Brian Jungen

Kitty Scott
  • Brian Jungen, Habitat 04, vue d'installation, Fonderie Darling, Montréal, 2004. Photo : Guy L’Heureux, permission de la Fonderie Darling, Montréal et de Catriona Jeffries, Vancouver
  • Brian Jungen, Habitat 04, vue d'installation, Fonderie Darling, Montréal, 2004. Photo : Guy L’Heureux, permission de la Fonderie Darling, Montréal et de Catriona Jeffries, Vancouver

À Ottawa, la colline du Parlement accueille un grand nombre de bronzes commémoratifs. Et dans un endroit pittoresque, pas très loin de ces statues, il y avait jadis deux constructions rudimentaires, maisonnettes en contreplaqué aux toits mansardés. À l’intérieur, on pouvait apercevoir un chat tigré siestant dans une vieille chaise berçante et un autre, immobile, attentif uniquement à la faune environnante. Ces chats, disait-on, descendaient de spécimens sauvages introduits en 1877 pour lutter contre les rongeurs. Une carte de la ville nomme l’endroit « condos des chats », tandis que le site web du Parlement l’appelle leur « sanctuaire ». Cette communauté inusitée faisait office de monument d’un autre genre, jusqu’à sa démolition, début 2013, et au déménagement subséquent de ses quelques occupants.

En 2004, inspiré par le Sanctuaire des chats et par Habitat 67, l’œuvre architecturale de Moshe Safdie, Brian Jungen créait Habitat 04 : Cité radieuse des chats, dans une galerie d’art contemporain de l’ancienne fonderie Darling (Vieux-Montréal). Pendant toute la durée de l’exposition, conçue comme un service de soutien à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA), l’artiste s’efforçait, en collaboration avec cet organisme, de trouver un foyer pour des chats abandonnés. L’espace central d’Habitat 04 déployait discrètement de minuscules caméras de surveillance filmant les activités félines, transmises sur des écrans dans le restaurant adjacent et dans la petite galerie « en coulisses ». L’idée semblait inoffensive, s’agissant d’observer les chats dans leur sculptural intérieur, et en même temps sinistre, en tant que reproduction de systèmes d’oppression et de surveillance. L’œuvre recevait simultanément deux interprétations : utopie expérimentale, d’une part, et exemple de contrôle social – une prison dont les détenus ne sont pas conscients de leur captivité –, d’autre part.

Dans la mesure où les sculptures de la colline du Parlement commémorent toutes un aspect de l’identité ou de l’histoire canadiennes, le Sanctuaire et ses résidents pouvaient illustrer le caractère démocratique de notre société et en donner une image favorable : humaine, tolérante et généreuse. On ne peut en dire autant d’Habitat 04, un monument d’une autre nature, qui se faisait l’écho de cet optimisme libéral aussi bien que des forces plus obscures qui sous-tendent l’État contemporain.

[Traduit de l’anglais par Sophie Chisogne]

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