Appel de textes

APPEL DE TEXTES - SOUMISSIONS

Les textes proposés (de 1 000 à 2 000 mots maximum, notes incluses) peuvent être envoyés en format lettre US (.doc, .docx ou .rtf) à redaction@esse.ca. SVP inclure, à même le texte, une courte notice biographique (40 mots), un résumé du texte (80-100 mots), ainsi que son adresse courriel et postale. Les propositions non afférentes aux dossiers (critiques, essais et analyses sur différents sujets en art actuel) sont aussi les bienvenues (dates de tombée : 1er septembre, 10 janvier et 1er avril de chaque année). Un accusé de réception sera envoyé dans les 7 jours suivant la date de tombée. Si vous ne l’avez pas reçu, nous vous invitons à communiquer avec nous pour vérifier la bonne réception de votre texte.

No 95 : Dossier Empathie
Avant le 1er septembre 2018

« L’empathie peut changer le monde ». Cette affirmation, on ne peut plus claire, figure dans une œuvre phare de l’artiste postconceptuel Barbara Kruger, installée en 1994 parmi les panneaux publicitaires d’une station de tramway de Strasbourg. Cette capacité à éprouver les sentiments et les émotions d’autrui, et à y répondre avec une certaine cohérence, est en effet envisagée par plusieurs comme un vecteur potentiel de changement social dans la mesure où cette disposition permettrait d’aller vers l’autre, grâce à un décentrement de soi. Si le phénomène qu’il décrit est certainement ancien, le terme empathie (Einfühlung) a été employé pour la première fois par le philosophe Robert Vischer à la fin du 19e siècle pour décrire l’expérience reliant, par un transfert d’émotions, le sujet à l’œuvre d’art. De fait, de Lipps à Schlegel en passant par Husserl, la réflexion sur l’expérience empathique est intimement liée à la philosophie de l’art et à la phénoménologie. Mais le recours au processus d’identification et de projection qui sous-tend l’expérience de l’empathie artistique connait aussi de nombreux détracteurs qui estiment que la mise à distance avec l’œuvre est nécessaire pour désaliéner les spectateurs.trices de leurs sensations corporelles et éveiller, de ce fait, leur sens critique. Rappelons que l’esthétique de la distanciation développée et théorisée par Bertolt Brecht cherchait précisément à rompre avec le principe de la catharsis aristotélicienne pour éviter l’enfermement du sujet regardant. Les artistes de l’avant-garde historique ont, dans la même veine, délibérément employé des procédés favorisant le détachement, nécessaire selon eux à l’appréciation esthétique.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette relation entre l’empathie et l’expérience esthétique ? Face aux troubles que connaît le 21e siècle (crise des réfugiées, croissance des inégalités, recrudescence de divers actes haineux, etc.), le fait de cultiver cette capacité à « se mettre à la place de l’autre » apparait comme un potentiel antidote à l’individualisme exacerbé et aux sirènes du repli sur soi identitaire. Mais est-ce que l’empathie peut réellement changer le monde ? Peut-on vraiment faire l’expérience de l’altérité ? Et dans l’affirmative, est-ce que cette expérience peut être médiée par les œuvres d’art ? Selon l’historienne de l’art Jill Bennett, les propriétés affectives de certaines œuvres peuvent aider les spectateurs.trices à saisir des expériences traumatiques loin de leur réalité. L’art peut ainsi contribuer à tisser des ponts sensibles entre des personnes géographiquement, socialement et culturellement éloignées, et dont les expériences divergent. Sous cet angle, les perceptions incarnées et l’ancrage corporel de l’empathie ne seraient pas un frein à la pensée critique, mais pourraient, au contraire, l’aiguiser. Toutefois la question demeure : est-ce que l’empathie est toujours bienveillante ? Peut-elle éveiller des émotions purement autocentrées, se limitant seulement à assurer au sujet regardant un sentiment de « bonne conscience » nullement engagé vers une véritable pensée éthique ? Sommes-nous affectivement disposés aux mêmes élans empathiques envers tous et toutes ? En d’autres mots, sommes-nous plus aptes à nous mettre à la place de quelqu’un qui nous ressemble (physiquement, socialement, culturellement…) ? Si oui, n’est-il pas essentiel, justement, de diversifier les représentations pour donner accès à une pluralité de voix (sachant que la surreprésentation des uns pèse sur la sous-représentation des autres et module notre rapport au monde) ? Enfin, est-il possible d’étendre le concept d’empathie aux formes de vie non humaines ?

