Montréal - Usine C, Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles

77
2013
Montréal
  • L'Orchestre d'Hommes-Orchestres, Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles, 2012. photo : Guillaume D. Cyr

[in french only]

Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles
L’Orchestre d’Hommes-Orchestres, Usine C, Montréal,
du 19 au 22 septembre 2012


L’Orchestre d’Hommes-Orchestres (LODHO) s’est fait connaître avec Joue à Tom Waits, un spectacle créé en 2005 et présenté à l’Usine C en 2009 et 2010. L’automne dernier, la formation de Québec, délicieusement inclassable, était de retour à Montréal avec sa plus récente création, Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles. Composé de Bruno Bouchard, Gabrielle Bouthiller, Jasmin Cloutier, Simon Drouin, Simon Elmaleh et Danya Ortmann, le collectif parcourt le monde avec des réalisations aussi singulières que séduisantes, des cabarets déjantés où musique et théâtre fusionnent dans une folle inventivité.

Bien que le compositeur allemand, fidèle collaborateur de Bertolt Brecht, ait connu des périodes française et états-unienne, rendre hommage à Kurt Weill, c’est nécessairement se glisser dans un cabaret berlinois des années 30 ou 40, un lieu mythique qui a permis à une vaste et fascinante contre-culture de croître en marge et même en réaction à la montée du nazisme. LODHO nous entraîne dans un antre enfumé, un plateau exigu, rempli de 1001 objets, un cabinet de curiosités dans lequel règne une faune bigarrée, pour ne pas dire excentrique, des hommes et des femmes aussi taciturnes que déterminés à faire la fête, véritables pitres à la mine patibulaire. Ils ont beau faire la gueule, ils ne sont pas ennuyeux, bien au contraire.

Alors qu’il aurait été si facile de construire le spectacle à partir des airs consacrés de Weill, le collectif a plutôt retenu des pièces méconnues, des morceaux que l’on découvre avec ravissement, d’autant qu’ils sont livrés avec une conviction peu commune. Impossible de décrire la centaine d’objets et d’instruments inventés qui se trouvent sur scène et qui sont continuellement et pour notre plus grand bonheur martelés, frottés, tordus, grattés, agités, caressés. Il faut le voir pour le croire ! Chaque chanson est un tableau où les personnages prennent de la densité, dévoilent un nouvel aspect de leur personnalité, laissent deviner les relations qu’ils entretiennent. Ceux qui ont vu The Sound of Silence, le spectacle du Letton Alvis Hermanis, présenté à Montréal lors du FTA 2009, ne pourront s’empêcher d’établir des parallèles.

Ce qu’il importe de saluer avant tout est l’aspect pleinement multi-disciplinaire de l’aventure. Rarement musique, performance, théâtre, cirque, bricolage, humour et poésie auront fait si bon et signifiant ménage. Ici, le savoir-faire s’allie manifestement au risque. L’invention paraît perpétuelle, la recherche semblant même se poursuivre sous nos yeux. À vrai dire, la représentation table sur l’imaginaire du spectateur, autrement dit sur sa capacité d’abandon, sa soif de projeter ses désirs et ses peurs dans les recoins de l’univers beau et inquiétant qui lui est proposé. Parce qu’il n’est pas si courant de recevoir pareille invitation, on se délecte de chacune des 80 minutes que dure le périple.
 

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