilberto Esparza, Plantas autofotosintéticas - Montréal, capture vidéo, 2017. Photo : permission de l’artiste
  • Gilberto Esparza, Plantas autofotosintéticas - Montréal, capture vidéo, 2017. Photo : permission de l’artiste
  • Gilberto Esparza, Plantas autofotosintéticas - Montréal, capture vidéo, 2017. Photo : permission de l’artiste

Gilberto Esparza, Plantas autofotosintéticas
Galerie de l’UQAM et Maison du développement durable, Montréal, du 10 mai au 17 juin 2017

Au printemps 2017, la Galerie de l’UQAM présentait Plantas autofotosintéticas, une installation sous forme d’écosystème épurant l’eau, du Mexicain Gilberto Esparza, sous le commissariat de Nuria Carton de Grammont et Véronique Leblanc. Le projet soulève le double problème des infrastructures d’écoulement des eaux usées, qui ne sont plus adaptées aux réalités actuelles et aux nouvelles normes environnementales, et du rapport de l’humanité à l’environnement, trop souvent perçu comme un réservoir de ressources illimitées. Mais il attire notre attention sur la capacité des milieux naturels de traiter les déchets organiques, car pour autant que nous ne les submergions pas d’eaux usées, les rivières peuvent se nettoyer elles-mêmes. Plantas autofotosintéticas apparait comme un prototype biotechnologique des alternatives à nos modèles d’épuration.

L’œuvre se présente comme un travail transdisciplinaire (au croisement de l’art, de la robotique et des biotechnologies) et multimédia (installation, robots, vidéos, photos, cartes électroniques…). Au centre d’un des espaces de la galerie, l’installation est composée d’un bocal rempli d’eau où évoluent des plantes aquatiques, des escargots et des petits poissons. À ce bocal sont fixés des tubes reliés à des colonnes suspendues formées de modules contenant des piles à combustible microbiennes (MFC, microbial fuel cell), alimentées par des eaux usées se trouvant dans des récipients placés au-dessus d’elles. Les bactéries digèrent les polluants présents dans les eaux récupérées dans le système d’égout de Montréal, épurant l’eau et produisant des électrons. L’eau assainie remplit le bocal tandis qu’un condensateur convertit les électrons en flashs lumineux, projetés sur les plantes pour activer leur photosynthèse, fournissant de l’oxygène aux escargots et aux poissons. Un réseau électronique, envisagé par l’artiste comme système nerveux, est placé au--dessus du bocal, organise ces connexions interindividuelles en gérant les flux d’énergie et les cycles de distribution d’eau, assurant le maintien d’une symbiose biologique. Le documentaire, réalisé à Montréal, pose le contexte de l’œuvre et oriente la lecture du spectateur dans le sens d’une analyse de la ville. Des radiographies considèrent symboliquement l’installation comme une sorte d’être hybride vivant, mais le tout fonctionne en effet comme un organisme composite, un milieu symbiotique.

Plantas autofotosintéticas est une réponse utopique au problème de la surexploitation de l’eau, mais un modèle tout de même fonctionnel. D’ailleurs, un centre de monitorage exacerbe l’aspect ingénierie de l’installation tout en inscrivant le projet dans une analyse de la ville de Montréal. L’œuvre incite à la contemplation esthétique d’un réel processus biologique de purification de l’eau auquel le spectateur est confronté pour susciter sa conscience écologique. Il entre en contact avec la réalité d’infrastructures centenaires, envisagées avec les moyens de l’époque pour une population qui s’est depuis multipliée, déployées sous nos pieds mais dérobées à notre regard, donc à notre conscience, et dont la question des capacités de traitement des eaux usées et de la viabilité à long terme demeure criante et reposée à chaque fois que nous ouvrons le robinet.

Dans les années d’après-guerre, Norbert Wiener nous promettait que la cybernétique révèlerait ce qui est caché et sa vision s’est actualisée dans la transformation du monde en un gigantesque réseau d’échange d’informations. Le mandat de la cybernétique s’est particulièrement bien développé en art. En l’occurrence, Plantas autofotosintéticas rend l’objet de manifestation artistique transparent aux principes qui l’animent (la purification symbiotique de l’eau comme sens mais également comme mode de transmission du sens) en exposant un écosystème, conformément au mode d’existence de certaines œuvres transdisciplinaires de la cybersphère, que nous nommons « cyberart », en référence aux réseaux informationnels au principe de leur création. Utilisé pour ses capacités poétiques, un réseau biotechnologique devient un organisme hybride lorsqu’on en connecte toutes les parties. Sa présence fait correspondre préoccupation éthique et résolution plastique. Ainsi, l’incarnation de Plantas autofotosintéticas lève le voile mimétique qui tenait habituellement le spectateur à distance prophylactique des eaux contaminées. Il devient impossible d’échapper aux enjeux de l’épuration, moteur technique et symbolique de ce grand organisme. Cette réalité écologique produit une matérialité, un vécu, une expérience sensorielle, esthétique donc, transmettant par les sensations la connaissance des enjeux écologiques et sociaux de la pollution de l’eau.

Plantas autofotosintéticas renouvèle notre compréhension de ce qu’est le cyborg (cybernetic organism). Loin de l’image hollywoodienne d’un corps humain harnaché et à la merci de prothèses électroniques, le cyborg se trouve déjà dans la relation que les bactéries, les plantes et les poissons entretiennent entre eux à l’intérieur du dispositif. Car le cyborg n’est pas nécessairement cet être vivant auquel un terminal numérique a été ajouté – ou qui a lui-même été ajouté à un terminal numérique. Nous devenons cyborgs lorsque nos interfaces numériques conditionnent notre rapport au monde, lorsque les techniques de l’information et de la communication nous intègrent à leur mode de fonctionnement. Dans le superorganisme hybride d’Esparza, le cyborg apparait non comme un modèle figé mais, relativement aux principes cybernétiques dont il tire son nom, comme un état oscillatoire où les biotechnologies et les relations aux organismes jouent le rôle de facteur d’individuation constante. De fait, le cyborg suppose son incorporation au « système technicien ». Ellul voyait dans la mondialisation le symptôme du passage de la technique comme outil à la technique comme milieu. Il voyait également dans la révolution numérique le moyen de ce passage, transformant peu à peu les conditions biologiques d’existence (l’astronaute doit sa survie à son incorporation à l’environnement de la navette, conçu comme milieu de vie synthétique). Les routes de l’information sont aussi des extensions du corps humain (McLuhan), tantôt sous la forme d’un feedback satellitaire améliorant nos performances athlétiques, tantôt sous la forme d’un flash lumineux activant la photosynthèse. Au lieu de voir dans la constitution naturelle des êtres un obstacle au dépassement comme fin en soi des limites du vivant, Esparza relève et exploite les possibilités de symbiose des facultés techniques et biologiques de lutte contre la pollution de l’eau et de production énergétique.

Plantas autofotosintéticas. Montréal from Galerie de l'UQAM on Vimeo.

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