Londres – The Hayward Gallery

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Hayward Gallery

The Hayward Gallery, Londres, du 18 février au 4 mai 2009

Le juge de touche Tofik Bakhramov ou The Russian Linesman, comme les Anglais ne tardent pas à le surnommer, entre dans l’histoire en 1966, à la 11e minute du temps supplémentaire de la finale de la Coupe du monde de football entre l’Angleterre et l’Allemagne de l’Ouest. C’est en effet sur son intervention que le but contesté de Geoff Hurst est accordé, permettant aux Anglais de remporter leur seule World Cup en date. The Russian Linesman est aussi le titre choisi par l’artiste Mark Wallinger, auquel la Hayward Gallery de Londres a confié le commissariat du quatrième et dernier volet d’une série d’expositions itinérantes organisées par des artistes : un coup d’essai qui, il faut reconnaître, a tout du coup de maître.

Se servant de son propre travail comme d’un prisme pour aborder l’exposition, Wallinger explore les notions de limite et de relativité à travers l’art de deux millénaires. Les propositions contemporaines de Vija Celmins, Thomas Demand, Aernout Mik et Monika Sosnowska, pour ne citer que celles-là, côtoient ainsi des chefs-d’œuvre anonymes – « soldat mort » d’un maître italien du 17e siècle longtemps attribué à Velasquez, double portrait sculpté antique de Dionysos et Silène habilement juxtaposé au Profil continu (Tête de Mussolini) du Futuriste Bertelli –, entres autres gravures, artefacts, stéréoscopies (dont un buste du Führer), études anatomiques, relevés topographiques, performances filmées (celle, piratée, du funambule Philippe Petit entre les tours jumelles à New York), radiographie de tableau, trompe-l’œil et simulacres divers.

Filant la métaphore du juge de touche pour illustrer la dimension individuelle et donc relative de toute perception, l’exposition s’intéresse aux frontières, qu’elles soient sensibles, optiques, politiques, sociales, psychologiques ou perceptives ; autant de seuils ou d’états liminaux (macro/micro, tangible/irréel, authentique/faux, mais encore vivant/mort) auxquels les œuvres rassemblées pour l’occasion font référence, tout en interrogeant la viabilité de toute représentation au sens large du terme. Le mode opératoire consiste à précipiter les correspondances visuelles et à laisser affleurer les analogies, souvent éclairantes.

Dans une vidéo du spectacle éponyme de Jérôme Bel, Véronique Doisneau revient sur sa carrière de danseuse de corps de ballet de l’Opéra de Paris alors qu’elle s’apprête à prendre sa retraite à 42 ans. Seule sur la scène du Palais Garnier, elle évoque, en isolant et répliquant poses et mouvements dansés, le carcan disciplinaire que sa profession impose et interroge la perception que l’on peut avoir d’un événement dont on demeure à la périphérie, à contrecœur parfois.

Avec The Russian Linesman, Wallinger franchit une nouvelle étape et inscrit sa prestation dans l’histoire des expositions célèbres d’artistes-commissaires dont Mike Kelley ou, plus récemment, Ugo Rondinone et Steven Claydon. Ce faisant, il prouve une fois de plus, n’en déplaise à certains, que les bons artistes font bien souvent d’encore meilleurs curateurs.

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