éditorial

23 - Eh bien ! Regarde donc ça ! Il y a un coeur qui fait fonctionner la machine ! - Automne - 1993
Le comité de rédaction

Les modifications à la loi 101 affirment la volonté de nos élu-e-s d’opter pour la facilité, en renonçant à protéger légalement notre spécificité culturelle. Au gré des changements de régime, les discours des politicien-ne-s, des économistes et autres, utilisant systématiquement un langage creux et des faux-fuyants, reflètent une navrante absence d’idées, décourageant tout projet de société. Nous pouvons comparer les idées actuelles de nos gouvernements à une bouteille de bière éventée, oubliée sur la tablette depuis trois jours! Sans projet de société cohérent, comment pourra-t-on à long terme conserver notre identité et notre langue?

Il faut arrêter de laisser les choses, par découragement ou indifférence et, à la mesure de ses moyens, tenter de s’impliquer. Penser autrement (par exemple, adopter d’autres arguments que des arguments commerciaux à-plat-ventristes pour défendre des modifications à une loi linguistique, hein! Ryan) et, par conséquent, écrire autrement (donc éviter cette langue de bois que les partis politiques, par exemple, utilisent abondamment).

C’est dans ce sens qu’à ESSE, nous optons pour un langage intelligible de tous et toutes, qui serait une combinaison de la langue parlée (du milieu) et du français écrit, et qui nous rapprocherait de l’essence de la production artistique québécoise. Et donc de la vie elle-même.

Certains propos entendus récemment dénoncent l’appauvrissement de la langue québécoise. Pauvre par rapport à quoi? Au français «international»? Pourquoi nous conformer systématiquement à ce dernier? Il ne reflète pas invariablement notre réalité.

Exploiter la richesse des nuances de notre langue pour une communication vivante au sein de notre société est un moyen pour nous d’affirmer un véritable engagement politique.

La langue québécoise est différente, adaptée, formée à même notre histoire particulière en Amérique du Nord. Elle est vivante, mouvante. Une prise de conscience de la valeur des caractéristiques de notre langue s’est effectuée dans la foulée de la Révolution tranquille des années 60. Le joual, vue comme une marque de colonisé-e-s, fut assumé, utilisé comme «outil littéraire» par plusieurs écrivains. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement : une réminiscence d’un certain purisme de la langue française (symptôme de la pensée politique actuelle?). À titre d’exemple, on a bien vu la résistance de nombreux/euses Québécois-e-s à voir inscrits dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui des mots pourtant utilisés couramment. Qu’attendons-nous pour assumer l’exceptionnel qui nous distingue?

Tout est lié : situation politico-économique, art, vie quotidienne. Comment parler d’émotions vraies, lancer des cris du cœur, en prenant des tournures imposées par d’autres? Comment rendre compte d’une réalité dans une langue désincarnée? Il est certain que de prôner des textes bêtement terre-à-terre peut entraîner un danger, une facilité réductrice, nous en sommes bien conscient-e-s. Une langue gardant ses couleurs n’implique pas nécessairement un manque de précision, de clarté et de vocabulaire. Nous souhaitons que dans ESSE, à la lecture d’un texte, on sente battre le pouls de l’auteur-e.

Esse n’échappe pas à certaines remarques concernant la qualité de la langue employée. Une langue québécoise vivante n’est pas toujours considérée comme étant de mise dans une «revue d’art» qui se respecte. Mais pour nous, penser autrement ne signifie pas uniquement jongler autrement avec les théories pour montrer que nous les connaissons nous aussi. Cela suppose écrire autrement. Le fond et la forme. Et ainsi pourrons-nous peut-être donner à d’autres le goût du risque, d’inventer…

Et maintenant, dans la pratique, que comporte ce numéro de ESSE?

Un DOSSIER, volumineux encore une fois. Pour les comptes rendus en surface, il y a d’Autres revues. À la fin de l’éditorial du numéro précédent, nous avions annoncé une nouvelle ère : un peu moins de «dénoncite» et plus de «positivisme»! (Nous avons d’ailleurs dû nous forcer pour conserver au présent éditorial un ton plus affirmatif…) Et bien, qu’en est-il de ce dossier? Les sceptiques seront-ils/elles confondu-e-s? Avec «Eh bien! Regarde donc ça! Il y a un cœur qui fait fonctionner la machine!», nous avons opéré un changement de cap. Au lieu de porter notre attention sur ce qui gravite autour et profite de l’activité artistique, nous nous sommes concentré-e-s sur le centre-moteur même de toute la structure : les artistes eux/elles-mêmes et leurs propos, préoccupations et solutions. À ne plus perdre de vue!

Dans le même état d’esprit que celui qui a guidé la conception du dossier, les deux artistes mis en scène par Paul Grégoire dans les actes 11 et 12 d’Alzheimer social (chronique GOSSAGE) essaient eux aussi d’être «positifs»… quoiqu’ils soient loin d’y être parvenus. Ici, encore, la manière d’écrire importe. Les mêmes propos dans une prose habituelle n’auraient pas la même portée.

Penser autrement, agir autrement. Le fond ne suffit plus : il y a la manière. Un leitmotiv qui, curieusement, revient aussi dans deux textes du présent numéro, tous deux dans la nouvelle chronique APRÈS VOYAGE.

Les auteur-e-s de ces articles abordent la rencontre avec d’autres cultures en essayant de voir ce que les autres peuvent leur apporter, et non le contraire. Dans «Itinéraire pictural», Jocelyn Fiset profite du récit de son expérience en Russie pour émettre quelques réflexions sur sa propre démarche. Voilà un exemple, et ils se multiplient, d’artistes qui repensent en profondeur la manière même de faire de l’art, cherchent à trouver d’autres formules hors du cercle habituel «production d’objets/exposition/marché». Face à un système qui n’a pas assez de place pour accueillir tous/toutes les artistes, et face à une urgence dans le monde, dont pollution et surconsommation en sont deux aspects. Dans «Frontières transparentes. Regard sur le Mexique», Dominique Laquerre souligne l’attitude des artistes mexicains face aux structures : ces artistes, au lieu de les investir, et forcément d’adopter les mêmes fonctionnement et discours, privilégient plutôt la force de l’irrationnel pour régénérer autrement ces systèmes. Alors qu’ici on se noie de plus en plus dans la structurite aiguë et qu’on ne cesse de rationaliser la culture, quelle voie intéressante! Justement, à ce sujet, le DOSSIER SUITE de ce numéro rend compte des récents développements dans les démêlés entre le RAAV et l’AADRAV, sujet du dossier précédent. Et où en est-on rendu? Pas plus loin!

Richard Foisy, quant à lui, trace un PORTRAIT de Jean Narrache, écrivain-poète des années 30-40. Celui-ci s’inscrit merveilleusement bien à l’intérieur de ce numéro de ESSE : sa recherche d’une langue populaire authentique en accord avec son souci de traiter de la réalité quotidienne des plus démuni-e-s de la société nous fournit un bel exemple.

