Montréal - Théâtre La Chapelle, Dom Juan_uncensored

77
2013
Montréal
  • Terre des Hommes, Dom Juan_uncensored, 2012. photo : Benoit Beaupré

[in french only]

Dom Juan_uncensored
Terre des Hommes, Théâtre La Chapelle, Montréal,
du 23 octobre au 10 novembre 2012


En 2008, la compagnie Terre des Hommes présente son premier spectacle, Le silence de la mer, d’après une nouvelle de Vercors. Presque dix ans après sa sortie de l’École nationale de théâtre, le comédien Marc Beaupré, indubitablement formé par André Brassard et René-Daniel Dubois, signe une première mise en scène d’une étonnante maturité, une lecture qui démontre une compréhension profonde des enjeux de l’œuvre. Les plus hardis osent alors affirmer qu’un metteur en scène nous est né.

C’est en 2010, avec Caligula_remix, inspiré de la pièce de Camus, que le talent de Beaupré se confirme. Empruntant à Suétone aussi bien qu’à Pascal Quignard, le spectacle dépeint l’empereur romain dans toute sa complexité. Incarné avec fougue par Emmanuel Schwartz, sur une scène remplie de fils et de micros, Caligula apparaît tel un coryphée tour à tour tyrannique et vulnérable, à la fois antique et contemporain, mais surtout terriblement humain. La production a depuis été reprise et plébiscitée au Québec et en France. Gageons que cela ne fait que commencer.

En octobre dernier, Beaupré dévoilait Dom Juan_uncensored, une relecture des aventures du fameux libertin prenant la pièce de Molière comme prétexte. Cette fois, encore plus radicalement que dans sa création précédente, le metteur en scène s’approprie la partition originale. La notion de transgression, indissociable du personnage, autorise Beaupré à naviguer sans ambages entre les genres et les époques, et même à défier quelques conventions théâtrales. Ainsi, en plus de s’opposer à sa société, Dom Juan affronte ici son créateur, Molière, à qui il semble d’ailleurs nettement préférer Mozart. Le jeune homme insolent incarné par David Giguère exerce sa séduction dans la salle comme sur Twitter, avec autant d’assiduité auprès d’Elvire que des Filles du roi débarquant en Nouvelle-France.

Tout en reconnaissant les audaces formelles de cette mixture, l’irrévérence avec laquelle le mythe est approché, il faut avouer que l’assemblage est nettement moins cohérent que dans Caligula_remix. À vrai dire, l’utilisation de Twitter, sur scène comme dans la salle, apporte peu, les différents registres empruntés s’emboîtent mal et, plus grave encore, le personnage principal suscite bien peu d’empathie (ni même de répulsion). Il y a pourtant dans la quête de liberté de ce séducteur invétéré une dimension révolutionnaire, une conviction à laquelle on ne demande qu’à communier. Malheureusement, cela ne se produit pas.

Tout en souhaitant au spectacle de trouver son public, ou même de connaître une nouvelle mouture, on ne peut s’empêcher de jeter un œil sur le futur, en vous disant que Marc Beaupré prépare L’Iliade_showdown, d’après Homère, et que les deux autres membres de la compagnie, François Blouin et Guillaume Tellier, travaillent respectivement à une tragédie clownesque et à une relecture du Lorenzaccio de Musset. À suivre de près.
 

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