Empathie

95 - Hiver 2019

Face aux troubles que connait le 21e siècle, le fait de cultiver l’empathie, cette capacité à éprouver les sentiments et les émotions d’autrui apparait comme un potentiel antidote à l’individualisme exacerbé et aux sirènes du repli sur soi identitaire. Mais est-ce que l’empathie peut réellement changer le monde ? Ce dossier se penche sur la place de l’empathie dans la création contemporaine et tente de vérifier si l’art peut contribuer à tisser des ponts sensibles entre des personnes géographiquement, socialement et culturellement éloignées, dont les expériences divergent.

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Articles à la pièce

Sommaire:

EDITO

De l’empathie à la bienveillance
Sylvette Babin

DOSSIER : EMPATHIE

Les yeux grands ouverts : la traduction affective dans l’art contemporain
En 2008, le cinéaste Harun Farocki déclarait son désir de trouver une forme d’empathie distanciée et de récupérer, ce faisant, un terme qui lui était interdit dans sa filiation brechtienne. Aujourd’hui, les artistes sont pris entre l’appel populaire à plus d’empathie pour remédier à l’apathie politique et les implications théoriques d’une telle rencontre affective avec autrui. En plus de présenter la terminologie proposée par Carolyn Pedwell sur l’empathie en tant que traduction affective dépaysante ou domesticante, l’auteure analyse deux dispositifs artistiques utilisés par Candice Breitz et Berlinde de Bruyckere pour susciter cette empathie à laquelle Farocki, entre autres, aspirait.
[Traduction de l’anglais par Nathalie de Blois]
Westrey Page

De l’opacité contre les dérives de l’empathie
L’empathie serait un art, une faculté de se mettre à la place d’une autre personne afin de comprendre ses idées, de ressentir ses émotions, d’éprouver ses expériences, etc. Cette acception élémentaire et largement répandue de l’empathie comme fantasme de l’accès direct aux états d’âme d’autrui persiste, non sans le risque de reconduire certaines dérives, dont celles d’une projection totalisante et d’une illusion de transparence. Comment concevoir l’empathie par-delà les limites de la conscience et de la subjectivité, à la confluence de nos opacités existentielles respectives ?
Mirna Boyadjian

L’empathie en question
Ceci est un texte d’opinion sur les dangers de l’empathie comme réaction esthétique – ou du moins sur les questions qu’elle devrait soulever. L’auteure soutient que l’émotion se manipule et que la réaction d’empathie doit être modulée par les faits historiques.
[Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]
Jennifer Griffiths

L’automatisation de l’empathie
L’auteur propose une lecture de Machine Readable Hito (2017), de Trevor Paglen, et de l’intégration de résultats d’algorithmes de reconnaissance des émotions. Il retrace brièvement l’histoire de l’étude des expressions faciales en psychologie et son rapport avec les algorithmes utilisés aujourd’hui dans toutes sortes de technologies numériques. Le concept d’empathie trouve son origine dans la représentation artistique des émotions et cette empreinte est visible dans les travaux de recherche actuels menés en psychologie. L’histoire de cette notion permet d’illustrer en quoi les systèmes computationnels tels qu’ils sont représentés dans l’œuvre de Paglen, servent à moduler et à manipuler les possibilités de compréhension empathique.
[Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]
Grant Bollmer

Empathie active et non-savoir dans Mother Drum de Dara Friedman
La quête de la connaissance ne revêt peut-être pas en soi une importance aussi grande que le fait de s’ouvrir à ce qu’on ne sait pas, même si cette idée peut sembler contraire au but poursuivi par bon nombre d’établissements d’art et leur public. Pour parvenir à ressentir ce que le critique culturel Ta-Nehisi Coates appelle « l’empathie active », le « non-savoir » est essentiel. La création et la présentation de l’installation vidéo Mother Drum (2016), de Dara Friedman, sont abordées sous deux angles, soit l’abstraction et l’empathie kinesthésique. Quelles conditions faut-il réunir pour amener artistes et spectateurs à desserrer leur emprise sur ce qu’ils croient connaitre et laisser la place à la curiosité et à la pluralité ?
[Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]
Michelle Dezember

