Du sabotage artistique

Sylvette Babin
Alain Declercq, Make-up (détail), de la série Security, 2002. Photo : permission de l'artiste & galerie Loevenbruck, Paris

Malgré une recrudescence d’un art orienté sur l’objet marchandisable, les pratiques privilégiant l’expérience et les interventions à caractère engagé ne sont pas totalement évacuées de la production artistique du 21e siècle. Parmi ces démarches souvent empreintes d’une critique sociale, il s’en trouve quelques-unes motivées par la volonté d’ébranler les différents systèmes de valeurs (incluant celui de l’art) et de perturber l’ordre public, parfois en s’y attaquant directement, parfois en usant plutôt de méthodes discrètes et à peine perceptibles. Le dossier que nous proposons ici s’attarde à ces diverses formes de sabotage perpétré par les artistes à l’intérieur ou à l’extérieur du champ de l’art, et ce à travers des disciplines aussi variées que la performance, la peinture, l’installation, l’architecture et le cinéma. Infiltration dans les structures politiques ou commerciales, détournement, dissidence culturelle, parasitage de l’image, remise en question de la notion de signature ou sabordage de leurs propres projets sont quelques-unes des stratégies adoptées par ceux qui pratiquent le sabotage artistique.
Les œuvres analysées dans ce numéro ont généralement peu à voir avec les actes de destruction matérielle et les gestes iconoclastes. Il s’agit plutôt de sabotages subtils, mais non moins percutants, où l’artiste s’amuse à contourner les règles communément admises – flirtant parfois avec l’illégalité – ou encore à brouiller les codes de l’art, nous invitant au passage à en requestionner le rôle et la portée. Complétant l’idée de l’artiste en trouble-fête observée dans le numéro précédent, l’artiste saboteur aura peut-être, à prime abord, une image plus négative et d’autant plus lourde à assumer. Pourtant nous remarquons que ces pratiques ne sont pas dépourvues d’humour et d’esprit ludique. Il en faut d’ailleurs une certaine dose pour s’attaquer à sa propre image. À ce sujet, nous avons décidé de ne pas seulement être témoins passifs de divers sabotages artistiques, mais de les mettre nous-mêmes en pratique en sabotant ce numéro. Ce geste complice avec nos graphistes est, comme toute forme de sabotage, quelque peu risqué. Le lecteur se trouvera probablement désorienté de voir apparaître tantôt une incohérence dans l’ordre habituel des pages ou des sections, tantôt une action graphique altérant une image. Il ne s’agissait pas ici de le tromper en taisant nos intentions (ce qui relèverait plutôt du canular), mais bien d’expérimenter les concepts réfléchis dans cet ouvrage en ébranlant le confort esthétique dans lequel une revue pourrait facilement se complaire.

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