Montréal - Espace Libre, Scrap

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Montréal
  • Photo : Kevin Murphy.

Scrap Les Néos, Espace Libre, Montréal, du 11 au 16 juin 2012

Les Néos, un collectif composé de Sylvestre Caron, Benoît Drouin-Germain, Catherine Lavoie, Mathieu Lepage, Mathieu Leroux, Gabrielle Néron et Antoine Touchette, se sont fait connaître en offrant dans plusieurs lieux de la métropole des soirées de courtes Pièces pour emporter. S’appuyant sur les principes dits néofuturistes de l’États-Unien Greg Allen, inventeur d'une méthode axée « sur la conscience et la créativité brute de l’artiste », les créations de la compagnie (Dans le salon avec la clef anglaise et L’abri) sont, dans une quête d’authenticité et d’honnêteté tout à fait noble, empreintes des confessions, témoignages et réflexions de ses membres.

Précisons que c’est un seul des artistes du collectif, Mathieu Leroux, qui signe Scrap, la plus récente réalisation des Néos. Décrit avec justesse comme le « portrait accidenté d’une jeunesse qui vit à toute vitesse », le spectacle aborde la détresse des trentenaires d’aujourd’hui, leurs multiples angoisses. On ressent le désenchantement d’une génération, puis son irrépressible vivacité. S’il s’agit indéniablement du fruit de plusieurs introspections, que la démarche a quelque chose à voir avec l’autofiction, jamais la représentation ne sert de prétexte à un déversement égocentrique ou exhibitionniste. Au contraire, ces huit jeunes gens (Helen Simard a été invitée à se joindre au groupe) ont des inquiétudes et des espoirs, mais ils ne sont jamais déconnectés du monde dans lequel ils vivent et des lumières de ceux qui les ont précédés. La preuve, ils trouvent tout naturellement matière à réflexion chez Bataille, Nietzsche, Foucault et Wojnarowicz.

La soirée, qui débute à l’extérieur, dans la rue Coupal, on ne sait d’ailleurs jamais trop pourquoi, se conclut entre les murs du théâtre. Trois voitures accidentées (comme les protagonistes en quelque sorte) constituent l’essentiel de la scénographie. La représentation cultive la fragmentation, la juxtaposition de tableaux, mais surtout la démesure, la force de frappe immédiate des formules, des musiques, des mouvements et des images. En ce sens, la dernière portion, celle qui se déroule à l’intérieur, est de loin la plus dense, la plus significative, mais aussi la plus rondement menée, la plus cruelle, la plus pulsionnelle.

La conclusion nous expose à une confrontation extatique et douloureuse, une lutte des corps et des idées. Le plateau est un champ de bataille, le lieu d’une âpre remise en question de la génération Y par elle-même. Bien sûr, on n’échappe pas à certaines conceptions éculées, à quelques évidences, à deux ou trois dichotomies un brin réductrices, mais la conviction avec laquelle le propos est livré compense largement ces défauts. Le régime que la catharsis atteint, l’intensité avec laquelle chaque individu sonde les limites de sa condition, qu’elle soit citoyenne, artistique, géographique ou encore physique, tout cela est trop rare sur nos scènes pour qu’on s’en détourne à cause de quelques scories.

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