Montréal - Galerie Occurence, Jacynthe Carrier, Parcours

77
2013
Montréal
  • Jacynthe Carrier, Parcours, 2012. photo : © Jacynthe Carrier

Jacynthe Carrier, Parcours
Galerie Occurrence, Montréal, du 1er décembre 2012 au 12 janvier 2013

Une sablière. Un trou gigantesque dans lequel courent quelques dizaines de personnes, jeunes, âgées, hommes, femmes. Elles courent en rond. Il pleut. Leurs pas réguliers dans le sable boueux rappellent le piétinement d’un troupeau. Un bruit dissonant et continu amplifie cet effet de grondement. Quelques individus portent des paquets informes de draps et de tissus. Une femme tient un modèle réduit de maison. Soudainement, le groupe s’arrête. Pendant quelques instants, tous ses membres fixent l’horizon, le regard incertain mais placide, sans broncher. Un jeune garçon tend la main, ressent la pluie battante au creux de sa paume. La course reprend. Tous ces êtres fuient quelque chose, mais quoi ?

Depuis quelques années, Jacynthe Carrier questionne, à travers ses photographies et ses vidéos, la façon dont le corps s’inscrit dans son territoire et s’approprie son environnement. Le troupeau humain, à travers sa quête absurde et infinie, s’élance dans l’espace vide, se l’accapare totalement, y projette ses aspirations les plus profondes, aussi abstraites soient-elles. À travers la mise en scène de Parcours, l’artiste semble aussi analyser la relation de l’individu au groupe. Selon un consensus silencieux, chaque individu suit le mouvement collectif insensé. Les photographies, tels des photogrammes, permettent une incursion dans le flot cyclique et révèlent la dynamique particulière unissant l’individu à la masse. Alors que sur le portrait de groupe le mouvement de la course brouille les visages, sur les portraits individuels, réalisés pendant la courte pause consensuelle et apparemment aléatoire, chaque individu parvient à se détacher du lot, à retrouver ses traits, son essence propre. L’instant d’un souffle, il s'interroge sur sa destinée, sa place au sein de cette horde, dans ce paysage vacant, oublié, insignifiant. Une ficelle blanche, posée au sol, indique la piste à suivre aux âmes errantes. Leitmotiv prenant différentes formes d’une production à l’autre, la corde semble jouer le rôle de connexion (ou de frontière ?) entre l’individu et son environnement et, par le fait même, entre l’individu et son destin, ici tributaire de la masse.

Carrier propose donc un récit théâtral et métaphorique sur le quotidien. À travers une narration ayant des airs de chorégraphie post apocalyptique, elle questionne la triangulation entre l’individu, la masse et le territoire. Si la pluie battante plaque les cheveux des personnages sur leurs yeux et si la boue qui s’agrippe à leurs chevilles les ralentit, leur fuite cyclique creuse le sol, façonne le terrain. Alors que dans son œuvre Rites, Carrier se penche sur les rituels, les petits gestes symboliques, dans Parcours, de façon beaucoup plus large, elle semble remettre en question le rythme de la vie, le comportement humain dans la fuite perpétuelle que représente le quotidien.

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