Paris – Centre Georges Pompidou

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Centre Georges Pompidou

Centre Georges Pompidou, Paris, du 25 février au 23 mars 2009

Pour sa dernière exposition au Centre Georges Pompidou, Laurent Le Bon s’est entouré d’une équipe de cinq commissaires et artistes pour proposer une rétrospective d’expositions dans lesquelles « les artistes ont laissé l’espace strictement vide sans ajout ni retrait d’élément ». Neuf expositions étaient ainsi choisies (Yves Klein, Art&Language, Robert Barry, Robert Irwin, Laurie Parsons, Bethan Huws, Maria Eichhorn, Roman Ondak et Stanley Brown). La proposition était ambitieuse et courageuse. Ce type d’expositions, qui ne montrent paradoxalement rien, est, depuis les premiers espaces vides de Yves Klein, assez récurrent pour que l’histoire s’en préoccupe. Elles méritent en effet une certaine attention tant elles sont symptomatiques dans leur réductionnisme poussé à l’extrême de certains traits de l’art actuel : une tendance à la défection du visuel, à la disparition de l’objet ou au déceptif. Elles révèlent aussi un déplacement dans les fonctions respectivement attribuées aux artistes et aux acteurs des institutions.

Présentée à dessein à l’intérieur des collections du MNAM, Vides. Une rétrospective n’avait pourtant rien de documentaire ou d’historique. À force d’hésitations entre la volonté d’organiser une « manifestation à connotation artistique » et une exposition « rétrospective », entre travail d’artiste et travail de commissaire, l’exposition finissait par proposer une simple succession de salles vides, blanches, quasiment identiques, oubliant totalement la leçon contextualiste des expositions originelles. Les propositions des artistes sont devenues ici des entités mentales et purement abstraites totalement déconnectées du contexte et du lieu pour lesquels elles avaient été pensées. Comment comprendre par exemple Haus Esters Piece de Bethan Huws qui était en fait une exposition de l’architecture de Mies Van der Rohe à Krefeld ou Money at the Kunsthalle Bern de Maria Eichhorn qui consacrait le budget de son exposition à la rénovation de la Kunsthalle ? De même, le cas de conscience posé aux conservateurs de la salle vide de Klein à Krefeld (Museum Haus Lange) – fallait-il repeindre la salle qui avait été peinte par l’artiste lui-même et détruire au passage l’imprégnation de sa sensibilité picturale – n’a plus cours ici. Certains dispositifs des expositions originelles sont d’ailleurs occultés (textes spécifiques ou autres éléments, comme chez Klein le bleu à l’entrée de la galerie Iris Clert).

Ce parti pris essentialiste inciterait presque à penser toute exposition vide comme le dernier avatar du modernisme, une apologie du White Cube, l’autoréférentialité de l’exposition conduisant finalement à une surexposition de l’institution. Pourtant le défaut de visualité peut être compensé par l’expérience du spectateur. L’expérience paranoïaque de l’exposition (sous écoute cachée) de Roman Ondak à la galerie Gb Agency était beaucoup plus réelle qu’au Centre George Pompidou. Vides et son parti pris risqué donne l’opportunité de voir qu’il est plus que jamais difficile de faire abstraction du lieu et du contexte dans lequel l’œuvre se produit.

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