Montréal - galerie antoine ertaskiran, Sayeh Sarfaraz, mémoire d'éléphant

77
2013
Montréal
  • Sayeh Sarfaraz, mémoire d'éléphant, 2012. photo : permission de la galerie antoine ertaskiran, Montréal

Sayeh Sarfaraz, mémoire d’éléphant
galerie antoine ertaskiran, Montréal, du 14 novembre au 8 décembre 2012

« Tu viens jouer ? on fait comme si c’était vrai. [...] Je vais t’enfermer dans une cage, tu es mon prisonnier, t’es coincé, ne fais rien. Arrête, arrête de bouger sinon je te tue avec mon fusil. [...] c’est trop drôle comme jeu. » Intitulée mémoire d’éléphant, la première exposition solo de l’artiste d’origine iranienne Sayeh Sarfaraz, à la galerie antoine ertaskiran, témoigne en même temps qu’elle dénonce les régimes politiques dictatoriaux qui oppressent les pays du Moyen-Orient. L’œuvre littéraire dont est tiré l’extrait cité plus haut accueille le spectateur à son entrée en salle. Le court texte qui annonce subrepticement le titre des œuvres sert efficacement d’introduction à l’exposition : troublantes, les quelques phrases contrastent avec les œuvres matérielles présentées, lesquelles sont dotées d’un caractère ludique par l’emploi de matériaux associés à l’enfance, tels jouets, pâte à modeler, papier carton. Par la mise en scène de cinq installations, l’artiste aborde sur un ton faussement naïf des thèmes chargés, tels la dictature, la violence, le contrôle, la censure et la liberté d’opinion, prenant pour toile de fond l’histoire de son pays d’origine.

Par exemple, la pièce Faire comme si (2012), composée d’une maison de poupée feutrée dans laquelle sont entassés des « prisonniers fantômes » (petits bonshommes blancs au regard absent), amène à comparer le régime oppressif à l’édification sournoise d’une « prison invisible ». Entourée d’une palissade de guimauves, la cour adjacente sert de théâtre aux hostilités entre des personnages de pâte à modeler que l’on associe aux luttes entre les « Bassidji » et les militants du mouvement vert – figurines vertes tuées à coup de boules de mousse rouge. Ainsi, la scène nous situe au lendemain de la réélection controversée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad en 2009, qui a conduit à la plus grave crise politique de l’histoire de la République islamique. Différemment, Ne bouge pas j’ai dit... (2012) évoque l’affrontement entre les citoyens (bonshommes lego) et la milice (figurines plastifiées) disposés sous une plateforme suspendue, à l’abri des regards. D’ailleurs, les deux œuvres citées sont reliées par une guirlande de figurines des deux clans qui, placées en sens inverse sur les poutres de la galerie, sont destinées à se confronter.

Omniprésente, la guirlande apparaît dans l’exposition sous différentes formes liant les pièces entre elles tel le « fil de la pensée » qui dit aussi le « fil de la mémoire ». Les références iconographiques à la miniature persane et les définitions écrites en persan sur les murs tissent également des liens avec la tradition et opacifie le propos des œuvres, tenant le spectateur à distance. Adroitement, l’artiste joue de la censure pour rappeler l’oppression de la liberté d’expression en faisant de son œuvre le témoin et la mémoire des événements. C’est ainsi qu’à sa manière, elle les arrache à l’oubli.

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