Montréal - Festival TransAmériques, L'homme atlantique (et La maladie de la mort)

79
2013
Montréal
  • Théâtre Péril, L’homme atlantique (et La maladie de la mort), 2013. photo : Yan Turcotte

L’homme atlantique (et La maladie de la mort), Théâtre Péril, Montréal, Festival TransAmériques, du 31 mai au 2 juin 2013

Directeur artistique du Théâtre Péril, mais aussi créateur associé à Recto-Verso et codirecteur artistique du Théâtre Blanc, Christian Lapointe a le don d’affronter les dramaturgies vertigineusement poétiques qui effraient la plupart des metteurs en scène de sa génération. Sur les écritures denses, symbolistes ou énigmatiques, l’homme de théâtre se fait un devoir de jeter ses lumières. Après des incursions mémorables chez William Butler Yeats et Villiers de L’Isle-Adam, le voilà – enfin ! – chez Marguerite Duras. La création de L’homme atlantique (et La maladie de la mort) a eu lieu l’été dernier au Festival TransAmériques.

Voix hors champ. Plans fixes. Regards qui portent. Splendeur des paysages. Mystique des gestes. Il est dans la plupart des œuvres littéraires de Duras une indéniable teneur cinématographique. C’est encore plus vrai en ce qui concerne L’homme atlantique, ni plus ni moins que la transcription de la bande-son du dernier film réalisé par l’écrivaine. C’est le récit d’un deuil amoureux, une adresse à l’autre, mais aussi, et peut-être même surtout, une émouvante représentation de ce que le 7e art autorise et interdit. Dans La maladie de la mort, une prostituée et son client, une femme et un homme aux antipodes, du moins en apparence, parlent d’amour et de désir, se mettent mutuellement à l’épreuve.

Heureuse idée que celle de juxtaposer ces deux textes écrits à la suite d’un séjour que fit l’écrivaine à Montréal en 1981 et qui sont fort probablement inspirés par la même grande et terrible histoire d’amour qui lia Duras à Yann Andréa pendant les 16 dernières années de sa vie. Sous la tutelle de l’auteure-cinéaste, campée par Marie-Thérèse Fortin, c’est l’impossible dialogue d’un seul et même couple – incarné par Jean Alibert et Anne-Marie Cadieux – qui se déploie dans toute sa magnificence. Les mouvements du cœur se donnent à voir et à entendre, souvent, aussi, à deviner, au sein d’un dispositif beau et ingénieux, un plateau de cinéma fantasmé par le metteur en scène et sa précieuse équipe de concepteurs.

Il faut voir comment le spectacle nous entraîne de l’intimité à l’immensité, du boudoir à l’océan, de la chambre noire au grand écran. Étonnant comme leur histoire en vient à évoquer peu à peu la nôtre. C’est que Lapointe prolonge ici – tout comme dans Outrage au public, qu’il offrait à l’occasion du même FTA – son obsession pour la place du spectateur au sein de la représentation théâtrale. Notre image, nos faits et gestes, voilà bien un artefact dont le créateur ne saurait se priver. Surveillance et voyeurisme, doublage et dédoublement, mise en scène de soi et mise en abyme ; le premier rendez-vous entre Lapointe et Duras donne autant de matière à réflexion qu’à contemplation. Vivement la suite.

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