Appel de textes

APPEL DE TEXTES - SOUMISSIONS

Les textes proposés (de 1 000 à 2 000 mots maximum, notes incluses) peuvent être envoyés en format lettre US (.doc, .docx ou .rtf) à redaction@esse.ca avant le 1er avril 2017. L'auteur est prié d'inclure, à même le texte, une courte notice biographique (30-50 mots), un résumé du texte (80-100 mots), ainsi que son adresse courriel et postale. Les propositions non afférentes aux dossiers (critiques, essais et analyses sur différents sujets en art actuel) sont aussi les bienvenues (dates de tombée : 1er septembre, 10 janvier et 1er avril de chaque année).

No 91 : Dossier LGBT+
Avant le 1er avril 2017

Cherchant à déboulonner les genres et les sexualités, le mouvement queer a émergé au tournant des années 1990 de l’approche intersectionnelle du Black Feminism, critiquant le «solipsisme blanc» du féminisme états-unien. Les actions du groupe d’activistes Queer Nation, visant à solidariser l’ensemble des mouvements pour les droits des personnes marginalisées, joueront également un rôle catalyseur à l’émergence du mouvement. Les parutions d’ouvrages d’envergure sur le féminisme et la postmodernité - dont Gender Trouble de Judith Butler constitue la pierre angulaire - permettent simultanément de positionner l’émergence d’une nouvelle théorisation féministe que l’on désignera sous le trope de «théorie queer». Loin de faire l’unanimité quant à ses déclinaisons nominales - postféminisme, féminisme postmoderne - le mouvement queer s’est principalement développé autour des notions de genre, d’identité et de sexualité et tend à miner le discours hétéronormatif fondé sur des catégories universelles et transhistoriques. Sous la bannière queer se retrouve donc la volonté première d’échapper à toute forme de normalisation, implicite à toutes catégorisations genrées et sexuelles. L’appareillage conceptuel développé par la pensée queer va en outre permettre de problématiser la notion de «différence» pour la troquer contre celle de «construction sociale», mettant en lumière ses présupposés ontologiques et naturalistes en questionnant les discours de «vérités» scientifiques et médicaux qui légitiment le régime binaire homme-femme, ouvrant la porte à des identités autres.

Bien que la reconnaissance des droits des personnes de minorités sexuelles et de genres fasse de plus en plus l’objet d’actions juridiques et sociales, la communauté LGBTQIA1, et plus spécifiquement les personnes racisées, demeure aujourd’hui encore fortement marginalisée et plus à risque de subir des violences physique et psychologique que leurs homologues hétérosexuels. La persistance d’actes haineux LGBTQIAphobes, en Occident comme ailleurs dans le monde (ex. tuerie d’Orlando, surreprésentation du taux de meurtres de personnes trans), nous prouvent que les luttes de la communauté LGBTQIA pour une meilleure justice sociale demeurent cruciales. Ces considérations politiques s’incarnent dans l’esthétique contemporaine et modifient considérablement notre rapport à l’image et à l’histoire de l’art en général.

Usant de stratégies de contournement ou de décentrement par rapport aux discours dominants sur les identités de genre et l’orientation sexuelle, plusieurs artistes issu.es de la communauté LGBTQIA transcendent à travers leurs pratiques la pensée binaire pour mieux esquisser des possibles en dehors de l’univers patriarcal hétéronormatif et cisnormatif. Si certaines oeuvres pointent plus spécifiquement la consubstantialité des rapports sociaux ou s’intéressent à la convergence des luttes - anticapitalistes, féministes, écologistes, altermondialistes, postcolonialistes, etc. -, l’art de la multitude LGBTQIA résiste intrinsèquement à faire consensus. Incidemment, la question de l’éthique et de la solidarité va sous-tendre nombre de pratiques artistiques collaboratives et motiver plusieurs commissariats d’expositions, que l’on voit de plus en plus réalisées conjointement par les institutions ou les artistes.

À la lumière des perspectives ouvertes par ces préoccupations artistico-politiques, ce dossier cherche à explorer les stratégies déployées par les artistes afin de rendre visible les communautés LGBTQIA et de faire entendre la multiplicité des voix en marge du régime patriarcal de production des savoirs. La diversification des lieux alternatifs de diffusion de l’art conjuguée à l’institutionnalisation de pratiques «marginalisées» est également un terreau fertile pour réfléchir la fabrique de l’histoire de l’art actuel en regard de ces enjeux. À cet égard, quel est le rôle de l’artiste ou de l’intellectuel.le dans le contexte d’une prise de parole militante ou alliée et quels sont les moyens mis de l’avant afin d’éviter l’écueil d’une réification de la pensée queer comme discours hégémonique? De quelle manière se négocient aujourd’hui les luttes trans par rapport aux luttes et aux pratiques artistiques féministes et/ou queer et quels sont les apports des artistes dans ce débat? De même, comment les artistes LGBTQIA ou allié.es négocient ces enjeux identitaires dans leur travail et inversement, de quelle manière l’art travaille-t-il à stimuler l’agentivité et l’empowerment de la multitude queer? Toutes ces questions et nombre d’autres feront l’objet de ce dossier thématique.

