Démocratie

92
2018

Ce numéro propose une réflexion critique sur le concept de démocratie afin d’explorer ses contradictions inhérentes et ses retombées réelles, ainsi que le rôle que l’art peut y jouer. En réunissant des prises de position multiples, ouvertes et possiblement divergentes, ce dossier répond à l’urgence de mieux comprendre la place de l’art dans le contexte politique actuel pour, éventuellement, cultiver le désir de participer à une démocratie nouvelle.

 

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  • Édito

    Rassurante démocratie
    Sylvette Babin

    DOSSIER : DÉMOCRATIE

    Démocratie sans garanties
    Les crises de la démocratie contemporaine sont un problème également pour l’art contemporain dans le contexte de la fin présumée de l’idéologie. Les pratiques culturelles progressistes ont été mises à l’épreuve dans les dernières années par la résurgence des partis politiques de droite et les mouvements contreculturels liés à l’extrême droite. Dans cet article, l’auteur soutient que pour sauver ce qui mérite de l’être dans la démocratie libérale, nous devons appuyer les pratiques émancipatrices de gauche. Il envisage des avant-gardes politiques et artistiques capables de rompre avec les conditions qui ont présidé à leur émergence.
    [Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]
    Marc James Léger

    Art démocratique
    L’inégalité de plus en plus répandue et la résurgence de l’autoritarisme politique qui menacent la démocratie soulèvent la question du rôle de l’art dans la défense des valeurs démocratiques. En s’appuyant sur la philosophie de Jacques Rancière, l’auteur avance que l’art critique repose sur des motivations pédagogiques incompatibles avec la démocratie. Il soutient que l’art ne peut être démocratique que s’il repose sur un égalitarisme radical, en vertu duquel il accepte ses propres lacunes et renonce à anticiper ses propres résultats.
    [Traduit de l’anglais par Isabelle Lamarre]
    Konstantinos Koutras

    De la prédominance de la parole au don de l’écoute
    On constate, chez les théoriciens politiques, en particulier les penseurs de la démocratie, une propension à privilégier la parole aux dépens de l’écoute. Cet essai présente des méthodes d’écoute nourries par une attitude qui laisse entrevoir la perspective d’une pratique démocratique différente. De nouveaux modes d’écoute font leur apparition dans le cadre d’initiatives menées à l’extérieur des institutions démocratiques traditionnelles. L’auteure met en lumière quelques exemples récents de projets artistiques en ce sens.
    [Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]
    Anik Fournier

    Ausculter le corps politique : la situation de l’art à une époque où la démocratie n’est plus acquise
    Le thème de la démocratie demeure jusqu’à aujourd’hui une préoccupation constante pour les organisateurs de la documenta. L’édition de 2017 présentait notamment des artistes établis et émergents qui embrassent le sujet avec dynamisme. Un grand nombre d’entre eux expérimentaient avec l’idée de produire un genre d’effet de démocratie ou de provoquer une réflexion critique sur nos collectivités en évolution, dans un contexte marqué par l’instabilité et les contrecoups de la mondialisation. D’autres présentaient des moments de l’histoire marqués par le déclin de la démocratie. La manifestation a toutefois donné lieu à des échanges muséologiques et artistiques compliqués entre les deux sites qui l’accueillaient et constituait par le fait même un fascinant microcosme des inégalités, sur le plan économique, esthétique et géopolitique, entre la grande puissance européenne que représente l’Allemagne et le « pays débiteur » qu’elle a contribué à faire de la Grèce.
    [Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]
    Claudia Mesch

    (Re)négocier le centre invisible d’Every. Now. Then : la spatialité blanche institutionnelle
    Dans cet article, l’auteure examine la « tonalité » distinctement blanche, malgré la présence majoritaire d’artistes noirs, autochtones et asiatiques, de l’exposition Every. Now. Then: Reframing Nationhood, la proposition du Musée des beaux-arts de l’Ontario pour le 150e anniversaire du Canada. Elle lie l’effacement des commissaires, « centre absent » de l’exposition, au concept de spatialité blanche, que les éducatrices Eunsong Kim et Maya Isabella Mackrandilal définissent comme « une présence sans provocation ». Ce faisant, elle s’interroge sur les moyens qui permettraient d’aborder la question de la spatialité blanche de manière à forcer une reconsidération effective de l’espace et des ressources de cet établissement phare.
    [Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]
    Justine Kohleal

