Le bling-bling artistique : du dispositif clinquant à la critique sociale

Sylvette Babin

L’intérêt pour l’art bling-bling, comme pour l’art kitsch qui s’en rapproche sous certains aspects, est loin de faire consensus, l’esthétique de l’excès, du clinquant et de la pacotille faisant généralement figure de superficialité. D’entrée de jeu, une précision s’impose néanmoins : il n’y a pas, à proprement parler, de courant bling-bling en art actuel. Le terme, d’abord associé au mouvement hip-hop, a été repris pour décrire certains comportements ostentatoires sur les scènes publiques et artistiques. On l’emploie aussi volontiers pour identifier des œuvres qui utilisent la surenchère de matériaux clinquants et qui font référence à la mode ou à la culture pop, et pour désigner les phénomènes de starisation ou de peopolisation. Si on remarque aujourd’hui que de telles pratiques foisonnent dans plusieurs productions artistiques présentées dans les galeries et les grandes foires internationales, la plupart des artistes qui pourraient faire appel au « brillant », de façon ponctuelle ou régulière, ne s’affichent pas artistes bling-bling pour autant. Il serait, par ailleurs, erroné de confiner le bling-bling et les œuvres qui en découlent à un simple étalage de richesses. Ainsi, l’approche du bling-bling mise de l’avant dans ce dossier, tout en permettant une analyse des esthétiques qui lui sont propres, soulève des réflexions variées sur les différentes attitudes dites bling-bling de la société contemporaine.
En traitant de la fétichisation des valeurs, du mercantilisme cynique, des excès de l’art contemporain et de son culte de la célébrité ou de la spéculation financière, certains textes du dossier examinent directement quelques-uns de nos comportements postmodernes. On retrouve aussi cette position critique chez plusieurs artistes abordés dans le numéro, et ce, parfois à travers des œuvres dont la facture n’a rien de clinquant. À l’opposé, d’autres artistes utilisent eux-mêmes les codes du bling-bling ou des stratégies de mise en scène exubérantes pour remettre en question la figure de l’artiste ou certains excès du marché de l’art. Cette approche n’est pas sans soulever quelques réflexions sur les pièges de l’utilisation de telles stratégies. Le tape-à-l’œil comme parodie ou comme procédé critique des tactiques de médiatisation de l’art atteint tout compte fait (ou tente d’atteindre) des objectifs similaires à ceux des œuvres dénoncées, en l’occurrence l’accès à la reconnaissance par un spectaculaire exacerbé. Quoi qu’il en soit, c’est bien sûr avec beaucoup d’humour que de telles parodies bling-bling s’insèrent dans le système de l’art, et si parfois elles parviennent à atteindre le marché qu’elles parodient, leur valeur marchande sera probablement plus proche de la valeur du zircon que de celle du diamant.
Cet ouvrage débordant de dorure et de pendentifs bling-bling laisse tout de même une place importante à des textes non liés à la thématique du dossier. Ainsi, une quinzaine d’essais ou de comptes rendus critiques s’ajoutent à ce numéro et couvrent une variété d’œuvres de différentes disciplines et d’expositions présentées au Canada et sur la scène internationale.

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