Viva ! Art Action 2017

Ateliers Jean Brillant
  • Ursula Johnson, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Ursula Johnson, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Ursula Johnson, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Ursula Johnson, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Steve Giasson, performance, du 4 au 7 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Steve Giasson, performance, du 4 au 7 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Johanna Householder, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Johanna Householder, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Johanna Householder, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • Johanna Householder, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • JP Mot, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • JP Mot, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland
  • JP Mot, performance, 6 octobre 2017, Montréal. Photo : © Paul Litherland

[In French]

La soirée du 6 octobre de VIVA ! Art Action (du 4 au 7 octobre 2017) accueillait les interventions d’Ursula Johnson, de Johanna Householder, de JP Mot, en plus de la performance en continu de Steve Giasson et de la publication du zine de Catherine Lavoie-Marcus.

Le format collectif a toujours été au centre de VIVA ! Art Action, organisation fondée en 2006 par six centres d’artistes montréalais. Cette année, la sélection des artistes s’est faite en partenariat avec La Centrale, DARE-DARE, Centre d’art et de diffusion CLARK, Studio 303, articule, Skol, OBORO et Verticale, comme quoi les choix derrière la programmation relevaient d’une communauté tout entière. C’est véritablement cette idée de collectivité qui régnait aux Ateliers Jean Brillant, quartier général de VIVA !, alors que chaque soirée débutait autour de la cuisine performative de Sonja Zlatanova et d’Andreja Dugandžic.

Les interventions et performances de cette troisième soirée ont su mettre en perspective différents espaces entre les artistes et leur audience, de façon à rendre compte des systèmes – de regard, de conscience de soi, d’appartenance, d’obéissance morale – qui régissent les rapports sociaux et culturels.

La performance d’Ursula Johnson (territoire Mi’kmaw, Nouvelle-Écosse) a rapidement instauré un espace ambiguë avec le public, auquel elle avait demandé, bien avant le début de sa performance, de revêtir une combinaison de protection blanche, celle qui est portée normalement pour se prémunir contre d’éventuelles salissures. Ce costume associé à l’aseptisation a créé une distanciation avec l’imposant rassemblement autour d’elle, et servait aussi à recevoir la vidéo d’un paysage projeté sur les murs. Le public devenait ainsi l’écran sur lequel s’est installé le all-over créé par les images. Sous un regard pesant, Johnson cassait des œufs dans un bol pour en séparer le blanc, puis s’est recouvert le corps d’un mélange qu’elle a fait avec les jaunes et quelques pincées d’une épice rouge vif. Désormais de la couleur de l’argile, elle a utilisé les anneaux de gymnastique accrochés au plafond derrière elle pour se laisser pendre par les épaules, changeant de position à quelques reprises. Seuls ses pieds touchaient le sol, ce qui lui permettait de faire osciller son corps. Ses cris de lamentations se sont ajoutés à l’ambiance sonore dont les bruits sourds étaient entrecoupés à plusieurs reprises par une mélodie traditionnelle jouée au violon. C’était là une épreuve d’endurance et la tension ressentie par ce dispositif témoignait d’une violence, celle d’un corps exténué, qui confrontait la notion même d’appartenance et d’identité. Elle a par la suite reculé lentement derrière le public pour disparaître, faisant de son absence le point culminant d’une tension entre ses actions précédentes et l’éventualité de son retour, marquant ainsi la nécessité de reconnaître sa présence.

Parmi le public se trouvait Steve Giasson (Québec), occupé à sa performance quotidienne, costumé en homme-sandwich. Si le premier jour on pouvait lire des textes écrits au « Je » sur ses pancartes, puis le jour suivant, des images de son corps habillé de noir, et le lendemain deux miroirs qui reflétaient les gens tout autour, ce soir-là c’était sa nudité que dévoilait son costume d’homme-sandwich. Une image de lui debout, de face et de plain-pied, était imprimée sur les deux pancartes, celle de devant et celle de derrière, où l’on pouvait voir l’homme nu. Les pancartes ne cachaient rien de son corps ; plutôt elles le dévoilaient, nous forçant à prendre conscience de notre propre corporalité.