NOTE
1 Sigle regroupant l’ensemble des personnes non strictement hétérosexuelles: lesbiennes, gays, bisexuel.les, trans, queer, intersexuel.les, asexuel.les.

No 92 : Dossier Démocratie
Avant le 1er septembre 2017

Le mot « démocratie » suggère une société ouverte, moderne, fondée sur l’égalité. Or, comme concept et mode de gouvernance, la démocratie est marquée de nombreuses incohérences et contradictions. Instable de nature, elle exige des négociations continues et même, dans sa forme radicale, un agonisme constant, selon la proposition de Chantal Mouffe. Les notions d’individu, de communauté, de liberté, de participation, de droits et responsabilités des citoyens et des citoyennes, doivent continument être remises en question et réaffirmées. Complexe et conflictuel, le concept de démocratie a subi de nombreuses mutations au cours de son histoire relativement courte. Il reste que les quatre modèles de démocratie existants – classique, républicaine, libérale et directe – sont soutenus par les deux mêmes principes fondamentaux, à savoir, d’une part, que le pouvoir représente la majorité et, d’autre part, que les minorités sont protégées, soutenues et encouragées à accéder au pouvoir. En principe, dans une démocratie, le siège du pouvoir est « vide » et la majorité se prépare continuellement à sa propre abdication. Dès que les dirigeants cessent de protéger les minorités, la démocratie faiblit.

La réalité est que de nombreux mécanismes maintiennent les plus démunis dans une position de faiblesse et réduisent leurs possibilités de participation civique. Pour cette raison, et compte tenu de l’imbrication actuelle de la démocratie dans les politiques néolibérales et néonationales, la viabilité de celle-ci est devenue une préoccupation générale. Avec le succès croissant des politiciens populistes et le retour des régimes autoritaires en Europe et ailleurs, les droits de la personne sont compromis, et d’aucuns craignent un recul de la démocratie. Mais la démocratie ne fait pas seulement écho à des visions politiques utopiques; elle est aussi liée à des incursions néolibérales et à des interventions militaires initiées en son nom. À la lumière de ces contradictions, il est impératif d’interroger ce qui est en jeu dans sa glorification comme unique modèle politique légitime, surtout si l’on considère que, dans les démocraties actuelles, la participation des citoyens est souvent réduite au vote à de rares élections. Selon le politologue David Held, aucun des quatre modèles démocratiques n’a même de chance de survivre à la mondialisation, précisément à cause des inégalités qu’ils continuent de favoriser.

Ce numéro de esse propose une réflexion critique sur le concept de démocratie afin d’explorer ses contradictions inhérentes et ses retombées réelles, ainsi que le rôle que l’art peut y jouer. L’art est-il en mesure d’aider à radicaliser la démocratie et à la rendre résiliente? Peut-il contribuer à établir de nouvelles formes de démocratie à l’échelle locale et mondiale? Pourrait-il en faire des lieux d’expérimentation? Considérant l’idée largement admise que la culture est aujourd’hui soumise à la logique marchande, dans un monde où la voix de la protestation est perçue comme naïve ou irréaliste, l’art actuel peut-il adopter une stratégie différente et atteindre l’appareil politique en plein cœur? Peut-il appeler aux « démesures » et aux « transgressions » avant-gardistes pour motiver l’engagement citoyen et favoriser les mouvements d’opposition?

Esse vous invite à soumettre des articles portant sur des pratiques artistiques actuelles qui investiguent ces préoccupations et bien d’autres, notamment : le rôle des médias – le 4e pilier de la démocratie – et la liberté de la presse; l’antagonisme entre l’individu et la communauté; l’écart grandissant entre le citoyen ordinaire et le dirigeant politique; l’influence des groupes de pression économique et des ONG; la crise des réfugiés et le problème de l’immigration; la surveillance de masse et la protection de la vie privée; l’identité politique, la représentation et la protection constitutionnelle; l’interrelation entre les initiatives populaires et les politiques gouvernementales; et l’urgence de former un consensus ainsi que les risques associés à un tel objectif. Les artistes et les institutions culturelles peuvent jouer le rôle de catalyseurs, de médiateurs, de facilitateurs, de concepteurs d’un monde plus équitable et plus juste… n’est-ce pas?

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