D’autres artistes partagent notre ras le bol des propos ronflants utilisés dans le milieu des arts visuels. Sous COUP DE GRIFFE, Joan Baker nous signale qu’elle aussi avait déjà manifesté son exaspération face au discours employé dans les communiqués de presse annonçant les expositions. Autre COUP DE GRIFFE : Pauline Morier attire notre attention sur le fonctionnement de la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée du Québec. Une pratique (parmi plusieurs défavorables aux artistes) qui est entrée dans les habitudes, mais qui mérite d’être questionnée. On pourrait également considérer la collecte des diapos par les instances subventionneuses, à Québec et Ottawa, depuis des années. Et si le Musée du Québec souhaite constituer un répertoire en diapos des artistes québécois-e-s ayant souscrit à son concours, pourquoi les artistes doivent-ils/elles en assumer les coûts?

La chronique MONTRÉALITÉS contribue elle aussi à traiter de ce «cœur qui fait fonctionner la machine» en s’attardant aux productions artistiques elles-mêmes, à leur contenu. Jean Patry le fait en danse (chorégraphies récentes de Blackburn et de Perreault) et Johanne Rivest en musique (festival Tohu-Bohu).

Les productions artistiques anciennes du Québec s’articulaient autour d’un contenu, tout autant que les productions actuelles, grâce notamment au rôle qu’y jouaient les symboles et les références iconographiques. C’est ce que Bernard Mulaire aborde dans la chronique DOCUMENT en faisant l’étude de cas particuliers. On se surprend de constater avec l’auteur à quel point la recherche en art ancien du Québec souffre de lacunes.

Luis Neves propose dans ce numéro la suite, tout aussi explosive, de Cité solitaire avec un premier épisode du Chien de Sagres qui prend également sa source dans l’histoire socio-politique. Nous y retrouvons quelques-uns des personnages rencontrés dans Cité solitaire qui se déroulait au Québec en 1968. En ce qui a trait à Chien de Sagres, l’action prend place en Allemagne aujourd’hui.

Une revue d’opinions n’existe pas sans débat, critique, mise au point. Après deux articles assez durs qui leur ont été consacrés, les responsables de La Fou-Art répondent. Et c’est tant mieux. À ESSE on encourage avant tout le dialogue.

À suivre, pour voir où nos efforts de «positivisme» nous mèneront… Au bleu pastel et au rose bonbon?

22 - L'art est ailleurs (ou les enjeux de la loi 78 sur le statut professionnel des artistes: qui en bénéficiera ?) - Printemps / été - 1993
Le comité de rédaction

Nous aurions pu croire que la démission de Mulroney était une bonne nouvelle. La maladie de Bourassa également. Mais quand on se trouve sur l’assurance-chômage, avant de tomber sur le bien-être social, quand on cherche un travail hypothétique pour ne pas dire illusoire, le portrait général est morose. Ce n’est pas le renouvellement de nos représentant-e-s politiques qui va nous redonner confiance, surtout pas avec des personnages de la trempe de Camille Samson qui nous revient du quaternaire.

Le milieu des arts visuels reproduit, à une autre échelle, le même phénomène qu’on rencontre à l’échelle politique : un parti ou l’autre, un clan ou l’autre, où les coqs se chamaillent pendant que les autres, électeurs/trices ou artistes, continuent à être tenu-e-s à l’écart ou tout simplement indifférent-e-s.

C’est en partie le sujet du DOSSIER de ce numéro, «L’art est ailleurs». Avec la loi 78 sur le statut des artistes en arts visuels, le gouvernement est carrément en train de régenter la pratique des arts au Québec et effectue ainsi un véritable détournement du problème réel. Les préoccupations des artistes ne se résument pas uniquement à des clauses de contrats, une mise en marché des produits culturels ou une gestion exemplaire de carrière.

Le dédoublement du ministère des Affaires culturelles, devenu ministère de la Culture, en une seconde branche, soit le Conseil des arts et des lettres du Québec, ne règle rien, pas plus que l’imposition d’un nouvel organisme représentant les regroupements et les artistes en arts visuels du Québec. Le RAAV ou AADRAV, l’AADRAV ou le RAAV, de toute façon nous devrons ramer en cadence… et vogue la galère! La majorité des artistes ne sont même pas au courant — ou ne veulent pas l’être — que deux organismes se battent dans les hautes sphères pour les représenter.

Nous aimerions beaucoup mieux ne pas avoir à grogner mais avec l’état actuel des choses, nous ne pouvons faire autrement. Coupures de subventions, désintéressement perpétuel de notre classe politique face aux arts, voilà le tableau qui fournit encore une fois l’occasion à Sylvain Latendresse de grogner un peu plus, ce qu’il fait dans son texte «6/49 + 2 gratteux = politique culturelle» sous la chronique COMMENTAIRES. Et comme la conception de l’art de la classe politique ici décriée se trouve soutenue et renforcée par la loi 78, il faudra continuer à aiguiser ses crayons!

Mais le gouvernement n’est pas le seul responsable des problèmes vécus par les artistes. Nous avons soulevé dans nos précédents dossiers l’absence d’implication sociale et l’indifférence consciente ou non des artistes. Nous constatons, encore, qu’une part des responsabilités leur revient. Le texte d’Anne Thibeault, «Oyez, Oyez, braves gens qu’on nomme artistes!», sous la chronique OPINION, dénonce le processus de sélection de l’édition 1993 de l’événement La Fou-art qui diffère de celui de l’édition de l’année passée (d’ailleurs traité dans le numéro précédent). Ce texte critique encore une fois la pratique d’imposer des frais d’inscription. À ce sujet, toujours vigilant-e-s, nous avions dénoncé, dans le numéro précédent, deux organismes qui continuaient à appliquer cette pratique. Nous en avons reçu des échos. À lire sous la chronique DOSSIER SUITE.

L’exposition Pop Art (présentée par Pop-Tarts) du Musée des beaux-arts de Montréal a encore une fois relégué les artistes québécois-e-s au rang de «Parent pauvre?» Marie-Josée Jean nous en parle dans la chronique MONTRÉALITÉS. Comme si nous n’étions pas habitué-e-s à être mis au rancart. Au lieu de seulement dénigrer négativement et ainsi refaire le discours de l’institution, ce texte a été conçu pour «être» ce volet manquant de l’exposition du musée. Volet modeste, mais tout de même! Il tente de faire une démonstration succincte qu’il y a bien eu une production Pop québécoise forte.

Il en est toujours un peu ainsi au Québec, peu importe le domaine. Une certaine élite intellectuelle au pouvoir en est encore à renier ses racines, à preuve la polémique engendrée par la publication du Dictionnaire québécois d’aujourd’hui. Paul Grégoire y répond avec son «Dictionnaire» sous la chronique OPINION. Il nous est apparu important de se prononcer sur ce sujet d’actualité, surtout qu’à ESSE se fait une recherche primordiale au niveau d’une langue qui nous soit fidèle, d’une langue qui ne soit pas hermétique ni inaccessible. Cette langue puise à même une expérience près de la quotidienneté et par conséquent de la vie, donc de la poésie. ESSE continue d’être une revue sensible à son milieu. Nous avons envie que les gens qui nous lisent comprennent ce qui est écrit sans artifices inutiles — ce qui ne veut pas dire sans profondeur — et surtout que ces textes provoquent un désir de la part des lecteurs/trices d’écrire à leur tour dans une revue qui, somme toute, est ouverte à toutes les opinions. D’autres périodiques s’occupent déjà très bien du langage spécialisé de l’art. Nous ne croyons pas que l’on ait besoin d’un de plus.

