Publication | Thomas Demand: Animations

79
2013
  • Jeff Fleming (dir.), Des Moines et Montréal, Des Moines Art Center et DHC/Art, 2012, n.p.

Thomas Demand: Animations, Jeff Fleming (dir.), Des Moines et Montréal, Des Moines Art Center et DHC/Art, 2012, n.p.

Le catalogue accompagnant l’exposition Thomas Demand: Animations, conçu par le Des Moines Art Center en partenariat avec la Fondation DHC/Art, met en valeur la récente production filmique et vidéographique de cet artiste allemand, réputé surtout pour ses photographies réalisées à partir de la reconstruction en papier ou en carton de scènes puisées dans les médias. Soulignant à gros traits l’originalité de cette pratique fusionnant la photographie, la sculpture et l’architecture, les concepteurs de la publication ont voulu démontrer l’extraordinaire raffinement technique et la profondeur conceptuelle qui font de Thomas Demand « l’un des artistes les plus importants de notre époque », pour reprendre les mots introductifs de Jeff Fleming. Pour ce faire, ils ont choisi de concentrer l’attention, tant visuelle qu’analytique, autour de la pièce maîtresse de l’exposition, un film intitulé Pacific Sun (2012) inspiré d’une captation par caméra de surveillance de l’incident survenu à bord de ce navire de croisière en 2008, au large de la Nouvelle-Zélande. Le catalogue, qui comprend soixante reproductions couleur, présente une vingtaine de vues fixes extraites de cette œuvre d’envergure, judicieusement disposées de manière à rappeler la séquence de leur animation.

À titre de sanction théorique, l’essai principal porte la signature prestigieuse du critique d’art et historien de l’art américain Michael Fried, qui s’était déjà penché sur les œuvres de Demand dans son ouvrage Why Photography Matters as Art as Never Before (2008). Fried reprend ici son argument selon lequel la démarche de cet artiste – comme celle de plusieurs de ses contemporains (Douglas Gordon et Anri Sala, p. ex.) – est symptomatique d’une « réaction rectificative » à l’indétermination postmoderniste, et plus précisément d’un « retour dialectique à certaines valeurs fondamentales du modernisme ». Afin d’étayer cette thèse, l’auteur se réfère aux enjeux posés en 1967 dans son célèbre article Art and Objecthood, et tente de montrer comment ceux-ci sont renouvelés par des pratiques actuelles comme celle de Demand. Or si un tel geste autocritique nous paraît justifié dans les autres écrits de Fried, il trouve plus difficilement sa place à l’intérieur de ce catalogue monographique. À un certain point de la lecture, on peut même avoir le sentiment agaçant que les œuvres de l’artiste servent à exemplifier la pensée de l’auteur, qui trouve en elles des échos à ses propres préoccupations. Ces dernières orientent du moins la lecture dans une direction bien précise qui va à l’encontre du discours dominant sur l’art de Demand : Fried analyse les œuvres sous l’angle thématique de l’intentionnalité artistique, arguant que le concept d’intention permet d’expliquer le rapport que son processus reconstructif entretient avec l’activité humaine. À cette réflexion stimulante quoique discutable se greffe un court texte du romancier Bruce Sterling qui, dans la foulée de Fried, suggère que les « animations » de Demand traduisent une véritable sensibilité du 21e siècle.

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