Conflits

96 - Printemps / été 2019

Quelles formes de discours émergent des pratiques artistiques et des œuvres qui traitent des conflits  ? Existe-t-il une posture narrative propre aux œuvres et aux expositions qui s’engagent dans le récit, la critique ou l’analyse des conflits  ? Par extension, puisque ceux-ci ne se résument pas aux guerres, comment l’artiste et le commissaire s’inscrivent-ils en témoins des conflits sociaux, des luttes et des inégalités issues du racisme et du colonialisme  ? Ce sont quelques questions auxquelles le numéro 96 propose de réfléchir.

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Articles à la pièce

Mirna Boyadjian
Heather Rigg
Marie-Hélène Leblanc
Nadia Kurd
Nika Timashkova
Gwynne Fulton
Sommaire:

EDITO

Société guerrière : l’infiltration des conflits dans la vie quotidienne
Sylvette Babin

DOSSIER : CONFLITS

Crise de la présence en temps de guerre civile
Selon Maurizio Lazzarato et Éric Alliez, la « guerre civile mondiale » annoncée par Hannah Arendt et Carl Schmitt dans les années 1960 se transforme, avec la financiarisation contemporaine – et l’économie de la dette –, en une imbrication de guerres civiles (guerres de classes, de races, de genres, etc.) dont la matrice est la guerre coloniale, soit une guerre dans et contre la population. Cette perspective d’une expérience incorporée de la guerre nous amène à la considérer moins comme un combat qu’une personne livre volontairement que comme un combat qui se fait au cœur de l’existence – une vie traversée par la guerre. Depuis la colonisation, la destruction matérielle et immatérielle conditionne des captures par le biopouvoir de la vie spirituelle et biologique au profit du maintien de la machine du capitalisme mondial qui se manifeste notamment par une « crise de la présence ». Comment les artistes confèrent-ils à ce drame existentiel une consistance ou un plan de visibilité-lisibilité capables d’activer des résistances infrapolitiques ?
Mirna Boyadjian

Perturber la performance autoritariste par la résistance corporelle
Dans cet article, Heather Rigg analyse le concept de « performance autoritariste » explicité par Lauren Berlant dans son article « Austerity, Precarity, Awkwardness », paru en 2011. Selon elle, en traitant l’oppression autoritariste et la résistance qui s’y oppose comme des performances, Berlant introduit l’idée d’une poétique de la résistance donnant la primauté au corps et à l’expression corporelle. Rigg appuie sa démonstration sur une analyse du texte de Berlant et un court métrage de Liza Johnson, In the Air (2009), qu’elle compare à l’installation vidéo multicanal d’Annie MacDonell, Holding Still // Holding Together (2016), soulignant dans les deux œuvres le rôle du « geste collectif ».
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]
Heather Rigg

Emprunter les images à la guerre
Dans la pratique artistique contemporaine qui s’intéresse aux conflits et aux guerres, dans la fabrication des images qui deviennent œuvres, n’y aurait-il pas une convergence entre les reportages de guerre et les supports utilisés par les artistes ? Ce texte propose une analyse des liens entre la guerre, les médias et la pratique artistique à travers un corpus d’œuvres d’Aernout Mik, d’Omer Fast, de Rabih Mroué et de Leila Zelli.
Marie-Hélène Leblanc

Représentation du conflit au Cachemire dans l’art contemporain
Nadia Kurd examine ici les œuvres d’artistes canadiens dans les rapports qu’elles entretiennent avec le conflit au Cachemire et la partition des Indes de 1947. S’appuyant sur les œuvres de Rachel Kalpana James, de Divya Mehra et d’Althea Thauberger, elle soutient que le conflit qu’abordent ces artistes dans leurs créations trace de la région un portrait plus vaste que la représentation habituelle qu’en ont fait – et en font encore – les médias. En effet, leurs œuvres démêlent le conflit pour exprimer une expérience personnelle influencée par la géopolitique de la région. Si le conflit est à coup sûr un élément central pour comprendre le Cachemire, il ne saurait servir de raccourci pour s’accommoder de l’histoire longue et complexe du sous-continent indien.
[Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]
Nadia Kurd