La nouvelle minichronique COUP DE GRIFFE amorcée au dernier numéro semble répondre à un besoin. Dans le présent numéro : deux nouveaux coups. Christine Palmiéri, pour sa première collaboration à la revue, nous parle d’une expérience vécue dans «Flammes… Feu… Fumée… Cendres…». Combien d’entre nous ne nous sommes-nous pas trouvé-e-s dans ce genre de situation où une galerie nous promet mer et monde, pour en fin de compte nous renvoyer poliment à une autre galerie, galerie qui, elle, nous répondra la plupart du temps par une belle lettre de refus? En fait, ce n’est pas tant d’être refusé-e-s qui met notre patience à rude épreuve, mais le type de lettre de refus qui donne l’impression que les galeries se passent de l’une à l’autre la copie conforme. Anne Thibeault, quant à elle, en a «Ras le bol» du manque de respect flagrant envers l’artiste que ces lettres laissent entendre.

Paul Grégoire poursuit allègrement son aphasie de contiguïté avec deux autres actes de sa pièce Alzheimer Social, dans la chronique GOSSAGE. Cette série suscite jusqu’à maintenant un peu de controverses… mais également des adhérences immédiates.

La critique virulente de la politique répressive des années 60 par le biais de la bande dessinée Cité solitaire de Luis Neves se termine dans ce numéro-ci. Après 11 épisodes et 61 pages, Neves en arrive à la fin d’une étape; dès le prochain numéro il poursuivra sous un autre titre, mais avec les mêmes personnages.

Dans la chronique COMMENTAIRES, Sylvie Raquer nous propose, avec «Le dilemme de la performance», une réflexion toute personnelle sur comment, elle en tant qu’artiste, voit sa place qu’occupe la performance aujourd’hui.

Dans la chronique QUÉBÉCITÉS, Jacques Desruisseaux commente la dernière exposition de Christian Noreau. Son article «Le don» restera la seule trace de cette production généreuse.

Nous accueillerons toujours avec joie les textes qui traitent d’autres pratiques que les arts visuels. Dans la chronique ENTREVUE : la musique électroacoustique se trouve confrontée à des problèmes d’original et de copie, tout comme le même problème se pose en arts visuels avec le support informatique; pour les besoins de son texte «Électroacoustique, multiples et original», André Greusard a rencontré Michel Tétreault, compositeur. Et dans la chronique MONTRÉALITÉS : Jean Patry récidive, avec le commentaire «Il en est des festivals comme des vins», à propos du Festival international de nouvelle danse de Montréal, édition 1992; il avait déjà, dans le no 20, critiqué l’édition 1991 de ce festival qui devient maintenant un événement annuel, participant ainsi à ce phénomène très actuel de quantité — faisons un événement à tout prix — et de rentabilité — de l’argent, il y en a toujours pour ce qui fonctionne le moindrement à un niveau international -, au détriment parfois du public intéressé et des chorégraphes québé-cois-es écarté-e-s.

Sans minimiser l’importance de dénoncer, il reste qu’on peut tomber facilement malade d’une «dénoncite» aiguë! Continusserions-nous ainsi que nous nous retrouverions coincé-e-s dans le dernier tiroir de la commode. Ouvrir! Ouvrir! De l’air! avons-nous crié en chœur. C’est dans cette optique que nous préparons le prochain numéro. Surtout à la suite de la rédaction du dossier de ce numéro, nous avons vraiment touché un extrême, le fond du fond : il n’y est toujours question ni d’art, ni sa pratique, ni de son contenu. Tout en conservant notre mordant, nous envisageons un dossier tourné vers l’autre extrême, l’autre versant de la montagne, qui vous fera voir l’avenir sous son côté positif.

Parce que, voyez-vous, les artistes continuent à produire. Et ça c’est mauditement important!

21 - Une drôle d'histoire trop triste pour ne pas en rire - Hiver - 1993
Le comité de rédaction

NON au OUI, pour «AUTREMENT»

L’après-26 octobre

Depuis la parution du dernier numéro de ESSE, certains événements ont lieu au Québec, un certain 26 octobre. Considérons le type de discours qui nous était alors proposé, et puisque la binarité semble à l’honneur ces temps-ci (et les référendums également), procédons par colonnes : OUI – NON. Mais pour contrer l’impression désagréable de tourner en rond, permettons-nous d’en ajouter une troisième que nous appellerons L’AUTRE. Celles du OUI et du NON correspondant à quelques éléments du projet social des deux options qui se sont affrontées lors de la campagne référendaire québécoise, celle de L’AUTRE étant d’à-côté, l’autrement, qui suppose un changement de pensée en profondeur. Au moment où le paysage mondial se fendille – des frontières bougent, des pays sont en redéfinition (même notre page couverture semble en avoir subi les répercussions) – nous ne faisons que colmater les brèches. Ce travail est inutile parce que toujours à recommencer. À l’image d’une personne qui s’acharne à construire et reconstruire sans cesse une maison avec les mêmes matériaux que l’ancienne, à l’endroit même où la brèche s’est faite, au lieu de construire une autre maison, à côté, sur un terrain stable.

Pendant ce temps… et en rapport avec les événements qui ont ébranlé le Québec : nous avons été «positivement» en faveur du NON. Pour ne pas céder au chantage de la peur, pour ne pas accepter de mettre un point final au désir de se prendre en main, pour afficher pleinement notre confiance en nous-mêmes. Par contre, quel choix avions-nous! Les choses n’étaient pas aussi simples.

OUI
Les arguments du OUI portaient toujours sur le rendement économique : atteindre la plus forte croissance, afficher le plus bas taux d’inflation, et autres plus plus;
NON
les adeptes du NON partageaient les mêmes buts, soit une plus grande force économique, quoique obtenue avec davantage de pouvoirs de décision.
AUTRE
Pourquoi tant s’échiner et ne pas être simplement ce que nous sommes, au mieux? "Deviens ce que tu es", disait Nietzsche.

OUI
De toute façon, même le discours économique est biaisé et n’a plus de valeur scientifique : ainsi une banque aurait des visions de chaos,
NON
alors qu’à partir des mêmes données, d’autres économistes pensaient le contraire.
AUTRE
On pourrait plutôt offrir un modèle de développement au niveau mondial, se fixer comme objectif, par exemple, d’éliminer la pauvreté et d’y concentrer tous les efforts, y compris ceux engloutis dans la défense militaire.

OUI
Le discours politique du OUI était déconnecté : les vrais problèmes des gens (se trouver un emploi…) étaient évacués;
NON
et c’était la même chose dans le camp du NON.
AUTRE
Souvent, les propos les plus intéressants sur ce débat proviennent des gens autour de nous, et ces propos tiennent compte des contingences de la vie quotidienne.

OUI
Les OUI misaient sur une campagne de peur, sur la désinformation,
NON
alors que les NON agissaient défensivement.
AUTRE
à quand un discours affirmatif, qui affiche une confiance en soi, en toute conscience?