    En marche ensemble : la démocratie en mouvement ?
    Ces dernières années, l’artiste brésilienne Lygia Pape (1927-2004) a fait l’objet de multiples expositions individuelles présentées dans de grandes institutions partout dans le monde. Pape est particulièrement connue pour sa célèbre performance intitulée Divisor (1968), dans laquelle un corps collectif composé des corps individuels des performeurs liés entre eux par un immense drap blanc déambule dans les rues de Rio de Janeiro. L’œuvre trouve aujourd’hui écho dans le climat social mondial, en évoquant la surveillance de la dictature militaire d’un point de vue critique indirect. Les reperformances de Divisor dans le cadre de diverses expositions embrouillent les motivations initiales de Pape tout en soulevant d’importantes questions à propos de la nature politique subversive de l’œuvre dans le contexte contemporain.
    [Traduit de l’anglais par Isabelle Lamarre]
    Didier Morelli

    Multitudes, essaims, communautés
    Partant de propositions célèbres de Spinoza, l’auteur s’interroge brièvement dans cet article sur la notion de « multitude », en commentant les contributions de Frédéric Lordon ou Antonio Negri. On interroge et on critique la notion d’« essaim ». On revient à la « communauté » selon Jean-Luc Nancy, en proposant de ne pas abandonner la notion de « peuples » – à condition de la mettre au pluriel.
    Georges Didi-Huberman

    PORTFOLIO

    Sayeh Sarfaraz
    Grave frivolité et impermanence des pouvoirs

    Laurent Lacotte
    Dans l’espace public

    Collectif d’artistes
    on ne répond pas à la question – contre toute attente, on procède

    Mo Yi
    Rappeler le souvenir d’une vérité sociale

    Kader Attia
    L’urgence du débat

    Cynthia Girard-Renard
    Une communauté polyphonique

    ARTICLES

    Ouvrir la voix d’Amandine Gay : une mise en perspective des enjeux du Black Feminism
    Le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay soulève de nombreux enjeux en ce qui a trait aux luttes afroféministes en contexte européen. Notre article propose d’explorer les différentes problématiques abordées dans ce film : l’intersectionnalité des oppressions raciste et sexiste, la marginalisation de la parole des femmes noires, les stéréotypes, les microagressions, mais aussi la nécessité de l’autodéfinition, le pouvoir de l’éducation et l’empowerment en tant que stratégies de survie quotidienne et collective. Nous chercherons donc à lier les enjeux de ce film à certains aspects de la pensée féministe noire étatsunienne telle qu’elle a notamment été théorisée par Patricia Hill Collins.
    Paola Ouedraogo

    Karen Tam: With wings like clouds hung from the sky 大鵬就振翼
    Karen Tam’s exhibition With wings like clouds hung from the sky 大鵬就振翼 builds on the premise that Lee Nam, a Chinese immigrant artist mentioned briefly in Emily Carr’s book The House of All Sorts deserves our attention. The article look at how Tam responds to the question: How do you talk about an artist about whom there exists very little information? The author explores Tam’s artistic approach, which includes collaboration, participation, and play to address histories of discrimination and orientalism within a Canadian context.
    Zoë Chan

    De choses et d’autres : Subsistances – Inniun de Raphaëlle de Groot
    Le projet Subsistances – Inniun, présenté par Raphaëlle de Groot à l’été 2017 dans le cadre du projet Repères2017/Landmarks2017, soulève certains enjeux néomatérialistes. L’artiste invite à repenser notre relation au monde matériel à travers l’accumulation et la mise en récits d’objets récoltés pendant une résidence d’un an dans la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan. Les artéfacts, recueillis et dument documentés par l’artiste, révèlent la relation privilégiée de leur propriétaire au territoire minganois ; inversement, ils nous renseignent aussi sur la capacité de la matière à entrer en relation avec l’humain, voire à constituer une partie intégrante de ce que nous sommes.
    Anne-Marie Dubois

    SCHIZES

    S’enchoisir
    Michel F. Côté et Catherine Lavoie-Marcus

    COMPTES RENDUS

    Louis-Philippe Côté, Dérives et replis ; Jean-Sébastien Denis, Extensions, décalages et propos ambigus sur la plasticité, Montréal par Dominique Sirois-Rouleau

    Quart d’heure américain, Saint-Ouen par Vanessa Morisset

    Hannah Black, Some Context, London, U.K. par Emily LaBarge

    Gilberto Esparza, Plantas autofotosintéticas, Montréal par Teva Flaman & Pierre-Luc Verville

    Agnès Geoffray, Before the eye lid’s laid, Pontault-Combault par Nathalie Desmet

    Rachel Whiteread, London, U.K. par Emily LaBarge

    Philippe Hamelin, Carnations, Montréal par Nathalie Bachand

    Ville multiple, Maison de la culture Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Montréal par Nuria Carton de Grammont

    Laurent Lamarche, La Nuée, Laval par Emmanuelle Choquette

    How deep is your love?, Toronto par Alex Bowron

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