FTA, Montréal - De repente fica tudo preto de gente

  • Photo : Caddah
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[In French]

Marcelo Evelin, Demolition Inc., De repente fica tudo preto de gente
Studio du Monument-National, Montréal, FTA, du 1er au 3 juin 2014

Obligeant le public à déambuler, à s’immerger dans la représentation, à entrer en relation directe avec l’œuvre et ses créateurs, mais surtout à rester sur le qui-vive du début à la fin, le spectacle du Brésilien Marcelo Evelin, De repente fica tudo preto de gente (Soudain tout est noir de monde), est sans contredit l’un des plus stimulants que le 8e FTA nous ait offerts jusqu’ici.

Les cinq danseurs, qui s’exécutent au travers des spectateurs (notez qu’une quarantaine de personnes observent depuis la mezzanine), parviennent en 60 minutes à cristalliser les relations humaines les plus complexes, des états contrastés, des rapports antagonistes. Le captivant périple nous entraine de la rage à la tendresse, de la rivalité à la solidarité, de l’individualisme au collectivisme, de la plus violente des collisions à la plus sensuelle des fusions.

Les corps sont nus, mais sans l’être vraiment puisqu’ils sont recouverts d’huile et de poussière de charbon. Ils sont tour à tour massés ou épars, debout ou couchés, hagards ou frénétiques, rampant, marchant ou courant. Les fascinants allers et venues du groupe évoquent ceux d’une famille, d’une tribu, d’une meute, ceux d’une communauté en constante mutation, d’un peuple épris de justice, aspirant à l’équilibre, ou alors tout simplement en quête d’une terre d’asile.

Vous aurez compris que le spectacle est une brillante métaphore de la vie en société, et plus précisément des rapports de domination qu’elle implique trop souvent. Dans cette enceinte, un espace clôturé par des néons clignotants, on pense inévitablement aux tensions qui déchirent la planète, celles qui opposent les majorités aux minorités, les riches aux pauvres, mais aussi et peut-être même surtout les Blancs aux Noirs.

La peur qu’ont la plupart des spectateurs d’entrer en contact avec les corps des danseurs, c’est-à-dire de s’y salir, de souiller leur peau ou leur vêtement, est en ce sens bouleversante. Heureusement, il y en a d’autres pour se laisser approcher, pour interagir avec les interprètes, leur tendre une main, soutenir leur regard... Voilà qui rassure un peu. Qui nous réconcilie, ne serait-ce que momentanément, avec la nature humaine.

Il faut dire que les interprètes sont dotés d’un magnétisme peu commun. Impossible de se soustraire à leurs processions. Toujours, on les cherche, on les épie, on marche dans leurs traces, on s’attend à ce que la bête affolée qu’ils composent surgisse derrière nous. Pas de doute, sur cette scène, danseurs et spectateurs bougent et respirent ensemble, sont partie prenante d’une seule et même chorégraphie.

Ainsi, le spectacle est loin de ne s’adresser qu’à la raison. En plus d’un discours éminemment politique, d’un propos critique, la représentation offre plusieurs réjouissances de nature plastique. Elle expose à des images magnifiques, des sons enveloppants, des corps qui, dans la lumière, rare et précieuse, ne sont rien de moins que des objets de beauté, des sculptures d’ébène qu’on contemple avec ravissement.

Christian Saint-Pierre est directeur et rédacteur en chef de la revue Jeu. Il collabore régulièrement au journal Le Devoir et à la revue esse arts + opinions.

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