OUI
Bourassa représente une classe élitique
NON
Parizeau de même (tous deux sortent d'ailleurs des mêmes écoles de formation).
AUTRE
Il faut changer la vision de l'histoire, car celle-ci découle du regard de ceux qui ont le pouvoir.

OUI
Dans tout cela, il y a maintien de la structure de pouvoir telle qu’elle existe,
NON
et cette structure n’est jamais remise en question.
AUTRE
Il faut changer cette notion même de pouvoir, car même si les individus sont remplacés, ils sont toujours pris dans la même structure qui, elle, ne change pas.

Constat : OUI ou NON, c’était presque du pareil au même. Il faudra repasser pour avoir un véritable choix. Le OUI et le NON relevaient d’un même débat, suscité par une forme d’exercice de la gestion gouvernementale qui repose, elle, sur un type très particulier du maniement du pouvoir. Et si ce débat nous a tous conduits dans cet épouvantable cirque que nous avons vu, vers un gaspillage si éhonté des fonds publics, vers cette impasse qu’il fallait refuser, c’est à cause de ce type d’exercice du pouvoir. Un type traditionnel, qui cherche davantage à protéger les intérêts de ceux et celles qui le détiennent qu’à imaginer et à réaliser un projet de société. Un type de pouvoir qui cherche à imposer pour gouverner. N’est-il pas symptomatique que les acteurs/trices de notre paysage politique soient les mêmes que voici 20 ans?

55,4 %, voilà le résultat du vote NON au Québec. Ce qui aurait pu être un moment historique important pour le Québec s’est avéré une grosse baloune. Nous ne croyons pas qu’il y ait vraiment raison de se réjouir, et savons pertinemment que nous sommes revenu-e-s à la case départ. Le seul avantage de ce référendum aura été que, pour une fois, Canadians et Québécois-e-s avons été d’accord sur un point : désavouer la classe politique. La confiance est en perte de vitesse envers les politicien-ne-s qui se révèlent des administrateurs/trices de «ventes de garage», sans envergure.

Nous avons donc voté NON dans l’immédiat, en attendant… Car nous ne pouvons pas agir seulement dans la marge, la troisième colonne. Nous devons être vigilant-e-s sur tous les plans. Pendant que se poursuit le travail sur L’AUTRE. S’il n’y a pas d’alternative, il faut s’en créer une. Sinon, imprégné-e-s comme une éponge de la structure en place, nous ne pourrons que contester ce dans quoi nous sommes pris-e-s. Mais agir n’est pas chose simple aujourd’hui, comparativement à une autre époque. Si on se réfère, par exemple, à l’expérience de la revue Parti pris (1963-1968), on constate que l’équipe de cette publication pouvait clairement s’afficher indépendantiste, laïque et socialiste. Trois points bien définis. Alors qu’aujourd’hui… quand le NON veut dire OUI… À ce sujet, il est cocasse, quoique plutôt décourageant, de lire cette phrase de Jean-Marc Piotte dans un article intitulé «Du duplessisme au F.L.Q.» (Parti pris, octobre 1963, p. 29) : «Tout pouvoir concédé par Ottawa sera, pour nous, toujours insuffisant et pour les Canadians, la dernière bonté consentie à un peuple tapageur et tracassier.» Trente ans sont passés depuis… Que s’est-il donc passé?

La nouvelle politique culturelle du Québec

Depuis la dernière parution de ESSE, dans laquelle le dossier sur le «post-rapport Arpin» faisait un constat douloureux de l’état de la culture au Québec, il y a eu dépôt de la politique culturelle promise par la ministre Frulla-Hébert. Cette politique tant débattue et attendue n’est encore que des mots sur papier et n’apporte pas de changement à notre position : elle n’est que de la poudre aux yeux pour masquer la direction contraire qu’a prise le gouvernement en matière culturelle. Nous voudrions bien croire aux promesses de cette politique, mais il nous faut des preuves tangibles. Qu’on nous prouve que la culture est pour le gouvernement un élément important de notre développement. Ce n’est pas ce qui nous a été fourni lors des négociations en vue de l’entente constitutionnelle, lorsque la culture a été «oubliée»! et qu’il a fallu régler cette question en l’ajoutant en vitesse, par fax, un samedi après-midi…

Les arguments, qui ne manquent pas, défont la beauté toute en fausses paillettes de cette politique culturelle québécoise. Ainsi, il est présentement offert aux périodiques culturels des sessions de formation en gestion, dans le cadre des activités du Fonds de développement des industries culturelles (FOIC) en collaboration avec la Commission d’initiative et de développement culturels (CIDEC) et la Banque fédérale de développement (BFD). Et ces séminaires, tenus dans une chic salle du chic hôtel Holiday Inn, ont pour but de nous avertir que les subventions gouvernementales, déjà largement amputées, devront peut-être disparaître d’ici cinq ans!! Et ces subventions, parlons-en! Le ministère n’a pas encore nommé depuis deux ans de titulaire pour le dossier des périodiques culturels, si bien que les demandes de subventions déposées en mai 1992 n’avaient toujours pas été examinées en septembre…

Selon le schème adopté (OUI – NON – AUTRE), voici ci-contre ce que nous pouvons dégager de cet imbroglio.

OUI
La politique culturelle québécoise a été bien accueillie par certaines personnes qui, sur un ton franchement délirant, pensent qu’elle constitue un avancement. Exemples : Lise Bissonnette, Le Devoir du 26 août 1992 : «La ministre des Affaires culturelles mérite une ovation. […] on devrait à l’unanimité, lui offrir des lauriers. Elle fait avancer les choses» ; Bernard Boulad, Voir du 25 juin au 1er juillet 1992 : «C’est en fait, ni plus ni moins, à un changement de mentalité que nous invite Mme Liza Frulla-Hébert, pour ne pas dire à une révolution culturelle»,
NON
bien que nous soyons toujours à la case départ d’il y a 30 ans.
AUTRE
Il faut changer le type de pouvoir politique actuellement en place. Tant que notre système culturel y sera associé, il ne pourra y avoir grand développement.

OUI
D’une part, les intervenant-e-s du milieu se disent favorables au Conseil des arts du Canada – c’est ce qui ressort des témoignages livrés lors des audiences sur le rapport Arpin –,
NON
alors qu’ils/elles considèrent comme une horreur que de laisser au MAC le soin de rapatrier des pouvoirs culturels. Si le passé est garant de l’avenir, on peut en effet avoir très peur !
AUTRE
Les arts doivent être autre chose qu’une volonté de plaire à qui promet la manne de bonbons. Au contraire, il faut développer une solidarité que seul apportera un profond changement social. IL faut nous libérer de cette compétition malsaine qui mine même le milieu des arts. Savons-nous au moins ce qu’est la démocratie culturelle ?

OUI
D’autre part, ces mêmes intervenant-e-s donnent leur appui à Québec, ce qu’a fait dernièrement le Conseil québécois du théâtre (la carotte des millions promis par la ministre lors du dépôt de sa politique culturelle fonctionne très bien merci),
NON
alors qu’il a décidé en même temps de boycotter le Conseil des arts parce que les fonds attribués au théâtre sont gelés.
AUTRE
Tiraillements stériles… Pendant ce temps, la ministre se tient silencieuse comme un tombeau…

Et que propose ESSE ?

