Vide et vertige, Ivan Binet, Jocelyne Alloucherie, Mathieu Cardin, 1700 La Poste, Montréal

1700 La Poste
  • Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017.
  • Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017.
  • Jocelyne Alloucherie, Brume 2; Brume 3, 2010.
  • Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017.
  • Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017.
  • Ivan Binet, Chute 3, 2007.
  • Ivan Binet, Chute 14, 2010.
  • Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017.
  • Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017.
  • Mathieu Cardin, I.D.I. #11, 2017.

[In French]

Vide et vertige
Ivan Binet, Jocelyne Alloucherie, Mathieu Cardin, 1700 La Poste, Montréal,
du 24 mars au 19 juin 2017

Dans le cadre de sa deuxième exposition collective, sous le titre de Vide et vertige, le 1700 La Poste réunit les artistes Ivan Binet, Jocelyne Alloucherie et Mathieu Cardin autour de la notion canonique du paysage. Les représentations de ce dernier sont résolument hivernales. Toutefois, chez chacun des artistes, le désir de saisir l’essence de la nordicité s’incarne différemment et place le spectateur entre contemplation, émerveillement et inquiétude.

Ivan Binet et Jocelyne Alloucherie marchent et arpentent le paysage, allant à sa rencontre, en privilégiant chez le premier des cadrages vertigineux, et chez la seconde des impressions de très grande proximité. Tandis que, à l’abri dans son atelier, Mathieu Cardin fabrique, par l’entremise de la maquette, des dispositifs scéniques dans lesquels le spectateur peut déambuler.

Ivan Binet explore le territoire québécois. Son regard se pose sur des paysages postindustriels, façonnés par l’exploitation des ressources naturelles. Les vingt-quatre photographies exposées, prises depuis 2005, relèvent de cinq séries distinctes. Ainsi, quiconque s’y étant déjà aventuré, reconnaitra les Chutes Montmorency ou les mines de Schefferville — magnifiées par des angles de vue audacieux, voire périlleux. Les photographies saisissent différents moments de l’hiver. Au milieu des montagnes, une patinoire isolée s’est transformée en mare sur laquelle fondent quelques bancs de neige. Un peu plus loin, ce qui semble être un barrage, est entièrement recouvert de frimas.

Les photographies de Binet rappellent la pratique du collage en ce qu’elles juxtaposent des masses dont les textures et les couleurs font contraste. Ici la surface lisse de l’eau, là le grain de la terre. Cette manière de faire est particulièrement visible dans les séries Chute et Mine, où l’on perd la structure paysagiste au profit d’une quasi-abstraction. Captées en plongée, les images semblent avoir inspiré le titre même de l’exposition, car elles réunissent les notions de vide et de vertige. Difficile de ne pas être attiré par les abimes qu’elles donnent à voir ou de se sentir engouffré dans les eaux troubles qui les habitent.

Depuis la mezzanine, on voit que le dispositif d’exposition a été conçu de manière à donner l’impression prégnante que les murs, triangulaires et anguleux, dérivent comme des icebergs.

La série Brume, de Jocelyne Alloucherie se déploie en quinze silhouettes d’icebergs photographiées au large de Terre-Neuve en 2008. Alors que ces architectures de glace sont ancestrales, grandioses et majestueuses, nous ne pouvons faire autrement, dans les présentes conditions environnementales, que de craindre leur disparition imminente. Serait-ce ainsi le désir d’Alloucherie qui, par la pratique du portrait, les immortalise ?

La proximité avec laquelle l’artiste a photographié les icebergs permet au spectateur d’en déceler les détails et la fine texture. Malgré leurs dimensions imposantes, ils semblent vulnérables. Vues de si près les parois, diaphanes, suintantes et reluisantes, évoquent leur fonte et leur fragilité. Dans la lumière et les vapeurs matinales, ils semblent éthérés. Comme si, à tout moment, ils risquaient de s’effondrer. Voilà qui contraste avec la pratique du portrait ou de la sculpture, qui fige les éléments, les cristallise. Les icebergs semblent déposés sur l’eau, flottant. Quoiqu’ils façonnent le relief terrestre depuis des millénaires, nous les sentons passagers, éphémères.

Les photographies s’accompagnent d’une sculpture linéaire et géométrique évoquant, vaguement, des glaciers. Les percées dans le dispositif cadrent le regard du spectateur. La sculpture, froide et aride, contraste avec les photographies.

L’invention des images de Mathieu Cardin est une référence avouée et volontaire à l’œuvre du photographe américain Ansel Adams (1902-1984), connu notamment pour sa série de clichés dans le parc national de Yosemite, en Californie. À la manière du photographe, Cardin érige par contrastes dramatiques, en noir et blanc, des reliefs de montagne. En exploitant consciemment tout le caractère artificiel et fabriqué du paysage, Cardin s’inscrit comme héritier de la pensée d’Anne Cauquelin, en rappelant par ailleurs, avec son titre, l’ouvrage de la philosophe française intitulé L’invention du paysage.

L’œuvre, mêlant sculpture et photographie, s’insère dans son lieu d’accueil en l’altérant, par l’ajout d’une cloison. Celle-ci est tramée, ponctuée d’ouvertures. Dans une alternance de pleins et de vides, rappelant la pellicule cinématographique, les sommets enneigés des montagnes se révèlent par intermittence au spectateur. D’ailleurs, Cardin n’hésite pas à cumuler les références au septième art, dont son parcours artistique est grandement inspiré. Grâce au miroir sans tain, la réflexion d’un des monts est répétée à l’infini. La démarche rappelle le feedback vidéo, cette mise en abime qui crée un effet de profondeur, en multipliant, de manière pyramidale, les vues.

Mathieu Cardin livre ici une version de son travail plus épurée et minimaliste qu’à l’habitude. Si d’ordinaire l’arrière-scène dévoile toute la quincaillerie nécessaire au subterfuge, dans un bric-à-brac contrôlé, le présent dispositif, lui, s’adapte et intègre parfaitement bien l’architecture sobre du 1700 La Poste.

Bien que les trois approches soient différentes, leur réunion témoigne d’une sensibilité quant à la condition paysagère et à la fragilité de son équilibre écologique. Le 1700 La Poste livre une exposition empreinte de poésie, de subtilité et de délicatesse.

Légendes des images
Images 1 et 2 : Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017. Photos : Guy L’Heureux, © 1700 La Poste, Jocelyne Alloucherie
Images 3 et 4 : Jocelyne Alloucherie, Brume 2; Brume 3, 2010. Photos : © Jocelyne Alloucherie
Images 5 et 6 : Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017. Photos : Guy L’Heureux, © 1700 La Poste, Ivan Binet
Image 7 : Ivan Binet, Chute 3, 2007. Photo : © Ivan Binet
Image 8 : Ivan Binet, Chute 14, 2010. Photo : © Ivan Binet
Images 9 et 10 : Vide et vertige, vue d’exposition, 1700 La Poste, Montréal, 2017. Photos : Guy L’Heureux, © 1700 La Poste, Mathieu Cardin
Image 11 : Mathieu Cardin, I.D.I. #11, 2017. Photo : © 1700 La Poste, Mathieu Cardin

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