Dossier | Nathalie Derome & Josée Tremblay

1- Josée : Je me définis comme artiste pluridisciplinaire, c'est-à-dire que mon travail artistique s'accomplit par le biais de différents médiums, champs d'explorations et traditions indépendantes les unes des autres. Par exemple, je peux créer une installation, un vidéo, un tableau, une performance et parfois, je peux intégrer ces éléments dans une même œuvre.

Nathalie : Je suis une poète sans papier. Ma pratique se divise en deux avenues : des performances et des spectacles interdisciplinaires dont les sous-titres indiquent chaque fois l'axe principal qui traverse la recherche (performance-fleuve, théâtre perforé, théâtre en forme de femme, poème sur pattes, chansons parodisiaques, etc). En ce qui a trait à la performance, la pièce se crée toujours en fonction du contexte de l'invitation, c'est-à-dire qui sont les intervenants, de qui sera composé le public, où sera présentée la performance (lieu physique de la présentation et ce qu'il symbolise [musée, galerie, intérieur, extérieur,etc.].

2- Josée : Mon approche est souvent surréaliste. Chaque création fait appel à des sources qui, au départ, sont motivées par un moteur affectif puis, par la suite, j'intègre des éléments (objets, accessoires, trame sonore, etc) qui ajoutent un degré de lecture subtilisant ou complexifiant le propos de l'œuvre.

Nathalie : Je procède plutôt à l'inverse. Mon point de départ est souvent anodin : un objet, un tissu, un costume, une posture, un geste, une imitation, une mélodie etc. Si ces éléments, à force de les tripoter, me procurent des émotions, je les structure dans un tout.

3- Josée : J'ai commencé à faire de la performance officiellement en 1991.

Nathalie : Ça remonte à 1983 avec Ramdam pour Suzanne, une performance-variétés créée avec Sylvie Laliberté. C'est la première performance réalisée avec la présence d'un public captif (spectateurs consentants).

Antérieurement, nous avons toutes les deux créé des performances in situ, des actions dans la ville pour des spectateurs nomades présents ou absents (non-comptabilisés).

Josée : Je ne pouvais pas être seulement une plasticienne parce que très jeune, j'ai été initiée à la danse et mon désir d'être physiquement impliquée dans un processus avec publie demeurait vif.

Nathalie : J'ai étudié à l'UQAM en art dramatique, mais je ne me sentais pas concernée par le théâtre même si la question de la représentation, la relation entre la scène et le public, la frontière entre la réalité et la fiction sont des thèmes récurrents dans ma pratique. Parfois dans l'isolement performatif, je rêve d'avoir une famille qui s'appellerait, pourquoi pas ? : le théâtre. Alors je retourne au théâtre. Je sors du spectacle fâchée et je retourne travailler dans mon local.

4- La performance permet aux spectateurs d'entrer en contact direct avec le créateur (ou émetteur) qui livre son message dans l'immédiat sans l'avoir nécessairement encodé d'avance. Chaque performance est porteuse d'un univers en soi et les possibilités de lecture varient pour chacun selon sa vision, sa culture et l'état d'esprit dans lequel il se trouve au moment de l'action. En ce sens, la performance est la pratique même de la liberté et c'est important pour la santé de chacun, d'un milieu artistique, d'une ville, d'un pays, etc.

5- La performance est d'abord, un processus qui s'expose dans une forme non-définitive. En éliminant la scène qui sépare l'actant du public, chaque personne présente doit assumer à sa façon, l'inévitable séduction qui existe entre les êtres dans le quotidien et dans toute représentation. La durée d'une performance et son déroulement ne sont pas assujettis aux lois du charme qui régissent habituellement la scène. Le performeur n'est pas dépendant de sa capacité de plaire en soutenant l'attention du publie mais il offre, plutôt, un espace autonome entre son œuvre, lui-même et le récepteur du message. En fait, la performance met en relief ou en perspective, la tension créée entre ces trois éléments.

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