Montréal - Théâtre La Chapelle, Cube blanc

80
2014
Montréal
  • Production Gabriel Plante, Cube blanc, 2013. photo : Alexandra B. Lefebvre

[In French]

Cube blanc
Production Gabriel Plante, Théâtre La Chapelle, Montréal, Festival Artdanthé, du 15 au 17 novembre 2013

Pas encore diplômé de l’École nationale de théâtre, Gabriel Plante présentait, en novembre dernier à La Chapelle, à l’occasion du multidisciplinaire Festival Artdanthé, non pas une, mais bien deux de ses créations : Cube blanc et Clap clap. La première pièce met en scène deux hommes en perte de contrôle et de sens, la seconde, deux femmes dans les dédales d’un rapport de domination. Dans les deux cas, il est question de la difficulté qui existe et persiste lorsqu’il s’agit d’entrer en relation, en communication avec l’autre. C’est de Cube blanc que nous avons choisi de traiter.

En observant l’objet de fascination créé par Gabriel Plante, avec la précieuse collaboration de Joël Desmarais à la scénographie (le fameux cube en mouvement) et de Vincent de Repentigny aux éclairages, en le laissant agir sur nous, troubler nos sens, jouer avec nos perceptions, on ne peut s’empêcher d’établir des rapprochements avec l’univers esthétique de Christian Lapointe. On pense d’abord et avant tout à Anky ou la fuite, cet « opéra du désordre » traduisant le chaos du monde.

Pas surprenant alors qu’on retrouve dans Cube blanc l’un des comédiens fétiches de Lapointe. Interprète atypique, œuvrant en quelque sorte sur une autre fréquence que la majorité de ses semblables, Jocelyn Pelletier profère différemment. Son ton et son débit assurent à la représentation une rupture avec la sacro-sainte mimésis et le consensuel pathos. Provoquer un dialogue entre Pelletier et un comédien tout aussi talentueux, mais qui s’est plus rarement écarté des esthétiques réalistes, Hubert Lemire, est sans contredit l’une des forces du spectacle.

Dans l’obscurité, on fixe les visages qu’on devine, on s’accroche aux voix comme à des bouées. On s’efforce de comprendre ce qui relie les deux hommes, ou plutôt ce qui les sépare, ce qui les empêche de se rejoindre, de se déchiffrer. Il est question de ces petits agacements quotidiens, par exemple, le bruit que l’autre fait ou qu’il aurait dû faire. Évoquant le théâtre de l’absurde, la partition est suffisamment mystérieuse, assez ouverte pour qu’on y projette nos propres obsessions.

Amis, amants, frères, colocataires ou comparses de cellule ? Les deux hommes pourraient bien n’être que des idées, des concepts qu’on s’acharne à croiser. Qu’on adhère ou non au minimalisme du texte, à cette graduelle décomposition du langage, on ne peut qu’être captivé par le dialogue que les corps entretiennent entre eux, mais surtout avec ce cube sans cesse reconfiguré, sans cesse désaxé, cette forme qui les avale, les repousse ou les surplombe. La maestria avec laquelle le metteur en scène orchestre cette riche géométrie laisse augurer le meilleur.

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