Et que propose le présent numéro de ESSE, devant cet incroyable brouet infect qui ne provoque que des flatulences culturelles ? (La colonne AUTRE exprime ici ce que proposent les articles.)

À noter d’abord une recherche de formes variées : un dossier au ton subjectif, un conte, une lettre, une courte pièce de théâtre, une entrevue qui entrecoupe et prolonge un article, une BD, une recherche historique… Cela témoigne d’une recherche en cours à la revue qui a pour but de refléter la diversité des individualités au sein d’une réflexion collective, avec une volonté d’être fidèle à soi-même, de s’ouvrir aux libertés.

Le DOSSIER, «Une drôle d’histoire trop triste pour ne pas en rire» d’Anne Thibeault en de Sonia Pelletier, s’ajoute à la série d’articles qu’ont suscités les propos de Jacques Dufresne et Jean-Claude Leblond dans La Presse à l’automne 1991, et de Geneviève Picard dans la revue MTL en novembre 1991. On en trouvait d’ailleurs un écho dans le dernier ESSE, sous la plume de Carole Brouillette. Pourquoi poursuivre encore ce débat ? Parce qu’il touche à un malaise profond et qu’on ne peut tourner trop rapidement la page sur ce qu’il soulève. Et aussi parce que c’est une belle occasion d’essayer de penser autrement.

OUI
Les articles de Dufresne et Leblond qui ont parti le bal ont consisté en un dénigrement en règle du système des arts visuels ;
NON
les textes qui ont suivi ont consisté en réponses à ces attaques.
AUTRE
Les auteures du DOSSIER ont tenté de sortir de cette ornière ; elles ont constaté qu’on critique beaucoup, mais qu’on ne parle pas d’art, qu’on en occulte le contenu.

OUI (suite)
Ces articles relevaient d’un discours qui aime pontifier sur le système, sans jamais s’impliquer. Selon Leblond, les artistes de l’UQAM ont été accusé-e-s d’être une «bande d’étudiants qui, sans esprit critique suffisamment développé et le crâne bourré de succédanés de théories, sont incapables de faire la part des choses et qui, l’intérêt carriériste aidant, donnent dans le système sans discernement». Accusé-e-s en somme de débilité avancée ;
NON (suite)
à l’UQAM, 27 artistes ont eu l’opportunité, dans le cadre d’une exposition (rens. 499-0443), de répondre publiquement aux accusations de Leblond. Ils/elles affirmèrent qu’une exposition faisant écho à ces débats risquait d’être manipulée ! Mais par qui… ?
AUTRE (suite)
Les points de vue exposés dans ce DOSSIER sont très subjectifs ; ils expriment de façon personnelle ce qui est vécu de l’intérieur.

OUI
Dans ce débat, on parle d’art en opposant figuration et abstraction ;
NON
On a beaucoup remis en question le système d’attribution des bourses, monopolisé par une clique ; certains artistes ont déploré l’écart entre les générations.
AUTRE
Figuration/abstraction, aujourd’hui ? On se demande bien de quoi on parle ? Y aurait-il moyen de bâtir un milieu plus solidaire ?

Dans la chronique MONTRÉALITÉS, Sylvie Raquer traite d’un événement multidisciplinaire, la Fou-Art. L’écrit y côtoie le parlé : de type reportage, l’article est entrecoupé d’une entrevue d’Anne Thibeault avec l’auteure dans laquelle Anne amène Sylvie à compléter son propos d’une façon plus subjective.

OUI
La Fou-Art se voulait un bouillonnement créateur, une euphorie, une fête, la mise en commun d’énergies, bref l’affaire la «plus plus…» ;
NON
mais on a rencontré de nombreuses difficultés.
AUTRE
Il faut davantage de solidarité (encore !) et d’implication de la part de chacun-e, et relancer le débat en considérant cette fois-ci les valeurs.

Dans la chronique COMMENTAIRES, Sylvain Latendresse nous a écrit au retour d’un voyage à Paris. Le récit d’une expérience vécue s’allie au ton plus détendu de la forme épistolaire.

OUI
Selon le projet de politique culturelle québécoise, il est question, entre autres, d’exporter notre potentiel artistique ;
NON
cela reste une belle promesse politique : on ne fournit pas encore les moyens nécessaires, et les employé-e-s des Services culturels du Québec à Paris doivent se démener dans des conditions difficiles.
AUTRE
À cet égard, ce qu’on apprend est plus révélateur que n’importe quel discours officiel. Vu les expériences vécues à Paris par certains artistes, on peut croire que l’«exportation du potentiel» ne passera pas par la filière politique.

Dans la chronique Portrait, Luis Neves nous fait le travail de Pierre Sirois (Siris). Pratiquer la bande dessinée au Québec est une aventure assez difficile; c’est pourquoi il est important de mieux faire connaître les bédéiste d’ici. Par contre…

OUI
Pendant que les gros éditeurs, européens et américains, contrôlent l’édition de la bande dessinée,
NON
La revue québécoise Mac Tin Tac, à laquelle collabore Siris, cherche à survivre en partant à la conquête du marché américain en anglais.
AUTRE
Pourquoi ne pas plutôt essayer d’améliorer la situation ici? Sinon, pourquoi continue-t-on? On ferait aussi bien de fermer le Québec et déménager.

Dans la nouvelle chronique GOSSAGE, Paul Grégoire poursuit dans ESSE la publication de Alzheimer social, une série de courts actes théâtraux commencée dan Journal art, maintenant disparu. L’acte 8 est d’à-propos dans le contexte actuel des revendications, où on suppose que le public est prêt à défendre «ses» artistes.

OUI
Alors que certains mythes sur l’art ont la vie dure,
NON
– trou de mémoire –
AUTRE
L’auteur ne craint pas de questionner ce rapport art/public.

Dans la chronique DOCUMENTS, André Landry fait œuvre de réhabilitation : il reconnaît l’influence de deux religieux qui ont marqué l’enseignement des arts au Québec avant les années 50.

OUI
À la suite du Refus Global, et selon les canons de l’histoire officielle, on a jeté par-dessus bord les réalisations antérieures,
NON
et on a continué ainsi après la Révolution tranquille.
AUTRE
Pourtant, il avait existé un enseignement qui n’était pas l’œuvre d’incultes sans pratique artistique.

Le dixième épisode de la BD Cité solitaire de Luis Neves poursuit l’évocation de l’année 1968.

OUI
Violence, guerre…
NON
Contestation, manifestations…
AUTRE
Il faudra laisser de notre époque un souvenir plus réjouissant.

Mais heureusement, comme le dit Sonia Pelletier dans le DOSSIER, que nous vivons une époque formidable. S’il est vrai que les mots sont galvaudés, qu’ils changent de sens comme on change de chemise, que de nos jours le OUI veut dire NON et le NON, OUI… tout est quand même possible, en y mettant du cœur. Ensemble. Sans se taper sur la tête. Assez, c’est assez!

20 - L'art est bien, mort Merci (Constat de l'état de la culture au Québec suite au rapport Arpin) - Printemps / été - 1992
Le comité de rédaction

L’uniformisation va bon train. Depuis la désignation de l’URSS, tous se lèchent les babines en rêvant aux nouveaux marchés qui s’offrent aux tenants du nouvel ordre économique mondial. Avec l’ouverture de l’exposition de Séville, on se pète les bretelles à qui mieux mieux. Et pendant ce temps, les Kurdes se gèlent toujours les pieds dans les montagnes du nord de l’Irak… et Israël continue sa colonisation des territoires occupés dans le mépris des résolutions adoptées par l’ONU.

