Objets inanimés, avez-vous donc une âme?

Sylvette Babin

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Quelle « relation » entretenons-nous avec les objets qui occupent encore aujourd’hui une place importante dans la production artistique ? Que nous disent ces objets à propos d’eux-mêmes, à propos de nous, à propos de l’art ou de la société ? Quel pouvoir ont-ils sur nous, sur nos activités de consommation ? Quelle valeur symbolique leur accordons-nous ? Dans le numéro précédent, nous amorcions une réflexion sur le retour – ou la persistance – de la matérialité dans l’art à travers la question du savoir-faire. C’est maintenant à l’objet lui-même que nous nous intéressons, non pas à sa matérialité formelle mais plutôt à son statut « existentiel ». Suivant la thèse de Bill Brown sur la Thing Theory, qui a motivé ce dossier, nous pourrions situer notre étude au moment précis où l’objet devient « chose », c’est-à-dire au moment où il s’anime et que s’amorce ainsi une relation entre le sujet et l’objet animé (1). C’est dire que nous entendons surtout par cette expression l’objet doté d’une « vie » plus que l’objet qui se meut. L’un n’excluant pas l’autre, l’objet animé par un mécanisme sera toutefois analysé dans la mesure où le mouvement contribue justement à donner vie à l’œuvre.

Ce dossier invite donc à réfléchir à l’objet tel qu’il nous apparaît dans les œuvres d’art actuelles, c’est-à-dire sous des angles aussi divers que la transformation de sa valeur d’usage en valeur symbolique ou artistique, le fétichisme ou le désir de possession qu’il suscite, le culte qu’on lui voue ou le pouvoir critique qu’on lui octroie. Comme on le verra, cette conception actuelle de l’objet animé se distingue de l’animisme au profit des rapports d’échange entre l’objet et celui qui le perçoit, tout en posant un regard neuf sur l’objet rituel et le primitivisme de notre relation au monde. La question de l’objet-marchandise est également abordée, au moyen d’une analyse du fétichisme provoqué par la société de consommation (et parfois par le marché de l’art) et de la façon dont certains artistes tentent d’en dévier les codes. Nous examinerons aussi les stratégies par lesquelles l’objet résiste à la dématérialisation amorcée par l’informatique, bien qu’il lui emprunte à l’occasion sa logique et ses modes de fonctionnement.

Si la notion de « l’âme » des objets reste bien entendu métaphorique, les différentes œuvres dont il est question dans ces pages nous invitent néanmoins à réfléchir sur le pouvoir (l’aura ?) qui les habite et sur les différentes manières que nous avons d’entrer en relation avec elles.

Note
(1) « Le récit des objets se posant en tant que choses s’avère être le récit d’un lien transformé avec le sujet humain ; ce récit raconte comment la chose ne nomme pas tant un objet qu’une relation particulière entre le sujet et l’objet. [...] Deuxièmement, vous pourriez imaginer ces choses comme ce qui est excessif dans les objets, comme ce qui excède leur matérialité en tant qu’objets ou leur usage en tant qu’objets — leur puissance en tant que présence sensible ou métaphysique, la magie par le truchement de laquelle les objets deviennent des valeurs, des fétiches, des idoles et des totems. [...] » Bill Brown, « Thing Theory », dans Things, Chicago, The University of Chicago Press, 2004, p. 4 et 5. [Trad. libre]

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