Esse arts + opinions invite auteur.e.s et artistes à proposer des textes qui se penchent sur la place de l’empathie en création contemporaine. Quels regards les théories et les pratiques artistiques actuelles portent-elles sur cette question ? L’empathie peut-elle être un moteur de création ? Quels sont les modes opératoires par lesquels l’interpellation empathique prend-elle forme à travers l’expérience artistique ? Où se situe aujourd’hui la réflexion sur le principe de distanciation ? Existe-t-il un juste équilibre à entretenir au sein des œuvres entre l’effet de saisissement et celui de dessaisissement ? Ce sont quelques-unes des questions que esse espère voir traiter dans ce numéro.

POLITIQUE ÉDITORIALE
1. Esse arts + opinions, publiée trois fois l’an par Les éditions esse, est une revue d’art contemporain bilingue qui s’intéresse principalement à l’art contemporain et aux pratiques multidisciplinaires (arts visuels, performance, vidéo, musique et danse actuelles, théâtre expérimental). La revue privilégie les essais sur l’art et les analyses critiques, les comptes rendus d’expositions, à travers des textes qui abordent l’art en relation avec le contexte dans lequel il s’inscrit. Chaque numéro propose un dossier thématique, un portfolio d’œuvres, une section d’articles critiques traitant de la scène culturelle internationale, une section de comptes rendus d’expositions, d’événements et de publications. La plateforme esse.ca propose également des articles sur l’actualité artistique, de même que des archives d’anciens numéros de esse.

2. Les auteurs sont invités à proposer des textes les 10 janvier, 1er avril et 1er septembre de chaque année. Les textes peuvent être soumis pour l’une des 4 sections suivantes :
La section Dossier thématique : des essais de 1 000 à 2 000 mots (notes incluses). L’orientation thématique est disponible en ligne 4 à 6 mois avant la date tombée : http://esse.ca/fr/appeltextesfr
La section Articles : des essais, articles de fond ou entrevues de 1 000 à 1 500 mots (notes incluses).
La section Comptes rendus bref : des couvertures d’expositions, d’évènements ou de publications (500 mots maximum, sans notes de bas de page).
La section Comptes rendus long : des couvertures d’expositions ou d’évènements (950 à 1 000 mots maximum, sans notes de bas de page).

3. À moins d’une entente contraire, l’auteur(e) s’engage à soumettre un texte inédit et original.

4. Chaque texte est soumis au comité de rédaction, qui se réserve le droit de l’accepter ou de le refuser. Les critères de sélection sont basés sur la qualité de l’analyse et de la rédaction, la pertinence du texte dans le numéro en cours (la thématique), de la pertinence du corpus d’œuvres et d’artistes choisis. Un texte peut aussi être refusé en raison d’un trop grand nombre de propositions pour le numéro dans lequel il est soumis. Un délai de 6 semaines est requis pour la sélection des textes. La décision de refuser un texte est sans appel.

5. À moins d’une entente contraire, le comité ne retient pas les textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur et le sujet couvert (par exemple, les textes d’artistes sur leur propre pratique, les écrits par les commissaires d’expositions ou desdits évènements ou par la galerie d’un artiste).

6. Les auteurs dont les textes sont retenus s’engagent à formater le texte selon les normes typographiques de esse, suivant un document envoyé avec l’entente de publication.

7. Dans le respect de la vision et du style de l’auteur, le comité de rédaction se réserve le droit de demander des corrections de nature sémantique ou autre : qualité de la langue, structure générale du texte, clarté, carences, pertinence des titres et des sous-titres, normes de composition.

8. Les textes acceptés sous conditions feront l’objet d’une discussion entre l’auteur(e) et le comité de rédaction. Si des modifications sont demandées, l’auteur(e) se verra accorder quinze (15) jours pour les réaliser.

9. Tous les frais de correction typographique du texte de l’auteur(e) seront à la charge de esse sauf les corrections d’auteur, s’il y a lieu, qui seront à la charge de celui-ci.

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