Montréal – VOX image contemporaine

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VOX

VOX image contemporaine, Montréal, du 6 novembre au 13 décembre 2008

Bien avant que Mallarmé eût rêvé au projet d’un Livre absolu qui, par un système de correspondances poétiques, engloberait tous les livres et le monde lui-même, Friedrich Schlegel et Novalis avaient songé à ce qui est sans doute la première œuvre d’art « totale » dans la modernité artistique. C’est vers 1798 que ces deux théoriciens romantiques ont conçu le projet d’écrire un livre qui contiendrait toutes les formes poétiques, qu’ils nommèrent le roman. Cependant, les romantiques étant beaucoup moins « romantiques » que Mallarmé, le roman en question était motivé par une tâche davantage réflexive que transitive ; sa finalité était d’opérer une critique

immanente de l’art, c’est-à-dire une critique menée à partir d’un processus qui serait lui-même artistique. Un tel processus d’épistémologie concrète semble être au cœur du propos de l’exposition Tractatus Logico-Catalogicus du commissaire-artiste Klaus Scherübel, où il est question de réfléchir sur le statut du catalogue d’exposition dans l’art de l’après-guerre et ce non pas à partir d’une mise en exposition documentaire de quelques échantillons du genre catalogus, mais à partir d’œuvres d’art qui sont, pour la plupart, des catalogues.

L’intérêt de l’exposition tient sans doute à ce qu’elle poursuit les réflexions antérieures de l’artiste (notamment dans son projet de 2005, Mallarmé, Le livre) par le biais d’une série d’œuvres conceptuelles problématisant les modes d’emploi et les structures de légitimation du catalogue. Sans prétention à l’exhaustivité, le catalogue est ici envisagé en tant qu’instrument épistémologique et idéologique dont les opérations de désignation, de classement et d’historicisation demeurent habituellement invisibles. Depuis Yves Klein (dont le faux-catalogue Yves Peintures de 1954 est exposé en fac-similé), en passant par Jan Dibbets (dont la magnifique page-questionnaire parasite le catalogue dans lequel elle figure sans que l’on puisse déterminer son statut : œuvre ? document ?), les œuvres historiques choisies par Scherübel font la force de l’exposition. Cependant, quelques œuvres s’intègrent mal à l’ensemble, puisqu’elles ne s’imposent pas avec la même rigueur critique que les œuvres historiques. Par exemple, les images très pop de Brandon Lattu cohabitent difficilement avec le propos toujours pertinent de Douglas Huebler dans November 1968, où est finement mis hors-jeu l’usage iconique des images de l’art.
Une telle exposition peut-elle avoir son catalogue ? Tel semble être le questionnement du commissaire dans l’opuscule VOX numéro 28 qui curieusement, n’a pas intégré l’espace d’exposition. Peut-on exhiber, sous forme de catalogue, ce qui fonde le positionnement critique de l’exposition, tout en évitant les écueils du langage instrumentalisant qui y sont dénoncés. Voilà ce à quoi devra se mesurer un tel « catalogue au carré » pour qu’il ne soit pas un livre quelconque, parmi d’autres.

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