Quant à nous, l’attentivisme chronique de Bourassa n’a d’égal que celui de Mulroney. Pendant combien de temps allons-nous encore endurer les hésitations et les faux-fuyants de nos politiciens sur une éventuelle solution à la crise constitutionnelle qui s’éternise? Ces derniers, aveuglés par leur quête, demeurent indifférents face à l’urgence des problèmes sociaux, culturels, de santé ou d’éducation. De temps à autre, pour se donner bonne conscience, ils nous pondent un rapport Allaire ou faute de mieux un rapport Arpin et ce, sans compter la pléiade de référendums qui plane au-dessus de nos têtes.

En fait de recul historique, ou de sur-place, nous sommes particulièrement gâtés ces mois-ci avec le rapport Arpin et les fumeux articles de Jacques Dufresne, Jean-Claude Leblond et Geneviève Picard sur la situation des arts au Québec. On verra dans le dossier «L’art est bien, mort. Merci» qui fait l’analyse du contexte post-Arpin, comment Arcand, Dubois, Godbout, Lacombe, Lamoureux et Perreault essaient de démêler les nœuds engendrés par les multiples définitions du mot même de «culture».

Qu’est-ce, en fait, que la-notre-une-culture? Si nous ne pouvons pas la définir ou si ceux et celles qui la définissent le font chacun et chacune à leur manière… un problème se pose.

En passant par une conception de gestion de la culture, par celle de l’industrie culturelle, d’une mission culturo-mystico-comique, ou encore une vision périphérico-régionalistico-frulla-hébertienne…, on nage en plein délire.

Par ailleurs, la-notre-une-culture est en train de mourir et on y assiste passivement. Nous faisons face à une uniformisation culturelle, cela va sans dire mais surtout sans rien faire : «Les carottes sont cuites!» (Dubois). Ce n’est pas, faut-il le préciser, une question limitée au Québec. Nous assistons présentement à un clivage culturel universel (l’universel est à la mode). On prend prétexte de l’impératif économique pour imposer un impératif culturel homogène, occidental et patriarcal.

De concert avec les élucubrations du rapport Arpin, les articles de Jacques Dufresne et de Jean-Claude Leblond ont fait la une de La Presse à l’automne de 1991. Ces articles ont le mérite d’avoir mis les arts visuels sur la sellette. C’est d’ailleurs leur seul mérite. Quand on pense à la remise en question du milieu des arts par Leblond, nous sommes d’accord pour poser un regard critique sur ledit milieu, mais de là à utiliser un discours démagogique, servi à la sauce populiste, afin de discréditer l’art contemporain en bloc…! Par ses propos cinglants, Leblond s’érige en pontife, éclairant du haut de sa chaire le bon public au regard hébété.

Signalons que Jean-Noël Tremblay, celui-là même qui a qualifié la Banque d’œuvres d’art du Conseil des arts d’«admirable dépotoir» et que Jacques Dufresne s’est empressé de citer dans l’un de ses articles, «est payé près de 70 000 $ par année, et pour deux ans au minimum, par le ministère canadien des Communications pour agir en tant que conseiller spécial auprès du maire de Québec» («L’affaire Jean-Noël Tremblay», par Louis-Guy Lemieux, Le Soleil, 31 janvier 1992). Cependant, le bureau mis à sa disposition continue d’accumuler la poussière, car son occupant n’a jamais daigné y mettre les pieds…

Dans le même ordre d’idées, avec son article «Épater la Galerie» parue dans la revue MTL, Geneviève Picard relate sa visite dans les galeries d’art contemporain de Montréal. Elle ne recula devant rien, même le ridicule. Son périple fut si douloureux que d’installation à assemblage hétéroclite, sa consternation et son désarroi s’amplifièrent à un point tel que sa promenade lui sembla un véritable chemin de croix. La peur est grande face à ce que l’on ne connaît pas. Il est tellement facile de ridiculiser les choses que l’on ne comprend pas.

Il n’est pas étonnant que de tels articles aient suscité des réactions. Nous publions le texte de carole Brouillette pour faire suite à la polémique qu’ils ont engendrée. Notre collaboratrice y traite d’une liberté d’expression qui prend, trop souvent, figure de marginalisation et d’exclusion.

Dans un autre ordre d’idées, Jean Patry porte un regard sur le quatrième Festival international de nouvelle danse. Il a vu une vingtaine de spectacles et y a constaté une succession de récits fragmentaires en petites séquences sans liens apparents, ni unité de temps, de lieu ou d’action. Une conception esthétique, en somme, non linéaire, que l’on peut associer à Berg, Satie et Cunningham.

Jean Patry poursuit dans un second article, «Quand la vidéo danse, ne censurez pas», son analyse de la danse par le biais de la vidéo. «En fait, les vidéos nous susurrent à l’oreille que derrière la tranquillité sociale apparente se cache l’inquiétante noirceur du chaos.»

Grâce à l’exposition L’alliance point à la galerie Regart, Jacques Desruisseaux nous introduit dans l’univers de Michel Saint-Onge, où se confrontent la nature et le monde industriel ; un questionnement sur la «création comme mode d’expression essentiel aux valeurs de la vie».

Dans la chronique Commentaires, nous retrouvons la suite de l’article de Luis Neves concernant l’affiche de l’exposition Les années 20 : l’âge des métropoles présentée au Musée des beaux-arts de Montréal à l’été 1991. Luis Neves traite d’esthétique fasciste et de la résurgence de cette idéologie.

Il y a dans l’air comme un rappel des années 30 ; Berlin est de nouveau le centre des affrontements entre l’extrême-droite néo-nazi et l’extrême-gauche. En douce France, Jean-Marie Lepen et son Front national récoltent tout de même 15 % des suffrages aux élections régionales, sans oublier que les fascistes siègent au Parlement européen. En temps de crise (récession) économique, nous constatons la réapparition des mêmes spectres. Il est beaucoup plus facile de pointer l’autre, l’étranger, le marginal, comme responsable de tous nos maux. Au Québec, les groupuscules fascistes ne menacent pas encore la démocratie. Mais ce n’est pas pour cette raison que nous devons les ignorer et leur laisser le champ libre.

Dans le neuvième épisode de la bande-dessinée Cité solitaire de Luis Neves, nous sommes témoins des premières actions terroristes du FLQ et des choix douloureux : devenir «patriote», s’engager dans la lutte armée au nom de la libération nationale… L’indépendance, mais à quel prix?

