Centre photographique d’Ile de France, Pontault-Combault, Before the eye lid’s laid, Agnès Geoffray

92
2018
Centre photographique d’Ile de France
  • Agnès Geoffray, Sans titre, série Incidental gestures, 2011. Photo : permission de l'artiste
  • Agnès Geoffray, Laura Nelson, série Incidental gestures, 2012. Photo : permission de l'artiste
  • Agnès Geoffray, L’attachée, série Incidental gestures, 2011. Photo : permission de l'artiste
  • Agnès Geoffray, Métamorphose IV, série Métamorphoses, 2014-2016. Photo : permission de l'artiste
  • Agnès Geoffray, Fables Untold, détail, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Agnès Geoffray, Fables Untold, détail, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Agnès Geoffray, Der Soldat ohne Namen, 2017. Photo : permission de l'artiste

Agnès Geoffray, Before the eye lid’s laid
Centre photographique d’Ile de France, Pontault-Combault, du 8 octobre au 23 décembre 2017

L’exposition Before the eye lid’s laid est le fruit d’une collaboration entre l’artiste Agnès Geoffray et le critique d’art Emil Sennewald. Ce titre énigmatique part de l’hypothèse qu’un moment de latence est nécessaire entre la perception d’une image et l’action qui pourrait en découler : « Seul celui qui cesse de regarder peut commencer à agir. » L’idée n’est pas là pour exprimer une rémanence, mais plutôt le temps essentiel à la formation d’un moment suspendu. À partir d’images, de textes et d’archives produits ou trouvés, Agnès Geoffray s’ingénie à fabriquer les télescopages visuels ou narratifs révélateurs de cette tension.

Lorsque les images sont trouvées, elle les fait généralement basculer dans un autre régime de vérité. Les images de la série Incidental Gestures (2011-2012) peuvent alors devenir résistantes, comme la photographie de Laura Nelson pendue, pour qui elle efface la corde la reliant à sa potence. Le geste d’une grande simplicité la transforme alors en une figure d’élévation. À l’inverse de la propagande qui truquait les images à des fins souvent inavouables, l’artiste les retouche à des fins de réparation. Agnès Geoffray prend à rebours l’histoire, la grande comme la petite. Elle confronte les faits, qu’ils soient historiques, intimes ou anecdotiques, sans que l’on sache jamais si ce que l’on voit ressort d’une archive pré-existante ou d’un geste qu’elle a parfaitement orchestré. Dans Métamorphoses (2015-2016), la perception visuelle bute de la même façon sur les anomalies, mais à ceci près qu’elle met en scène les personnages qui s’y trouvent. La petite fille de Métamorphose IV postée à côté d’un tableau noir crée un malaise difficile à circonscrire : une familiarité dans un premier temps, en raison de la banale scène d’école à laquelle elle parait renvoyer, finit par se transformer en étrangeté. Le dessin d’un animal monstrueux sur le tableau dont la multitude de petits traits intrigue, puis le geste déictique de l’enfant qui semble vouloir nous punir. Double inquiétant. L’image devient accusatrice et semble nous reprocher de ne pas avoir bien regardé ou bien d’y avoir cru.

Crédulité autant mise à l’épreuve dans Flying Man, un film de 1912 remonté pour l’occasion, observant la chute dramatique d’un homme essayant un parachute en forme de chauve-souris. La figure noire ralentie tombe inéluctablement. Le remontage du film suspend le moment de la chute comme pour laisser voler l’homme un peu plus longtemps, conformément à ses rêves. Ce goût pour les ellipses narratives est parfois relayé par des mots, comme dans les anciens télégrammes qu’Agnès Geoffray a choisis pour les situations d’urgence qu’ils représentent (série Télégrammes II, 2017) ou l’installation Fables Untold (2017), dossiers, boites, albums dont le contenu n’est perceptible que par les mots qui s’y inscrivent, souvent énigmatiques, mais suffisants pour imaginer quelques histoires dramatiques, à l’image des tracts de Claude Cahun et de sa compagne Suzanne Malherbe reproduits par l’artiste sur des morceaux de soie de couleurs. Ceux-ci glissés dans les poches des soldats allemands à leur insu étaient destinés à saper leur obéissance pendant la Seconde Guerre mondiale (Der Soldat ohne Namen [2017]). Une fois la paupière réouverte, il serait donc temps de passer à l’acte.

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