Bruxelles - Galerie Xavier Hufkens, David Altmejd

78
2013
Bruxelles
  • David Altmejd, vue d'installation, Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles, 2013. Photo : Allard Bovenberg, Amsterdam, permission de l'artiste et Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles

David Altmejd
Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles, du 14 février au 20 mars 2013

Les écorchés. Cas d’école. Apprendre à sculpter les corps en dévoilant ce qui les compose. Arcimboldo en trois dimensions. Esquisses de plâtre encore fraîches. Humour grinçant. Humeurs corporelles. Exploration anthropomorphique de mondes invisibles.

Voici entre autres ce qui vient à l’esprit en découvrant les nouvelles œuvres de David Altmejd à la Galerie Xavier Hufkens à Bruxelles. Figuratives en tous points. Déviantes comme l’époque, où l’artiste juge soudain nécessaire de revenir au corps premier, magistral. Un corps (in)humain, à taille démesurée. Un corps trituré, recomposé. Comme si l’artiste revisitait l’histoire de l’art, avec ce qu’aujourd’hui apporte d’angoisses mutantes, d’expériences génétiques dérangeantes, mal-être érigé en dogme. La greffe prend-elle ?

Corps hybride, l’exposition elle-même l’est tout autant. C’est la troisième exposition personnelle de Altmejd à la Galerie Hufkens et l’espace, avec ses hauts plafonds et son aura classique cadre très bien avec ces constructions corporelles géantes, jambes nervées de bananes en polystyrène, cœur ou tête de melon ou de noix de coco fichés sur des armatures de métal, bras recouverts par endroits de fourrures artificielles, sexe à la fraise cachée... Corps de plâtre comme dévorés par eux-mêmes, avec des mains en guise de crâne, des mains qui s’arrachent la peau, creusent la chair, des mains dont on dirait qu’elles tentent désespérément de se modeler elles-mêmes un corps... à moins qu’elles ne cherchent à l’anéantir... ? Corps noirs sans tête, pendus au plafond, la tête en bas, pour figurer quoi ? Un danger latent pour l’espèce ? Pour le spectateur ? L’absurdité d’ici-bas ?

Sans les sculptures massives de miroirs éclatés, trop évidentes, un peu encombrantes et loin de la transparence revendiquée par l’artiste lui-même, l’exposition aurait sans doute gagné en cohérence. La force des corps dressés, fiers et torturés, campés sur leur piédestal à l’ancienne, suffisait amplement à susciter la curiosité. Une question demeure pourtant : l’artiste, biologiste de formation (faut-il le rappeler ?) est-il conscient de la portée potentiellement politique de son œuvre ou ne s’intéresse-t-il qu’à décortiquer les détails d’une œuvre en développement ? Il reste que son travail nous suit quand nous quittons le lieu, paraissant même resurgir sous la plume de l’écrivaine Annie Lebrun : « [...] il n’est pas jusqu’à la venue de créatures hybrides entre l’homme et le robot qui ne symbolise à la fois [...] cette progression du vide à l’intérieur de l’homme et la menace constituée par des êtres dont l’humanité n’est plus qu’apparence », (Annie Lebrun, Perspective dépravée. Entre catastrophe réelle et catastrophe imaginaire, éd. du Sandre, Paris, 2011), elle qui dit si bien l’étendue de la catastrophe à laquelle ces sculptures semblent nous ramener inéluctablement.

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