Paris - Centre culturel canadien, Au milieu de nulle part

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2013
Paris
  • Vue d'exposition, Au milieu de nulle part, Centre culturel canadien, Paris, 2012. Photo : Vincent Royer / OpenUp Studio, permission du Centre culturel canadien

Au milieu de nulle part
Centre culturel canadien, Paris, du 14 novembre 2012 au 22 mars 2013

L’exposition du Centre culturel canadien programmée dans le cadre du Mois de la photo à Paris regroupe Pascal Grandmaison, Isabelle Hayeur et Thomas Kneubühler autour du titre Au milieu de nulle part. Cette locution adverbiale, « nulle part », désigne un espace insituable qui n’a ni les caractéristiques d’un lieu, une portion déterminée de l’espace permettant une identification, ni les caractéristiques d’un non-lieu, un endroit que l’on traverse mais que l’on n’habite pas. Quand on choisit malgré tout de le situer, ce nulle part permet d’imaginer une terra incognita.

Chez Pascal Grandmaison, pour qui cet endroit indéterminé est relatif au vide, elle est froide et hostile. Ses Void Views (2010), une série de paysages lunaires composés à partir d’images d’archives de la NASA en partie brûlées, laissent apparaître au milieu de ce que l’on devine être des cendres, des résidus d’images de galaxies, reconnaissables aux points lumineux caractéristiques des étoiles lointaines.

Quant aux œuvres des séries Underworlds et Excavations d’Isabelle Hayeur, elles effacent nos repères en plaçant la ligne d’horizon à fleur d’eau ou de sol, laissant peu de ciel visible. Ses coupes transversales donnent le sentiment au regardeur d’avoir peine à faire surface, un peu comme un animal fouisseur surpris de sortir de terre à un endroit qu’il n’avait pas imaginé. L’insituable est également le sentiment de l’homme qui se trouve hors de son cercle de sécurité ou de sa zone de confort. Tout est étrange pour qui s’éloigne de ce qu’il connaît. Ce manque de références pour habiter le monde peut donner lieu à une uniformisation, une mise aux normes rassurante. Dans ses photographies de Maisons modèles, Hayeur présente des maisons victoriennes préfabriquées. Son regard sur les transformations de la banlieue de Montréal et sur l’impersonnalité qui y règne donne lieu à des montages photographiques dans lesquels des maisons idéalisées, personnalisées par des prénoms, deviennent absurdes d’un point de vue architectural.

Le sentiment d’être au milieu de nulle part peut aussi être l’effet d’une situation imposée, liée à l’absurdité de nos vies contemporaines hypermodernes. Des grands chantiers d’extension des zones périurbaines aux chantiers d’électrification du nord du Québec, les photographies de Thomas Kneubühler nous montrent des paysages parfois féériques, comme ceux de la série Electric Mountains (2009), composés par les lumières qui envahissent les stations de ski du Québec. Cette urbanisation outrancière est encore au cœur de la série Office 2000, où cette fois l’embarras de l’insituable est lié à l’impersonnalité d’immeubles entièrement dédiés au monde du travail, dont chaque fenêtre, la nuit tombée, semble donner lieu à un univers à part entière, mais cache en réalité des espaces ouverts souvent inhumains. L’expérience la plus douloureuse de l’insituable est peut-être alors celle d’y reconnaître le familier.

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