Montréal – Galerie VAV

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Galerie VAV

Galerie VAV, Montréal, du 30 mars au 10 avril 2009

This wall is HIV + Do not touch. Écrit en grandes lettres moulées sur un mur peint orange grinçant, ce message troublant placé à la hauteur du regard ne manque pas d’attirer l’attention du visiteur. Prise comme point de départ de l’exposition Inter –, cette œuvre, conçue par Michael Garfinkel et nommée Mythical Interventions (2009), nous gêne. En premier lieu, il s’agit du choc de l’absurde : un mur ne peut être séropositif. Toutefois, en nous rappelant que l’horreur de la contamination est à l’origine de nos phobies du SIDA ainsi que de tout ce qu’on y associe dans notre imaginaire collectif, cet avertissement rend le visiteur conscient de ses propres préjugés. Impossible alors d’éviter de prendre position face à l’exposition. Se disculper en assumant le rôle passif de simple spectateur ou de « consommateur d’images » devient une action politique non sans conséquences, d’autant plus que plusieurs des œuvres invitent le visiteur à s’intégrer, même brièvement, dans l’expérience « abjecte » du sidéen, tel le dispositif multimédia interactif PharmaClash (2009) de ShayO Detchema, ou dans la conscience de celui qui court le risque de devenir séropositif. L’installation This Is an Exercise in Falling Asleep (2009) de Cody Young se joue de cette angoisse de contagion en nous défiant d’essayer de dormir sur un lit placé contre une fenêtre de la galerie, les draps légèrement froissés marquant le passage d’autres corps, l’oreiller parsemé d’une fine couche de pellicules, exhalant l’odeur caractéristique de têtes suantes. Si l’idée de s’étendre sur un lit « public » crasseux dégoute le visiteur, la bande sonore qu’il est sensé écouter lorsqu’il est couché ne fait qu’intensifier son malaise en le déplaçant dans l’espace intime de la subjectivité de l’homme gai lors d’une aventure sans lendemain ; en tant que voyeurs auditifs, nous pouvons entendre sa respiration haletante, le chuchotement de sa conscience, et l’articulation de ses peurs et de ses désirs.

Inter – contraint le visiteur à confronter les graves conséquences sociales de ses anxiétés face au SIDA. La stigmatisation de l’homosexualité en tant qu’identité « pathologique » est abordée par Liam Michaud-O’Grady dans Quarantine (2009), une série photographique qui nous invite à examiner l’influence de nos préjugés en évoquant la cruauté des pratiques sociales qui peuvent en résulter. En alternance, l’œuvre polémique b.1983 (2008) de Conrad définit le désir homosexuel comme porteur d’actes révolutionnaires et émancipateurs condamnables par la société. Cette exposition collective présente sans équivoque la complexité de la question du SIDA dans le contexte actuel dépourvu d’échappatoire où le visiteur pourrait se réfugier pour mieux objectifier, d’un point de vue esthétique, les œuvres et la réflexion qu’elles suscitent.

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