New York – Marian Goodman Gallery, You Have Been There

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New York

You Have Been There
Marian Goodman Gallery, New York, du 13 décembre 2011 au 21 janvier 2012

L’existence de chacun est marquée par les départs, les retours d’un lieu à un autre et la signification que prennent, au fil du voyage, ces différents mouvements. La proposition de Marie Muracciole, intitulée You Have Been There, départs, bifurcations, regroupe dans une exposition collective les œuvres, entre autres, de Chantal Akerman, Jeff Wall, David Goldblatt, Yto Barrada, Dan Graham et Gerard Byrne. L’installation Mapping Journey, de l’artiste marocaine Bouchra Khalili, résume à elle seule cette volonté de perturber la cartographie traditionnelle en révélant la complexité des trajets migratoires contemporains. Arrêt sur image. Écran vidéo.

Sur une carte géographique de l’Europe en plan fixe, entre une main tenant un stylo. La main se met à tracer sur la carte un trajet décrit par une voix. La voix est celle d’un homme qui alterne dans la même phrase du français à l’arabe. Un Immigrant. Déraciné. L’homme qui se raconte – et qu’on ne verra jamais – vient d’Algérie. Il a quitté son pays à l’âge de 12 ans dans l’espoir de rejoindre l’Italie, où il espérait vivre une vie meilleure. Après un détour par la Russie et 1500 euros perdus aux mains d’un passeur escroc, le garçon est arrêté. Quatre mois de prison plus tard, le migrateur, toujours mineur, reprend la route, cette fois sans papiers. Le crayon descend jusqu’en Afrique, à Abou-Simbel, où il se fait cueilleur de fruits. Comment parvient-il à traverser les frontières sans papiers ? Aucun détail. Juste l’incroyable accumulation de revers du périple qui le conduit vers l’exil.

Hypnotisé par le récit, le visiteur avance dans l’espoir de voir ce périple géographiquement déformé trouver enfin un port d’attache. Mais après quelques années, le voyageur avoue son envie de rentrer chez lui pour en finir avec l’errance. Khalili présente, en parallèle à sa vidéo, des tableaux monochromes où les trajets décrits dans la vidéo sont transposés en constellations de papier. Trois topographies de destins, sur fond bleu, évoquent ainsi des cartes du ciel. Comme si ces parcours sacrificiels offraient à ceux qui leur ont survécu le droit à une constellation.

L’approche documentaire donne à l’ensemble des bandes et aux autres récits, racontés dans autant de langues, la force troublante du réel. L’une après l’autre, ces vies d’errance démontrent un désir d’immigrer qui aboutit presque toujours à l’échec. Absurdité et idéalisation d’un ailleurs meilleur, toujours sujet aux ravages que chaque exil entraîne.

La simplicité du dispositif et la justesse des personnes choisies confèrent à l’œuvre une dimension métaphorique. En ces temps de mobilité extrême, ces récits viennent bousculer notre conception du voyage et de l’immigration. Une réflexion plus que nécessaire pour faire advenir la solidarité humaine dans un monde où la misère n’a plus de frontière.

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