Fallon Simard

Lindsay Nixon
  • Fallon Simard, Calm, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Fallon Simard, Self Destructive Behaviours, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Fallon Simard, Disassociated, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Fallon Simard, my ptsd hurts, 2017. Photo : permission de l'artiste

Des corps monétisés agissant dans des mondes fantomatiques

Sad boy éblouissant guerroyant pour la justice reproductive, queer ouvertement tendre : Fallon Simard est un cas rare dans l’art autochtone. S’appropriant l’esprit vif et la culture virale des générations Y et Z, Simard produit des mèmes qui explorent allègrement les effets complexes du colonialisme sur le corps autochtone, semblant dire « oui, nous avons mal et notre incarnation est douloureuse, mais nous sommes toujours là : vivants, rieurs, résilients, pleins d’amour malgré tout ».

L’œuvre de Simard ne saurait être confinée à l’art numérique sous prétexte qu’elle s’inspire du Web. Ses mèmes perturbent la coupure présumée entre mondes virtuel et réel en demandant : les corps autochtones ne sont-ils pas, comme les productions web, des marchandises – monétisés, chosifiés, leurs parties déconstruites pour consommation par le colonisateur ?

Le colonialisme et l’extraction des ressources produisent, selon Achille Mbembe, des « mondes de morts », auxquels les corps autochtones résistent en combinant pratiques hantantes et spectrales et ressentiment genré. Pour Simard, les corps autochtones sont des cadavres animés, des fantômes : disparus ou mourants, appartenant au passé, incapables d’exprimer ou d’incarner la modernité pionnière – envahis conséquemment par son colonialisme.

Sa description des fantômisations autochtones résiste aux représentations de « l’Indien imaginaire » et à sa logique de la disparition – l’imaginaire littéral de la mort attribué aux corps indigènes – par des mèmes dépeignant la spectrification (ou la continuité) autochtone comme un moyen de résistance. L’un illustre l’engourdissement dissociatif et le sentiment de confusion par une masse colorée accompagnée des mots My ptsd hurts : Simard confronte les spectateurs à une représentation des problèmes mentaux déstigmatisée, éventuellement rattachable à la continuation autochtone. Un autre montre des aliments McDonald et la phrase Just a little disassociated : visualisation de mécanismes d’adaptation souvent jugés malsains ou nocifs, qui aident pourtant à survivre au traumatisme colonial.

L’œuvre de Simard s’intéresse aux maux du colonialisme – notamment l’extraction des ressources – marquant les corps autochtones qui, tous cadavres qu’ils soient, aspirent à se faire renaitre par l’amour. Ce sont des fantômes qui hantent les colonies en subvertissant, par des actes concertés de résistance et de refus, un imaginaire mortuaire imposé.

[Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]

Légendes des photos
Image 1 : Fallon Simard, Calm, de la série meme, 2017. Photo : permission de l'artiste
Image 2 : Fallon Simard, Self Destructive Behaviours, de la série meme, 2017. Photo : permission de l'artiste
Image 3 : Fallon Simard, Disassociated, de la série meme, 2017. Photo : permission de l'artiste
Image 4 : Fallon Simard, my ptsd hurts, de la série meme, 2017. Photo : permission de l'artiste

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