La performance de Johanna Householder (États-Unis/Ontario) était d’un registre léger, voire même cocasse. À l’aide de différents accessoires et dispositifs sonores, l’artiste a su instaurer une analogie visuelle entre le corps féminin et celui d’un oiseau (animal existant depuis plus de 60 millions d’années) en recréant les couinements et la gestuelle du mammifère : d’abord en portant un bec fabriqué d’un carton roulé et en usant d’un petit mécanisme pour imiter un piaillement, puis en enfilant un masque complet d’une tête d’oiseau. Cet attirail rappelait celui utilisé lors d’une intervention qu’elle avait faite dans un magasin Canadian Tire en août 2017, alors qu’elle manipulait une tronçonneuse masquée de sa tête d’oiseau, sauf qu’ici, elle a les jambes complètement nues et son arme est remplacé par un gramophone de fabrication maison qu’elle a réalisé en fixant une aiguille à l’extrémité d’un carton noir roulé en cône (qui servait d’amplificateur sonore) sous lequel elle faisait tourner un disque vinyle pour en diffuser le contenu. Elle réinvente la technologie pour en détourner son utilisation première, agissant avec et par le dispositif technologique et culturel. Son gramophone a finalement pu émettre les quelques bruits du frottement de l’aiguille sur le vinyle. De tous petits couinements se faisaient entendre ; il ne manquait plus que son masque d’oiseau, qu’elle a enfilé, pour terminer sa transformation animale. Sa forme hybride lui a permis d’instaurer un dialogue visuel ironique avec l’image d’une femme projetée sur le mur derrière elle, extrait d’un film en noir et blanc, nous rappelant avec humour la relativité de notre condition temporelle et historique.

Le travail préliminaire à la performance de Householder a été accompagné, lors d’une résidence conjointe à SKOL, par celui de Catherine Lavoie-Marcus (Québec) qui a proposé son zine TRONÇONNEUSE. Théorie et pratique, qui était distribué lors de VIVA ! En partant d’une discussion menée avec Householder sur son usage de la tronçonneuse dans ses performances récentes, Lavoie-Marcus revient sur la pertinence de l’objet en tant qu’outil qui permet d’effectuer les ruptures (physiques et idéologiques) sous-jacentes et nécessaires à une posture féministe.

La soirée s’est clôt avec une performance de JP Mot (Québec/États-Unis), qui a débuté avant même l’entrée de l’artiste. Une caméra fixée sur le front de Kimura Byol, qui allait présenter le match de boxe dans lequel Mot allait combattre, nous offrait déjà les images réelles du public assis autour d’un tapis de cartons. Ding ding ding ! Le match a commencé sous le cri de Byol, après l’entrée des deux boxeurs. Mot personnifiait ici un boxeur corrompu, personnage qu’il a élaboré lors d’une résidence de création à Verticale, où il a pu perfectionner son apprentissage de la boxe Muay Thaï de façon à entraîner et préparer son corps pour le combat. Et malgré l’agilité dans l’exécution de ses coups, Mot et son adversaire affichaient une certaine lassitude; attitude qui permettait un détachement face à la nécessité même de mener à terme les trois rounds du match. Byol est demeuré.e en retrait du combat et est intervenu.e seulement à quelques moments, soit pour prendre de l’argent tendu par Mot, qui soudoyait l’arbitre pour laisser passer un ou deux coups croches ou encore pour ramasser un protège-dents qui avait été expulsé par terre. Si la corruption que Mot met en place via son personnage est propice pour questionner la notion même d’autorité, le processus d’apprentissage corporel inhérent à sa maîtrise du Muay Thaï invite quant à lui à réfléchir sur les conditions personnelles et collectives dans lesquelles peut se développer une capacité d’agir. En réutilisant un cadre sportif, entre le combat et l’entraînement, il en arrive ainsi à questionner l’éthique et la morale derrière les structures qui imposent la servitude, l’engagement et l’obéissance.

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Il est possible de consulter les archives en ligne de VIVA ! Art Action sur leur vlog ainsi que sur leur compte Instagram.

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