Victoria Lomasko et le langage graphique de l’empathie
Depuis presque 10 ans, Victoria Lomasko est le fer de lance du journalisme graphique en Russie. Ses reportages tracent un portrait de la Russie contemporaine qui met en lumière les problèmes dont les médias, entièrement dominés par l’État, ne traitent pas : la misère chronique, le nationalisme violent et l’influence de l’Église orthodoxe, la censure, de même que l’effet sclérosant de la mainmise du gouvernement de Vladimir Poutine et des oligarques sur la vie politique et économique du pays. Le travail de Lomasko suscite une prise de conscience et montre qu’une personne au moins se préoccupe assez de la situation pour écouter, dessiner, nommer et faire circuler les histoires, et poursuivre la chronique de son époque, animée d’une empathie qui ne se dément pas.
[Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]
Annie Gérin

Plaisanterie de la mort plate : l’esthétique performativiste de l’empathie chez Julia Martin
Dans le cadre de sa pratique, Julia Martin s’intéresse à la mort, à la solitude et à la souffrance. Pourtant, ses œuvres sont ponctuées de blagues et de références à la télévision ou au gâteau. En usant d’humour, l’artiste amadoue le visiteur, qui se trouve piégé dans une relation empathique avec les sujets difficiles qu’elle explore. L’auteur se penche ici sur les œuvres photographiques et textuelles récentes de Martin sous l’angle de l’empathie, notion approfondie par Barthes, Levinas et Freud, et de la sincérité et du « double cadre » (double-framing) issus des réflexions d’Eshelman sur le performativisme.
[Traduit de l’anglais par Isabelle Lamarre]
Jakub Zdebik

Le système, de l’intérieur et de l’extérieur : des artistes contre la prison
Pour beaucoup de gens, y compris des personnes qui s’identifient à la gauche politique, la simple idée de s’opposer aux prisons parait insensée – la logique semble commander de mettre en prison l’auteur d’un crime. Or, nous savons qu’il y a des failles dans le système de justice et que, à propos de la criminalisation de certaines communautés, les préjugés systémiques sont avérés. Sheena Hoszko et Jamie Ross ont récemment créé des œuvres qui parlent de leur expérience comme abolitionnistes et militants antiprisons.
[Traduit de l’anglais par Isabelle Lamarre]
Amber Berson

ATSA : quand l’art tend la main
Commémorant le décès prématuré de Pierre Allard le 25 novembre 2018, cet article effectue un survol global de la pratique d’art engagé de l’ATSA, composé du duo d’artistes Pierre Allard et Annie Roy. Deux œuvres y sont plus spécifiquement abordées (L’État d’Urgence (1998-2010) et Le temps d’une Soupe (2016-)) en lien avec le dossier thématique sur l’empathie. L’auteure y souligne l’engagement politique et artistique des artistes dans la sphère publique tout en contextualisant leurs « actions » installatives et humaines dans la conjoncture souvent aliénante et déshumanisante qu’apportent les réseaux sociaux et leur utilisation quotidienne.
Anne-Marie Dubois

PORTFOLIO

Sylvie Cotton
par Anne-Marie Dubois

Yann Pocreau
par Chloé Grondeau

Maryse Goudreau
par Aseman Sabet

Duke & Battersby
par Mylène Ferrand

SCHIZES

Cartographie rhizomique de l’empathique
Michel F. Côté & Catherine Lavoie-Marcus

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Alisha Piercy, Centre Clark, Montréal par Michael Eddy

David Wojnarowicz, Whitney Museum of American Art, New York par Julia Roberge Van Der Donckt

Emily Promise Allison, Untitled Art Society, Calgary par Maeve Hanna

Anri Sala, Galerie Chantal Crousel, Paris par Nathalie Desmet

Amy Sillman, Camden Arts Centre, London, U.K. par Emily LaBarge

MACBA Collection: Beneath the Surface, Museu d’Art Contemporani de Barcelona, Barcelona par Julia Skelly

Agir en son lieu, Les Ateliers des Arques, Arques par Vanessa Morisset

Agnieszka Polska, Hamburger Bahnhof, Berlin par Anaïs Castro

Allison Katz, Oakville Galleries, Oakville & MIT List Visual Arts Center, Boston par Daniella Sanader

L’architecture en soi et autres mythes postmodernistes, Centre canadien d’architecture, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

Caroline Cloutier, The Invisible Dog Art Center, New York par Didier Morelli

L’imaginaire radical : le contrat social, VOX centre de l’image contemporaine, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

Béatrice Balcou, La Ferme du Buisson, Noisiel par Camille Paulhan

Rebecca Belmore, Georgia Scherman Projects, Toronto par Alex Bowron

Ed Pien, 1700 La Poste, Montréal par Amelia Wong-Mersereau

Arts de la scène

Homo sapienne, Festival international de la littérature, Montréal par Julie-Michèle Morin

Lévriers, Montréal, arts interculturels, Montréal par Christian Saint-Pierre

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