Montréal - Galerie de l'UQAM, Sébastien Cliche, La doublure

77
2013
Montréal
  • Sébastien Cliche, La doublure, 2012. photo : L.-P. Côté, permission de l'artiste et de la Galerie de l'UQAM

Sébastien Cliche, La doublure
Galerie de l’UQAM, Montréal, du 19 octobre au 8 décembre 2012

Dans la suite de sa programmation particulièrement riche en 2012, la Galerie de l’UQAM accueillait cet automne le plus récent projet de Sébastien Cliche : La doublure. Les grandes cloisons qui forment la charpente extérieure de l’installation ne laissent en rien présager ce qui y était enfermé. À l’intérieur de l’enceinte, le spectateur se retrouve dans une pièce en tous points similaire à une seconde, dont il est séparé par une paroi vitrée. De part et d’autre, l’artiste a disposé des objets familiers (horloge, bureau, chaise, etc.), ainsi qu’un moniteur télé et une caméra qui transmet en direct l’image de la salle jumelle. Cette réplique parfaite comporte pourtant une différence majeure, soit la présence d’un performeur dont les actions semblent calculées.

La notion de surveillance, très présente dans le travail de Cliche, trouve dans ce projet différentes déclinaisons. Bien que le dispositif d’ensemble rappelle à certains égards la salle d’observation, le dédoublement des caméras et des écrans, la transparence de la paroi vitrée ainsi que la présence d’un personnage neutre et machinal contribuent à dupliquer les rôles de l’observateur et de l’observé, fragilisant ainsi les fondements mêmes de la surveillance. Autre élément récurrent dans la grammaire de l’artiste, la notion de récit (plus précisément le processus inhérent à la construction du récit) se trouvait ici fragmentée, comme dans la plupart de ses projets interactifs où les séquences littéraires aux logiques narratives brisées obligent le spectateur à prendre position.

Un livre posé sur le bureau, accessible au public, vient renforcer l’ambiguïté littéraire, voire philosophique, de l’œuvre. « Tous les jours, quelqu’un entre ici et se demande ce qu’il doit faire », « De toute façon, il est peu probable que vous soyez celui ou celle que vous croyez être », « Rassurez-vous, il ne vous arrivera rien. Cette situation est en partie fictive ». Ces énoncés anarratifs portent à considérer des rapports de force avec un personnage abstrait (le performeur ?), mais aussi à réfléchir à la notion de contrôle sous-jacente à l’ensemble du projet. Le spectateur attentif en vient d’ailleurs à comprendre que les gestes du performeur, qui évite minutieusement tout contact visuel, sont en partie des répétitions de ses propres gestes, visibles sur le moniteur de la salle adjacente et reproduits avec un léger décalage.

En transposant les stratégies de la programmation informatique sur un performeur dont les actions répondent à certaines configurations précises, La doublure met non seulement en relief la dimension multidisciplinaire du travail de Cliche, dont les œuvres hypermédiatiques impliquent une part de programmation informatique, mais confronte le spectateur aux mécanismes propres aux interactions humaines (actions/réactions, regards ciblés, volonté de contact, etc.). Décrit comme un laboratoire antirelationnel, ce projet de fin de maîtrise ouvre certainement de nouvelles voies de recherche pour l’artiste.

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