À la suite de l’application de la nouvelle loi sur la taxe d’affaires (au municipal), Gilles Bissonnette de l’atelier Inter X Section relate les péripéties de cet atelier aux prises avec l’interprétation abusive de cette loi. Les problèmes engendrés par une telle loi menacent l’existence même des ateliers d’artistes. Est-ce de cette façon que l’on entend rendre encore plus dynamique la vie artistique de la métropole? Inter X Section est un cas patent d’atelier ouvert au public qui risque fort d’avoir de plus en plus de difficultés si les décisions actuelles ne sont pas révisées. En marge de cet article, nous publions le bilan financier de l’événement bénéfice Art-Taxe organisé pour venir en aide à l’atelier, bilan fourni à ESSE mais qu’on n’a pas jugé bon d’envoyer avec la lettre de remerciement adressée aux artistes ayant participé à l’événement…

Avec «Matière à musée ou matière abusée», Louis Couturier démontre à quel point il peut être dangereux pour l’artiste de fréquenter de trop près les milieux industriels. Une commandite n‘est jamais innocente ; dans le cas présent, l’auteur souligne l’ambiguïté existant entre l’art, l’industrie et le pouvoir en général. C’est à se demander quand une compagnie commandera des «kits» à Michel Goulet?

À bien y regarder, il semble que nous ayons tout intérêt à suivre les conseils de nos «promoteurs de la culture» et de nous convertir en industrie culturelle. L’artiste serait ainsi appelé à devenir le concepteur d’une belle image pour l’entreprise. Oh ! heureuse époque des Médicis et des Borgia…

Actuellement, l’enjeu est la liberté d’expression dans un pays où l’appareil d’État(s) se fait de plus en plus lord. Car, au rythme où vont les choses, il faudra bientôt montrer patte blanche pour avoir l’immense privilège d’exprimer une opinion (subventionnée). La prétendue réalité de l’économique voudrait bien avoir raison, une fois pour toutes, de l’imaginaire. N’est-ce pas Staline ou un autre de ces illustres personnages qui a dit : «Le poète est un parasite qui traîne dans les rues de la modernité». Soumettre l’expression artistique au bon goût et à la raison d’État, voilà le rêve ultime de tous les politiciens.

Le comité de rédaction

Post-scriptum : Les lecteurs et lectrices remarqueront, à la suite du dossier principal sur le rapport Arpin, un In memoriam signalant le décès de l’un de nos collaborateurs, André Laberge. Les circonstances de cette triste disparition peuvent aussi servir de matière à réflexion. Sur le milieu universitaire et muséal. Sur l’ouverture et la générosité de ses intervenants.

19 - C'est assez ! Il faut en finir avec l'affaire des frais d'inscription - Automne - 1991
Le comité de rédaction

C’est une histoire… qui continue là où elle avait été laissée au dernier numéro. Qu’est-il arrivé depuis? La faillite du communisme, l’hymne national russe disparu du palmarès, des parties entières de continent qui se restructurent très rapidement… L’ère des révolutions est terminée; même le mot «révolution» est galvaudé, comme le démontre si bien le slogan publicitaire de la compagnie Prima qui annonce «un système révolutionnaire de serviette hygiénique»!

L’occasion est belle pour un recul historique. Comme celle que nous fournit cette longue ENTREVUE de l’écrivain PHILIPPE HAECK, réalisée par DANIEL CANTY, à propos de PATRICK STRARAM et plus spécifiquement de son roman La faim de l’énigme réédité dernièrement. Car justement, «un des courants forts de la pensée de Straram, c’était le marxisme.» Sous cet angle, ce livre est aussi, sinon plus, intéressant à découvrir aujourd’hui qu’au moment de sa sortie en 1975. Même si cette entrevue-hommage crée quelque peu un mythe autour de Straram, elle permet de mieux faire connaître l’œuvre de cet écrivain, dont les livres sont quasi introuvables, mais dont l’apport est très important.

La B.D. Cité solitaire de LUIS NEVES, qui en est rendue à son 8e épisode et est toujours plongée en plein mai 68, prend, elle aussi, un autre éclairage et nous fait s’interroger : qu’est-il arrivé de tous ces espoirs? Aujourd’hui, tous les pays capitalistes crient victoire; la preuve serait faite : leur système est le meilleur, sans discussion. De là à l’imposer partout… Mais nous aussi, tout comme dans les pays ex-communistes, nous sommes arrivé-e-s à un point où il va falloir remettre en question nos modèles de société. Cette critique sociale sera-t-elle possible? Pour le moment, il ne semble n’y en avoir que pour le libéralisme économique, barrant la route à tout projet qui y ferait contrepoids. Pendant ce temps, Luis Neves ne cesse de s’inquiéter, comme en fait foi son commentaire à propos de l’affiche utilisée par le Musée des beaux-arts pour son exposition Les année 20 : l’âge des métropoles.

Toujours dans cet esprit de recul historique, l’exposition de François Lavoie, commentée par André Greusard dans la chronique MONTRÉALITÉS, nous replonge dans l’atmosphère de la 2e Guerre mondiale et nous reprojette les questionnements d’alors comme encore pertinents actuellement.

Avant, il y avait de «vrais ennemis» : le capitalisme contre le marxisme. Mais maintenant, qui est l’ennemi, au règne de la subtilité? Sans vouloir penser en termes d’«ennemi», à un moment donné, il faut bien s’attaquer à quelque chose, puisqu’on se bat. Si c’est si difficile, c’est parce que l’ennemi est extérieur, mais c’est notre propre mode de pensée qu’il faut revoir. Si, ici, en Amérique du Nord, on a haussé le flambeau de la liberté, il faut justement la questionner, cette liberté : la liberté, oui mais comment? aux dépens de qui? en autant qu’elle reste dans l’ordre économique imposé? Nos beaux principes nord-américains, il faut les remettre en question; ce n’est pas facile, on vit si douillettement avec eux. C’est sûrement plus difficile que de pointer les autres : «regarde la torture qu’ils imposent». Il est tellement commode de déborder et aller voir ailleurs : tout de suite, ailleurs, il y a des affaires pires qu’ici. Est-ce qu’on devient missionnaire? Ou on va se battre contre la dictature? Ce sont des questions qu’on se pose quand on est le moindrement conscient-e du monde. Ou on travaille ici, maintenant, dans nos vies, tout le temps.

L’ennemi, c’est moi-même : parce que je tolère des choses intolérables.

Si on commence par apporter des changements ici, après on peut prétendre pouvoir faire la même chose ailleurs. On a consommé à fond de train sans se poser de questions pendant 30 ans de «progrès». Et une fois que ça commence à nous retomber sur le nez, on voudrait demander aux autres d’écoper pour les emmerdes qu’on a faites. C’est comme, par exemple, l’organisme international qui s’occupe de la couche d’ozone et qui demande à la Chine d’enligner le tir au niveau des CFC. Comment demander à un milliard d’individus qui attendent depuis 50 ans pour se mettre à jour d’attendre encore 20 ans! On ne peut pas se permettre d’imposer à d’autres pays des restrictions au niveau de leur accession à un minimum vital intéressant quand, ici même, on se noie dans nos propres ordures ménagères.

Et ce changement à opérer, il ne partira pas des structures de pouvoir en place — car qu’importe les gens qui vont entrer dans ces mêmes structures, le pouvoir, ça se joue toujours de la même façon — il partira de l’individu, et ça, ce n’est pas une position individualiste, au contraire. Encore ici, Patrick STRARAM, révélé dans l’entrevue justement intitulée Le jeu du je, nous offre l’exemple de quelqu’un qui avait des préoccupations à la fois politiques et individuelles, ce qui semble lui avoir aliéné du monde des deux côtés, autant de la gauche que de la droite.

