Montréal – Ctrllab

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Ctrllab

Ctrllab, Montréal, 3 octobre 2008
if it is so / to be so in / go in to it / as it is so / it is in us / is it as if / it is of me

Peu de cinéastes ont recours à l’espace de la galerie pour diffuser leurs films, tant le passage de la salle noire de cinéma, lieu propice à l’anonymat, à la salle blanche de la galerie, idéalement impersonnelle pour les tenants du modernisme, pose problème. C’est pourtant l’exercice auquel le collectif Double Négatif s’est plié une deuxième année consécutive en occupant pour un soir la galerie Ctrllab.
En articulant le projet autour de l’idée d’une installation immersive de films en boucle, les organisateurs ont favorisé le développement de propositions explicitant les conditions inhérentes à la projection cinématographique. Le travail d’Amber Goodwyn soulignait par exemple le jeu de cache et de recadrage que recèle toute projection en rendant visible un cadre placé devant le projecteur. Encore un peu plus explicite quant à cette problématique, la proposition de Mike Rollo, consistant à placer un projecteur au niveau du sol et à diriger l’image projetée directement vers une des encoignures de la galerie, obligeait le spectateur à chercher l’angle le plus approprié pour pouvoir profiter de l’œuvre.

En déambulant dans la salle à la recherche du point de vue idéal pour chacune des œuvres, le visiteur devait traverser les projections lumineuses, se transformant ainsi en véritable écran humain. Pour se rendre à une des extrémités de la pièce, il fallait obligatoirement s’interposer entre le mur et le projecteur de l’installation de Daichi Saito, une des deux grandes réussites de la soirée. Sa double projection superposée, qui rappelle plastiquement les célèbres champs colorés de Mark Rothko, proposait une très stimulante expérience visuelle. L’autre réalisation exceptionnelle était l’œuvre d’Eduardo Menz : deux projecteurs placés face à face diffusaient la même image à travers cinq cadres suspendus sur lesquels étaient montées des toiles transparentes. La rencontre des faisceaux lumineux permettait l’apparition d’une image claire sur celui du centre. Une œuvre surprenante et fascinante que l’on ne se lassait pas de regarder.

L’usage de films en boucle a aussi permis aux participants de questionner les notions de temps, de qualité du regard et de linéarité du récit. L’expérience proposée par Karl Lemieux favorisait une réflexion sur le nombre de visionnements nécessaires pour bien voir l’œuvre, puisque l’image produite par les deux projecteurs semblait se modifier au fil du temps, les deux appareils n’étant pas synchronisés. De son côté, Malena Szlam, qui proposait une véritable installation dans l’espace, parvenait à donner aux spectateurs l’impression d’accéder à un univers narratif cohérent, alors que tous les éléments n’offraient que des fragments d’un récit sans début ni fin. Les propositions plus conceptuelles d’Ithamar Silver (un phénakistiscope) et de Matt Law (une lecture diffusée par baladeur), ne dépareillaient pas l’ensemble. Une belle réussite.

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