New York - P!, Katarzyna Krakowiak, Shorthand

77
2013
New York
  • Katarzyna Krakowiak, Shorthand, 2012. photo : Prem Krishnamurthy, permission de P!, New York

[in french only]

Katarzyna Krakowiak, Shorthand
P !, New York, du 6 novembre au 23 décembre 2012

Après sa participation remarquée au dernier volet architectural de la Biennale de Venise, Katarzyna Krakowiak s’appropriait cet automne l’espace de la galerie P ! à New York. Certes moins monumentale que l’installation Making the walls quake as if they were dilating with the secret knowledge of great powers (2012), qui occupait la totalité du Pavillon polonais, le projet Shorthand s’est présenté comme un condensé des principaux enjeux qui recoupent les préoccupations actuelles de l’artiste.

Le travail de Krakowiak s’articule autour du rapport du son à l’espace, et plus particulièrement de sa relation à l’architecture comprise comme une enceinte acoustique. Capter le silence, en ciblant notamment les basses fréquences, engage l’artiste à mettre en place des dispositifs d’enregistrement et d’amplification qui, loin de tenter une retransmission idéale des sonorités imperceptibles, profitent des irrégularités des espaces clos. C’est ici que le titre Shorthand prend tout son sens. En référence à la méthode de transcription sténotypique, que l’on associe souvent à la notation des actes de procès, l’installation rediffusait le son ambiant de la galerie, en saisissant tant les bruits sourds des conduits de ventilation que ceux du trafic constant sur la rue Broome et son pavé de pierres. Le résultat, fortement amplifié et diffusé à travers les murs malgré des stratégies de dissimulation, faisait non seulement résonner l’ensemble de la galerie, mais également le corps des spectateurs. Sur ce point, l’artiste est sans équivoque : en misant sur la captation du son et la transmission des vibrations qui, entendues comme des instances processuelles, exigent une compréhension de l’œuvre dans le temps, son travail vise aussi une expérience physique, corporelle, où l’occupation de l’espace traverse l’architecture pour atteindre, en quelque sorte, notre structure intérieure.

Cette attention à la présence humaine, à sa spécificité réceptive, rejoint les exigences de Krakowiak pour les actions performatives qui accompagnent ses projets installatifs. Pour cette exposition, l’œuvre était ponctuée d’une série de performances qui, loin d’être complémentaires, en constituaient le point d’ancrage et la ligne directrice. À différentes reprises, l’artiste s’est cachée derrière une cimaise, frappant ponctuellement, mais de toutes ses forces, la paroi blanche, rajoutant ainsi aux sons ambiants déjà amplifiés une résonance nouvelle, presque trop forte pour être de source humaine. L’ambiguïté entre l’homme et la machine est un vecteur important des projets de Krakowiak, qui y voit la source d’une perception singulière de l’œuvre. En effet, durant ses performances, il est difficile de décider s’il s’agit d’un dispositif technologique qui anime la cimaise. Le simple fait de comprendre que c’est un corps humain dissimulé qui agite ce mur, créant un vacarme sans pareil dans un contexte déjà trouble, change notre rapport à l’œuvre et en modifie radicalement la portée. Sans doute l’artiste résume-t-elle mieux cette approche, et par extension l’ensemble de Shorthand, lorsqu’elle souligne l’apport fondamental de l’invisibilité dans son travail.

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