Montréal – Théâtre La Chapelle – Le Duras Show

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  • Photo : Josué Bertolino

Mobile Home, Le Duras Show
Théâtre La Chapelle, Montréal, du 22 au 26 février 2011

Amoureux et irrévérencieux, Le Duras Show tisse un portrait de Marguerite Duras où se côtoient et s’entrelacent l’hommage presque sacré et l’impertinence amusée. Il y avait longtemps que les acteurs-performeurs Steeve Dumais et Lucas Jolly, cofondateurs de la compagnie interdisciplinaire Mobile Home, caressaient le projet d’une immersion dans l’univers de l’auteure, notamment dans les zones floues où s’effritent les frontières entre la femme, le personnage-Duras et l’œuvre écrite. Ainsi, dès le début du spectacle, les deux artistes, empruntant brièvement la voie de l’autofiction tout en jouant comiquement les cabarettistes, révèlent que leur première rencontre, quasi foudroyante, s’est nouée autour de l’aveu de leur amour commun, mais sans commune mesure, pour la romancière française. Une rencontre déterminante qui, douze années plus tard, donne lieu sur scène à un parcours éclaté à travers différents paysages durassiens. Entremêlant plusieurs langages artistiques – théâtre d’objets, théâtre d’ombres, danse, vidéo – les deux artistes et leurs complices (Alain Francoeur, Carole Nadeau, Elinor Fuetter, Jacqueline Van de Geer, Michel Fordin et Patrick Lamothe) donnent d’abord à voir et à entendre, par petits morceaux, les passages mouvants de la femme au personnage-Duras. Ainsi, alors que passent en boucle des extraits audio et vidéo d’entretiens avec l’auteure, lesquels entretissent confidences intimes et propos sur l’écriture, les pièces de l’éternel « costume » durassien (col roulé, jupe droite, bottillons, lunettes) sont progressivement assemblées sur la scène jusqu’à ce qu’un des acteurs, s’emparant d’un postiche et prenant la parole, donne vie, furtivement, au personnage. À d’autres moments, la constante insaisissabilité de l’auteure est évoquée dans la démultiplication de ses représentations, les trois comédiennes et danseuses qui l’incarnent créant plusieurs effets de choralité, fugaces, et légèrement dissonants.

D’autre part, à l’image de l’œuvre de Duras, qui passe la matière autobiographique dans le filtre de la fiction, la dissolution des démarcations entre vie intime et littérature s’affirme aussi en scène : bientôt, grâce à l’insertion de fragments de textes (Hiroshima mon amour, L’Amant, Moderato Cantabile, Un barrage contre le Pacifique, India song) les avatars de l’auteure se mêlent à ses personnages. S’il ne s’agit pas là du spectacle le plus formellement audacieux de Mobile Home, Le Duras Show, qui s’avance avec l’auteure sur les bords escarpés de l’automythification, remporte le pari d’offrir un objet scénique au ton joyeusement schizoïde, oscillant entre fétichisme et désacralisation affirmée. Bien sûr, les puristes de l’auteure, ou ceux qui cherchaient une plongée plus profonde dans l’œuvre écrite, risquent de ne pas y avoir trouvé leur compte, mais, tout parcellaire soit-il, ce portrait reflète somme toute bien l’esprit de Duras, suspendu entre la gravité du vivre et l’insouciance de l’instant.

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