Architectures temporaires pour chantiers de constructions éphémères

Sylvette Babin
Architectures temporaires pour chantiers de constructions éphémères

De nombreuses œuvres et pratiques artistiques se rattachent au champ de la rénovation par leur usage des matériaux et des outils, mais également par le recours à des dispositifs qui mettent en relief le bâti, la (re)construction ou la mise en chantier de processus. Pour l’élaboration de ce dossier, nous avons posé aux auteurs les questions suivantes : les œuvres faisant appel à la rénovation réactivent-elles les enjeux de l’intervention in situ dans des lieux marqués, chargés d’histoire et à vocation non artistique ? Poursuivent-elles encore ou autrement la remise en question de l’œuvre d’art comme objet fini ? Est-ce que ces pratiques problématisent une relation au passé, le retour à un état précédent, la restauration d’une situation initiale ? Ne relèvent-elles pas au contraire d’un désir de transformation et de renouvellement ? Enfin, les artistes abordent-ils la rénovation pour faire valoir le recyclage et la récupération, ou se tournent-ils plutôt du côté de la consommation du neuf, évoquant au passage les excès dans la surconsommation ?

En réponse à ces interrogations, nous retrouvons dans ce numéro des analyses sur le travail d’artistes qui, par l’occupation et la transformation de bâtiments voués à la disparition ou par l’élaboration de structures éphémères, fonctionnelles ou non, ont abordé les sujets de l’espace social, de l’embourgeoisement ou des politiques d’urbanisation. Au prix d’une modernisation à outrance, ces dernières, souvent, font fi du contexte et des habitants touchés par leurs mesures. Le dossier fait également état des interventions motivées par un désir ludique d’investir différentes architectures en réactivant les enjeux de l’art in situ à travers des œuvres conviviales et praticables, dans lesquelles le public est invité à se reposer, à circuler, ou qu’il peut même escalader. Si plusieurs structures créées par les artistes-rénovateurs sont des constructions calquées sur des modèles traditionnels, d’autres sont plutôt des propositions utopiques aux formes anarchiques et se construisent, comme autant d’appendices, de prothèses ou de greffes, sur des architectures existantes. Dans tous les cas, l’implantation de constructions dans l’espace public, de même que la transformation ou le détournement de lieux ou de bâtiments divers remettent évidemment en question la valeur d’usage de ceux-ci tout en soulevant des tensions qui ne relèvent plus uniquement des domaines de la charpenterie, de l’art ou de l’architecture, mais également du tissu social et des enjeux politiques. Quelques exemples pertinents ont alimenté les réflexions publiées dans ces pages.

Loin de limiter cette thématique à des installations utilisant le madrier et la charpente, et de risquer de verser dans le cliché d’un numéro « viril (1) », l’idée de la rénovation a également été sollicitée dans des œuvres faisant appel à des matériaux pour le moins inusités dans le contexte (céramique, tissu, papier). Dans quelques cas, la rénovation a plutôt été le sujet sur lequel les artistes se sont penchés, en proposant des œuvres peintes, imprimées ou photographiques – qui témoignent, à leur façon, de différents chantiers architecturaux ou urbains –, mais également des sculptures évoquant les outils de construction. Ainsi, une partie des œuvres répertoriées dans les essais et dans le portfolio ont en commun leur statut temporaire et éphémère tandis que d’autres, pérennes, gardent en mémoire les traces de chantiers maintenant aboutis.

NOTES

(1) À ce propos, si à une ou deux exceptions près les œuvres traitées dans le présent numéro sont produites par des artistes masculins, tous les articles, sauf un, sont signés par des femmes.

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