Longueuil – Centre d’exposition Plein sud

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Longueuil–Plein sud

Centre d’exposition Plein sud, Longueuil, 2008

Une part importante de la production de Renée Lavaillante questionne les relations entre la vue et le dessin. On pense certes aux Travaux à l’aveugle (1999-2003), mais aussi à la série des Portraits pétris (2002-2006) ou encore celle de Qui sait comment toucher le sol (1998). Bien que l’intitulé de l’exposition n’inscrit pas d’emblée les œuvres présentées à Plein sud dans cette lignée de production, il ne fait pourtant aucun doute qu’elles sont issues de la même démarche artistique. Néanmoins, il ne faudrait pas négliger ce que pointe ce titre, soit une voie qu’explore l’artiste depuis quelques années, la représentation de la marche.

Observation depuis l’atelier de verre, la plus ancienne série présentée dans l’exposition, fut réalisée dans le cadre d’une résidence à Strasbourg en 2001. Chaque jour, Lavaillante préparait une feuille en y gaufrant des points de repères, afin de pouvoir garder les yeux sur ses sujets d’observation plutôt que sur son support. Ce dispositif lui permettait de repérer les formes en reliefs d’une main, alors que de l’autre elle traçait sur la feuille les déambulations des promeneurs, à raison de trois heures par jour, pendant 15 jours consécutifs.

Les séries suivantes, Percosi romani (2005) et Mon grand tour (2005), reprennent quelques éléments de la précédente. Si l’artiste laisse tomber l’idée de marquer le papier, elle continue à traquer les déplacements d’inconnus, mais cette fois sur des sites antiques. Alors que ces derniers arpentent les lieux à la recherche du meilleur point d’observation sur les monuments et les panoramas, Lavaillante traduit leurs déplacements à l’aide de lignes continues et leurs moments d’arrêt et d’observation par de petits gribouillis. C’est dire qu’elle observe qu’accessoirement les monuments, par regards interposés devrions-nous dire, les faisant voir en quelque sorte, malgré leurs absences, par les tracés de ceux qui les contournent. Dans la série Mon grand tour, elle a ajouté, sur la feuille, une reproduction d’un dessin ancien du monument choisi, ainsi qu’une petite photographie, du type de celles prises par les touristes, ce qui induit dans notre lecture une prise en compte de la temporalité.

L’exposition est complétée par une œuvre photographique J’y suis ! Promenades romaines (2007), composée de plusieurs prises de vues photographiques de pavements anciens réunies pour composer un jeu de lignes et un tracé intéressant, pensant le dessin à l’aide de la photographie comme le signale l’artiste, et de deux œuvres tirées de la série Jets de galets (2003-206), qui ferment littéralement la marche. Cet ensemble fort cohérent permet d’incorporer le travail de l’artiste à la lignée des cinéplasticiens du 20e siècle, pour reprendre une idée développée par Thierry Davila dans son ouvrage Marcher, créer, la situant à mi chemin entre les artistes voyageurs du passé et ces petits voyageurs que furent les artistes conceptuels comme Stanley Brouwn, et impose de constater la rigueur, la richesse et la finesse du travail d’une dessinatrice à la démarche des plus singulières.

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