Publication | Largus. Pratiques de l’art et pratiques du don / Art and Giving

60
2013

Largus. Pratiques de l’art et pratiques du don / Art and Giving, Québec, La Chambre blanche, 2006, 93 p.

Cet ouvrage bilingue rend compte de la programmation de La Chambre blanche en 2003, année marquant son 25e anniversaire. À cette occasion, on a choisi d’articuler l’ensemble des activités du centre autour du thème du don. Comme le signale Jean Mailloux dans la préface, en plus des installations et des créations Web, un cycle de cinq conférences a été organisé. Cependant, le livre ne reprend pas ces communications, mais propose plutôt les textes de quatre collaborateurs invités à réfléchir sur la thématique à partir des activités tenues durant l’année. Très diverses dans leurs approches, les contributions se distinguent aussi quant à leurs valeurs heuristiques.

Le texte de Jean-Ernest Joos, la contribution la plus théorique de l’ensemble, propose une idée de départ très intéressante. L’auteur postule que « l’art a développé sa propre manière de penser le don » (p. 9). Si cette proposition est séduisante, la démonstration n’est pas des plus probantes. Par exemple, lorsqu’il affirme que le projet Vaporization de Teresa Margolles « portait tout entier sur le don », on aurait aimé qu’il explicite ses critères de classification. De plus, le faible nombre d’exemples précis de pratique ne permet pas de se faire une idée juste de l’intuition de départ.

Pour sa part, Lisanne Nadeau indique d’entrée de jeu que « le concept du don portait un potentiel indiscutable pour l’analyse d’une pratique in situ en évolution » (p. 23). Elle s’en remet largement aux thèses de Jacques T. Godbout et plus particulièrement à son idée que « l’analyse doit non seulement tenir compte de ce qui circule, mais surtout des liens qui ainsi se créent » (p. 23). Cependant, ici aussi, l’application des concepts au corpus analysé n’éclaire pas toujours la démarche des artistes. Ainsi, lorsque Nadeau écrit que « Jacques T. Godbout souligne d’ailleurs que le don peut comporter une part de danger, puisqu’il inscrit une relation personnelle, engageante, dans une société qui dénature les rapports humains », on s’attend à plus qu’à ce banal constat : « À ce titre, il est intéressant de constater ce moment où apparaissent, dans le système de l’art relationnel, des pratiques secrètes et anonymes, des dons marqués par l’action subreptice » (p. 24).

La troisième contribution, celle de Christine Martel, se présente comme une description des quatre réalisations des artistes en résidence (Ilana Bolvinik, Olga Kisseleva, Teresa Cebrián et Isabelle Laverdière). Malgré sa conclusion où l’auteur affirme que le don « participe d’une chaîne ininterrompue de création de projets qui naissent, se partagent ou s’adoptent, aussi vite qu’ils se matérialisent, se disséminent ou meurent » (p. 47), l’absence d’une approche théorique claire, qui aurait permis une analyse plus poussée du travail présenté, limite considérablement l’intérêt du texte.

Dans le cas de celui de Sylvie Parent, le lien entre le don et le Web est trop forcé. Toute l’artificialité de la démarche se retrouve dans une phrase de la conclusion : « Les œuvres [...] commentées ici fonctionnent selon cette logique et participent certainement de cette propension à nourrir l’activité de partage » (p. 78). Si l’ouvrage manque d’envergure quant à sa façon de traiter des rapports entre les pratiques artistiques et celles du don, on lui reconnaîtra au moins le mérite de nous rappeler une année d’activité importante pour La  Chambre blanche.

[Pierre Rannou]

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