Guerres de signes : porter le conflit russo-ukrainien
Les guerres civiles contemporaines, formes de conflit politique et économique, sont de plus en plus médiatisées et donnent lieu à une circulation de symboles sauvage et abondante. En Russie et en Ukraine, la reconstitution de l’identité nationale se déploie politiquement et économiquement en réaction à un conflit géopolitique où s’entremêlent revendications territoriales et idéologie. L’auteure examine les questions du nationalisme et de l’appropriation culturelle à travers l’usage que font les créateurs de mode Gosha Rubchinskiy (Russie) et Yulia Yefimtchuk (Ukraine) des symboles communistes. Elle situe leurs démarches dans le contexte de l’esthétique postsoviétique et du capitalisme mondial et fait ressortir les éléments qui les distinguent.
[Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]
Nika Timashkova

Our Song to War — Entretien avec Juanita Onzaga
Dans ce bref entretien, la cinéaste colombo-belge Juanita Onzaga discute avec Gwynne Fulton de son documentaire expérimental Our Song to War (2018). Invocation des esprits égarés des victimes des tirs croisés entre les guérilléros de gauche et les forces paramilitaires sanctionnées par l’État dans le village reculé de Bojayá, le film offre un regard poétique et poignant sur une communauté en quête de paix au lendemain de la guerre. Fulton et Onzaga abordent les thèmes de la mémoire, de la politique du deuil, de la résistance afro-colombienne et des rituels syncrétiques appelant à une responsabilisation collective à l’endroit des victimes du conflit armé en Colombie.
[Traduit de l’anglais par Margot Lacroix]
Gwynne Fulton

PORTFOLIO

Martin Bureau
par Patrice Loubier

Gohar Dashti
par Claudia Polledri

Emily Jacir
par Amelia Wong-Mersereau

Hajra Waheed
par Béatrice Cloutier-Trépanier

Michael Love
par Sylvie Lacerte

ARTICLES

“What’s in the frame and what’s out”: Storytelling, Representation, and Black Quiet in Aleesa Cohene’s I Don’t Get It
Aleesa Cohene’s video-based exhibition I Don’t Get It explores issues of race and the representation of people of colour in Hollywood cinema. Her methodology involves the collecting and editing together of hundreds of film clips in order to construct “composite characters” and new narratives. Using this strategy in her latest work, Cohene creates a black composite character who transcends the stereotypical roles typically offered black actors.
Zoë Chan

Carolee Schneemann, pionnière posthumaniste
Carolee Schneemann a fermement pris position dans l’histoire de l’art il y a plus de 20 ans. Ses performances avant-gardistes des années 1960 ont changé pour toujours la façon de voir l’art et le corps de la femme. Mais Schneemann a également apporté une contribution méconnue et inédite d’égale importance par son désir de bousculer l’ordre anthropocentrique, ce qu’elle a fait à répétition dans des œuvres filmiques et photographiques mettant en scène des échanges intimes avec des compagnons félins. Il y a une trentaine d’années, en sondant la vulnérabilité et l’affect interspécifiques, Schneemann a jeté les bases de modes de perception subversifs qui, aujourd’hui, prennent enfin toute leur pertinence en art contemporain.
[Traduit de l’anglais par Isabelle Lamarre]
Giovanni Aloi

SCHIZES

Déconflitures QI
Michel F. Côté

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Theaster Gates, Palais de Tokyo, Paris par Nathalie Desmet

Computer Grrrls, Gaîté Lyrique, Paris par Vanessa Morisset

Joins, Cell Project Space, London, U.K. par Emily LaBarge

Unvanishing Traces, Xpace Cultural Centre, Toronto par Ricky Varghese

Serge Clément, Occurence, Montréal par Sophie Bertrand

Cheryl Pagurek, Patrick Mikhail, Montréal, par Dominique Sirois-Rouleau

François Quévillon, Expression, Saint-Hyacinthe par Louise Boisclair

Luigi Ghirri, Jeu de Paume, Paris par Camille Paulhan

Carl Marin, AxeNéo7, Gatineau par Julia Roberge Van Der Donckt

Arts de la scène

Guérilla de l’ordinaire, Théâtre d’Aujourd’hui, Montréal par Julie-Michèle Morin

Daina Ashbee, La MaMa, New York par Didier Morelli

Publications

Libre DHC/ART, Fondation Phi pour l’art contemporain par Sophie Drouin

Before I Was a Critic I Was a Human Being, Book*hug Press & Artspeak par Amber Berson

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