Villa Arson, Nice, Go Canny ! Poétique du sabotage

90
2017
Villa Arson
  • Go Canny !, vue d'installation, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
  • Go Canny !, vue d'installation, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
  • Go Canny !, vue d'installation, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
  • Hervé Paraponaris, L'escamoteur, 2013. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
  • Go Canny !, vue d'installation, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice

[In French]

Go Canny ! Poétique du sabotage
Villa Arson, Nice, du 10 février au 30 avril 2017

Qu’invite à faire une exposition sur le sabotage opéré dans différents domaines par des artistes à travers leurs œuvres ? À contempler ou à passer à l’action ? Go Canny !, dont le titre est emprunté au milieu des dockers écossais et peut être traduit par « ne vous foulez pas » ou « faites minimum », tente de concilier les deux options avec un ensemble d’œuvres qui perturbent le cours des choses tout en se maintenant dans des univers poétiques ou esthétiques. Pas ou peu de violence donc dans les choix des trois co-commissaires, Nathalie Desmet, Eric Mangion et Marion Zilio, mais la proposition d’un répertoire d’infimes dérèglements possibles, soit autant de modèles dont tout un chacun pourrait s’inspirer dans sa propre existence. L’un des meilleurs exemples de cette conception d’un sabotage en douceur est la pièce intitulée AC/DC (2012-2017) de Charles Stankievech qui confronte deux horloges identiques, si ce n’est que l’une est alimentée en courant continu et l’autre en courant alternatif, différence produisant un léger décalage de vitesse entre elles. Certes formellement très proche de Perfect Lovers réalisée par Felix Gonzalez-Torres plus de 20 ans auparavant, ce couple d’horloges suggère non plus l’unisson d’âmes sœurs mais un moyen de ralentir le temps, rébellion tout autant métaphysique que politique ou économique qui fait rêver. L’œuvre trouve un écho dans les IKHEA©SERVICES de Jean-Baptiste Farkas qui invente toutes sortes de perturbations du quotidien, notamment le ralentissement de tâches laborieuses. Autre pièce poétique et néanmoins troublante, la machine à bulles de savon au whisky de Jeanne Berbinau Aubry, Douze ans d’âge (2012-2017), qui évoque la légèreté et la magie de l’éphémère mais soule avec ses vapeurs de mauvais alcool ceux qui y jouent trop longtemps… y compris les enfants.

Toutefois, d’autres œuvres sont plus engagées dans une lutte contre le réel comme le Bas relief (2017) de Laurent Lacotte. Des éléments de mobilier urbain anti-SDF ont été brisés, dérobés et coulés dans une plaque de béton par l’artiste pour en faire une sculpture presque au sens traditionnel. Mais, telle qu’elle est placée dans l’exposition, à une intersection où habituellement on peut s’assoir, de surcroit devant un mur de collages et slogans militants de Babi Badalov, elle interpelle le visiteur et l’incite à prendre position contre l’usage de ces éléments par les municipalités. Cependant, si forte soit-elle, cette œuvre convaincra-t-elle au-delà du temps de l’exposition une personne non acquise à la cause ? Enfin, une œuvre pointe vers une autre question en suspens, une série de prises d’Emilien Adage, Amorce (2010), qui permet de court-circuiter l’installation électrique d’un lieu, ce qui n’a pas manqué d’être mis en pratique dans les espaces de la Villa Arson. Autrement dit, l’œuvre a servi à momentanément saboter l’exposition elle-même, d’où cette interrogation : faut-il saboter l’art aussi ? Provisoirement, on peut répondre qu’il y a bien d’autres domaines à saboter en priorité.

Légendes des photos
Image 1 : Laurent Lacotte, Bas-reliefs, 2017; Babi Badalov, Linguistic confusion, 2017, vue d'installation, Villa Arson, Nice, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice et Galerie Jérôme Poggi, Paris
Image 2 : DISNOVATION.ORG, Go Canny !, vue d'installation, Villa Arson, Nice, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
Image 3 : Jeanne Berbinau Aubry, Liqueurs, 2014; Babi Badalov, Linguistic confusion, 2017, vue d'installation, Villa Arson, Nice, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice et Galerie Jérôme Poggi, Paris
Image 4 : Hervé Paraponaris, L'escamoteur, 2013. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice
Image 5 : Thomas with Olivier, DYSfordance, 2015-2017, vue d'installation, Villa Arson, Nice, 2017. Photo : Loïc Thebaud, permission de Villa Arson, Nice

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