Art contemporain et logique événementielle

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Bernard Lamarche

La tenue de la troisième édition de la Biennale de Montréal, du 27 septembre au 3 novembre 2002 dans la Cité Multimédia, autorise à réfléchir sur la pertinence de la logique événementielle pour le domaine des arts visuels. Le phénomène de la biennale, en développement rapide dans le monde, rapproche les arts visuels de la structure du festival. Dans une ville où les festivals de toutes natures pullulent, la pertinence d’adhérer ou non à une telle stratégie ne va pas de soi.

En début d’année, un article sur les biennales paru dans le New York Times démontre que le monde entier devient biennal. Ces dernières naissent même dans des endroits où la situation économique et politique est instable, comme à La Havane. Pour Homi Bhabha, spécialiste des cultural studies et professeur à Harvard, les biennales signalent le désir des villes-hôte d’être vues comme une région de la culture moderne. Il a été démontré que pour certaines de ces régions, l’avènement d’une biennale a contribué au développement d’une scène artistique locale.

Si les biennales sont à l’art contemporain ce qu’un festival est au jazz, comme le défend le commissaire allemand René Block, de passage au Québec pour une table-ronde dans le cadre de la manifestation montréalaise, elles agissent alors selon une logique événementielle qui a pour but d’attirer l’attention non seulement des publics locaux, mais aussi de la faune internationale et des médias. L’attitude serait donc d’abord promotionnelle.

À Montréal cependant, la question se poserait autrement. Dans ce contexte, et pour une ville comme Montréal où la culture semble de plus en plus colonisée par la logique festivalière, cette faoçn de faire demande réflexion. Un bref débat à ce sujet avait d’ailleurs été soulevé il y a quelques années par la défunte revue Cube, autour notamment du Mois de la photo de Montréal.

La pureté de la réflexion si chère aux arts visuels serait altérée par l’adoption d’une rhétorique de l’événement qui gommerait toute possibilité de poser correctement, si une telle chose existe, les problématiques essentielles à l’avancement de la compréhension des arts.

Or, les biennales posent autant, sinon plus, la question de la diffusion de l’art contemporain que celle de son exposition. Le gigantisme dont souffrent des grands événements cycliques européens comme la Biennale de Venise ou la Documenta de Kassel leur fait embrasser des thématiques par trop généreuses en plus de noyer les visiteurs sous des quantités astronomiques d’œuvres.

En Amérique du Nord, où les blockbusters ont connu leur part de critiques, et dans une ville où l’art contemporain foisonne sans toutefois générer l’attention comme dans les grands centres, la place d’une Biennale doit être définie avec acuité. Comme véhicule de promotion, comme agent de positionnement de l’art contemporain dans la sphère des médias de masse et pour contribuer à l’essor de la scène locale, la Biennale de Montréal demeure cruciale, en autant –tout en acceptant ce devenir spectacle de l’art – qu’elle puisse réellement faire le point sur l’art qui se fait maintenant, seule condition à sa réussite.

LECTURES
François Dion, La tête me tourne, Cube, n °3-4, octobre 1997.
Marie-Josée Jean, Réplique aux étourdissements de François Dion, Cube, n °5, février 1998.
Ann Wilson Lloyd, «Rambling Round a World That’s Gone Biennialistic», The New York Times, dimanche 3 mars 2002.
Rene Block, Commisionner’s Concept : www.gwangju-biennale.org/last-biennale/2000/english/mainex-concept-eu.htm

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