Montréal – Aux Écuries – Correspondances (rester ou partir ?)

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  • Photo : Eugene Holtz

Théâtre les Porteuses d’Aromates, Correspondances (rester ou partir ?)
Aux Écuries, Montréal, du 1er au 19 mars 2011

Trois auteurs. Trois voix singulières venues de Belgique, du Liban et du Québec. Trois prises de parole qui se succèdent, s’entrecroisent ou se superposent pour livrer une réflexion parfois drôle, souvent corrosive, mais toujours pleinement engagée vis-à-vis des rapports complexes qu’entretiennent les êtres humains avec la nation ou la terre où ils sont nés. À l’initiative de la jeune metteure en scène québécoise Marcelle Dubois, directrice artistique de la compagnie Théâtre les Porteuses d’Aromates, le Belge Olivier Coyette, la Libanaise Carole Ammoum et la Québécoise Evelyne de la Chenelière, des artistes de théâtre d’expérience, ont pris la plume pour faire se rencontrer, et parfois s’entrechoquer, dans Correspondances (rester ou partir ?), leur expérience sensible du monde, ce qui les lie à leurs racines culturelles et à leur communauté, tout comme ce qui les en détache radicalement. Outre leur appartenance à la francophonie, plusieurs rhizomes secrets unissent les auteurs – incarnés avec aplomb par Olivier Kemeid, Sounia Balha et Emmanuelle Jimenez –, lesquels se font écho dans leurs préoccupations, notamment à l’égard des conflits utérins (sociaux, religieux, linguistiques) qui, de façon certes différente, agitent leur pays, atteignent ses habitants jusqu’à la moelle.

Sur une scène dépouillée, enveloppés par d’envoûtantes projections photographiques ou vidéo et par un environnement sonore discret mais entêtant, les trois « personnages » devisent, se confient, crachent leur dégoût ou murmurent leur attachement à un espace et à une collectivité dans lesquels ils ne se reconnaissent jamais tout à fait, mais dont ils ne peuvent, non plus, se détacher complètement. « Comprendre que l’Eldorado, comme le paradis perdu, sont des vues de l’esprit. Comprendre, et continuer », affirme ainsi Sounia/Carole. Les propos – qui touchent aussi au rôle social de l’artiste – déboulonnent comiquement certains clichés culturels et s’aventurent en terrain miné, notamment lorsqu’est évoquée l’épineuse question de la censure au Liban ou l’étroitesse de vue, l’horizon parfois rabattu sur lui-même qui aliène tout un pays et, ce faisant, ses créateurs. (L’ombre de l’auteure Nelly Arcan plane sur une partie du spectacle.) « Quand on est artiste, on doit faire dans le social », affirme ainsi Olivier, non sans ironie, avant de déplorer la mise en ruine des idéaux dans laquelle semblent s’enliser depuis longtemps les créateurs belges, privés d’une reconnaissance de l’État comme du lien avec la collectivité. Enfin, ces propos sont révélés par le truchement d’un procédé théâtral simple mais efficace : du fond de la salle, Marie-Michelle Garon, interprétant l’alter ego de la metteure en scène, bombarde les trois protagonistes de questions auxquelles, dans une spontanéité feinte, ils tentent de répondre. Entrecoupant l’interrogatoire de ces « pauvres humains exclus de la nature par [leur] propre regard », quelques chansons, de même que quelques saynètes, ponctuent le déroulement de ce spectacle faussement performatif, à la mise en scène à la fois sobre et percutante.

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