Montréal – Fonderie Darling

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Fonderie Darling

Fonderie Darling, Montréal, du 18 juin au 30 août 2009

Le plancher de la galerie est entièrement recouvert d’un « tapis » de feuilles de journal collées les unes aux autres, de sorte que le spectateur perçoit des formes évoquant des branches d’arbres dénudées, un amas de feuilles, des rochers ou des contenants vides. Ainsi, l’installation Sun in an Empty Room de Rhonda Weppler et Trevow Mahovsky a pour effet de transporter le visiteur dans un espace féerique. Le médium (le papier mâché) et les matériaux employés (du papier journal, des papiers d’emballage dorés ou brillants et des pigments) font penser à des bricolages d’enfants par leur simplicité et leur caractère familier, donnant un certain esprit ludique à l’exposition.

En marchant sur ce papier fragile recouvrant l’ensemble du parquet de la salle d’exposition, le spectateur y laisse forcément ses traces. Des déchirures, des coins abîmés, des taches à peine visibles marquent l’œuvre. De plus, les artistes interviennent de temps à autre, si bien que les modifications qu’ils apportent changent de manière subtile la surface de l’installation. De telles empreintes laissées autant par les visiteurs que par les créateurs semblent constituer la thématique principale de l’exposition. Par ailleurs, certaines des formes creuses construites en papier mâché ressemblent à des boîtes de conserve, à des bouteilles d’huile industrielle, à une chaudière, à une cruche d’eau, à des bouteilles de bière ou à des pots de maquillage. Ces formes ont ceci en commun qu'elles portent les traces d’activités humaines. Quelquefois la disposition de ces formes – tel ce regroupement de bouteilles de bière sur une des roches, évoquant une réunion entre amis – souligne le côté social ou collectif de la condition humaine. En revanche, d’autres sculptures, représentant des roches, des branches d’arbres nues ou un tas de feuilles mortes, font penser à la nature pourrissante. Or, sur le plan affectif, la juxtaposition d’une telle représentation de la nature et de tous ces objets désignant la culture accentue le vide – au sens littéral et figuré – des contenants de l’exposition. Si bien que l’idée d’absence s’impose, ainsi qu’une lourde atmosphère qui font en sorte que Sun ressemble tout à coup à un mausolée ou à un site d’excavation archéologique dans lequel gisent les restes d’une civilisation disparue.

Une fois désencombré du poids d’une telle réaction émotive qui mène nécessairement à une lecture symbolique de l’œuvre, le spectateur est prêt à contempler les formes de l’installation à partir d’une perspective nouvelle. Ce faisant, le titre même de l’exposition, citant le dernier grand tableau du peintre américain Edward Hopper, s’avère un indice utile. Il s’agit d’un discours sur l’abstraction, formel ou métaphysique. En dernière analyse, les « formes » – rochers, bouteilles, branches d’arbres – sont des « contenants ». « Déformée » par la participation humaine, cette « nature morte » installative suscite une réflexion phénoménologique.

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