Gennevilliers – Galerie Édouard Manet – Anomalies Construites

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  • Photo : Laurent Lecat.

Julien Prévieux, Anomalies Construites
Galerie Édouard Manet, Gennevilliers, du 3 février au 19 mars 2011

Julien Prévieux n’aime les systèmes que lorsqu’il s’agit d’en détourner les règles. De la cartographie du savoir aux absurdités du système de l’emploi, l’artiste n’a de cesse de réinvestir les principes bien établis pour élaborer ce qu’on serait tenté de nommer une théorie du grain de sable. En envoyant des lettres de non-motivation à des entreprises fières de proposer des emplois le plus souvent sans intérêt, en cherchant à revisiter le classement des connaissances établies ou en cartographiant les peurs sur lesquelles se fondent les dispositifs de sécurité, il signale l’absurdité des organisations qui nous régissent. Son analyse réside dans la recherche de motifs apparaissant dans certains systèmes complexes, liés à des comportements supposés incohérents, voire chaotiques, symptomatiques d’une certaine entropie. Ainsi, c’est plutôt la modélisation qui l’intéresse ici, avec beaucoup d’humour et de dérision. Avec D’octobre à février, il se fonde sur des algorithmes établis sérieusement par des scientifiques pour modéliser des situations d’insurrection populaire et commande à une dizaine de tricoteuses des pulls dont les motifs colorés, des carrés juxtaposés, reproduisent les différentes étapes d’une insurrection conduisant, dans l’une des simulations, à la ségrégation : en jaune les individus hors d’état de nuire, qui deviennent rouges en cas de révolte, en bleu les forces de l’ordre et en noir le territoire.

Dans un autre registre, Menace 2 propose de jouer au morpion contre la première machine préfigurant l’intelligence artificielle, mais celle-ci est un meuble en bois composé de 304 tiroirs, contenant les combinaisons possibles du jeu sous forme de billes de couleur. La démesure de la proposition et l’absurdité de la situation font du visiteur un « Kasparov du morpion » mis échec et mat par ce qui semble être un simple meuble de mercerie.

La modélisation s’applique aussi au projet Les Lotissements (2008-2011), lequel se compose de répliques de cabanons ou de garages célèbres dans lesquels des intellectuels ou des inventeurs se seraient isolés pour changer le monde, comme ceux de Wittgenstein, de Virginia Woolf ou des inventeurs de Google : Larry Page et Sergey Brin. Ces cabanes mythifiées comme les espaces idéaux de la création sont cependant reproduites à l’échelle d’une maison de poupée, uniformément grises, comme pétrifiées, créant un village sans texture, plus proche de la maquette que de la cabane nourricière. Ces archétypes sont à comprendre en regard de la vidéo qui clôt l’exposition : Anomalies construites. Une voix masculine décrit d’un ton morne son travail de géomodélisateur – faire des répliques de bâtiments réels en 3D pour l’entreprise Google –, et le film montre les écrans d’une salle informatique vide dont les postes sont uniformément équipés du même logiciel. Contre le risque de nivellement, Prévieux entend l’introduction d’anomalies comme l’aménagement d’un territoire de la pensée, une sorte d’écologie mentale qu’on jugera avec lui plus que nécessaire.

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