Quant à l’article de NICOLE THÉRIEN sur l’artiste Kittie Bruneau, dans la chronique PORTRAIT, il nous offre cet autre exemple d’une artiste qui mène sa vie et sa pratique dès les débuts en puisant à sa propre expérience et à l’encontre des courants artistiques dominants représentés à l’époque par le mouvement plasticien et le discours formaliste. Pour la chronique COMMENTAIRES, PAULINE MORIER part d’une expérience personnelle qu’elle a vécue en participant à une exposition collective, pour faire quelques réflexions sur la place de l’œuvre d’art public. Et le productif DANIEL CANTY aborde de façon très personnelle, puisant à ses lectures du moment, la dernière exposition de Louise Viger, dans la chronique MONTRÉALITÉS.

Une des façons de s’exprimer socialement en tant qu’individu, c’est de prendre son droit à la parole, de manifester son opinion. Mais ce qu’on oublie toujours, c’est que malgré les critiques qu’on fait sur le système en place, on a un droit de critiquer, et que le moins on s’en servira, le plus il rétrécira. On risque qu’effectivement la marge se réduise. Si bien que le jour où quelqu’un décidera de manifester au-delà des normes qu’on avait finies par prendre pour «acquises», il se fera taper sur les doigts.

Nos droits, on ne nous les donne jamais; il faut qu’on les prenne nous-mêmes.

Il serait bon de garder ces réflexions en tête pour aborder la lecture du DOSSIER de ce numéro. «C’est assez! Il faut en finir avec l’affaire des frais d’inscription». Ce dossier, qui s’attaque à un des aspects du fonctionnement du milieu des arts visuels, prend ainsi une toute autre ampleur. Il prend à partie une pratique considérée quasiment «normale», que même les artistes, pourtant les seul-e-s perdant-e-s dans cette histoire, sont prêt-e-s à justifier. Et il illustre bien comment, quand on veut intervenir le moindrement, il est tellement plus facile de se raccrocher à des idéaux ou à des théories que de passer à une action concrète, si minime soit-elle. Parce qu’on est alors touché soi-même dans son quotidien, et là ça devient dangereux : il faudrait poser certains gestes qui effectivement sont plus impliquants. On peut critiquer fortement le manque d’initiative du gouvernement au niveau de la protection de l’environnement, mais soi-même, est-ce qu’on se soucie de ce qu’on met dans son sac à vidanges? Lire le dossier…

En prenant notre droit à la parole, nous obligeons à garder les balises là où elles sont, aussi minces soient-elles. Des droits de parole, notre système en accorde : on n’a qu’à penser, au niveau culturel, aux audiences de la commission Arpin et de la commission parlementaire qui l’a suivi, Xe tentative du ministère des Affaires culturelles pour se doter d’une politique culturelle. Combien de gens s’y sont présentés? Beaucoup. Eh! oui, ça s’exprime, ça critique, mais là où c’est désarmant, c’est qu’on sait très bien que, peu importe ce qu’on dira, il n’arrivera rien avec ces audiences : comme conclut le texte de SYLVAIN LATENDRESSE, «Le rapport Arpin : réalité ou utopie ?» dans la chronique COMMENTAIRES. La question est posée, la réponse est donnée : après 30 ans d’existence, le ministère des Affaires culturelles demeure une vue de l’esprit. Et pendant ce temps, toutes les personnes qui ont peiné sur la rédaction de mémoires fastidieux et inutiles ne feront pas d’autres vagues parce qu’elles vont avoir l’impression d’avoir dit leur mot. Elles ne l’ont peut-être pas exprimé à la bonne place pour que ça change. Par contre, si personne ne se sert de tous ces leviers de prise de position qui existent, on va carrément les abolir. C’est le jeu qui fait en tout cas qu’au moins, le gouvernement est obligé encore d’entendre, même s’il n’écoute pas ce qu’on lui dit. C’est évidemment frustrant d’aller faire le pied de grue…

Et pourtant, une politique culturelle s’impose tellement. Quand le gouvernement nous répond qu’il ne peut accorder 1 % de son budget au MAC et qu’on voit la ministre Liza Frulla-Hébert sortir de ses tiroirs, en novembre dernier, la somme de 1 379 000 $ à Mitsou, 25 000 $ à Ginette Reno, …!? Le dossier du prochain numéro fera le bilan du «post-Arpin» et verra comment, malgré tout encore une fois, nous nous agripperons.

Mais notre appareil démocratique, nous pouvons finir par le pousser. Ce n’est pas révolutionnaire, au contraire : il s’agit juste d’utiliser le système politique en place. On a un pouvoir sur son député qui se traîne les fesses pendant quatre ans. Si chaque député sent que ses électeurs et électrices le poussent dans le dos et mettent leur appui électoral en jeu, il/elle va réagir. Le problème, c’est que si personne ne se mêle d’écrire à son député systématiquement et de le/la harceler parce que telle ou telle position ne lui convient pas, (avec copie conforme au ministre concerné, au Premier ministre, au chef de l’opposition et au critique de l’opposition sur le sujet concerné), si le député n’a pas 500 lettres sur son bureau (ce qui commence à être gênant!), il/elle ne bougera pas. Le jour où le député va se sentir les fesses chaudes, il/elle va peut-être arriver en chambre et dire : «Excusez, pardon, j’aurais une motion à apporter sur ce projet de loi». Ça se peut que si c’est un député d’arrière-banc, ça ne passe pas. Mais quand il y en aura 50 ou 70 autres qui diront : «J’ai une motion…», le ministre en place devra en tenir compte, que ça fasse son bonheur ou non.

La démocratie que nous avons ici, les gens la prennent pour acquise. Ils ont trop tendance à se dire : «Pourquoi aller voter? de toute façon… Pourquoi agir? de toute façon…» Ne pas voter, c’est déjà une abdication sociale quand on sait la quantité de gens dans le monde qui peuvent mourir pour avoir un droit de vote. C’est taré. On se vante d’avoir un système équitable et en même temps, on ne veille pas à ce que ce système respecte notre opinion. On prend pour acquis que les gains obtenus ne peuvent être perdus.

Et, comme on le mentionnait plus haut, pendant que ça proclame son indépendance à gauche et à droite dans les systèmes socialistes, ici, on en est toujours au brettage et au blabla. Car de quoi a-t-on à se plaindre au Québec? La moyenne des gens a ce qu’il faut pour ne pas faire de «révolution», mot bien galvaudé comme le démontre si bien le slogan de la compagnie…etc. Ça ne bouge pas parce que la moyenne des gens a trop à perdre par rapport aux républiques soviétiques. Quoique ici… C’est de moins en moins évident, avec la direction qu’a pris ce gouvernement qui amène un clivage de plus en plus grand entre riches et pauvres. Et quand on pense que 1992 et son référendum s’en viennent, et qu’on ne sent même pas d’élan… «Ils vont nous avoir à l’usure.»

Il y a un minimum de gestes très simples à poser : et en premier, arriver à une prise de conscience collective que si on ne se prend pas en main nous-mêmes, personne ne peut le faire à notre place.

Petit rappel : nos droits, on ne nous les donne jamais; il faut qu’on les prenne soi-même.

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