Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec

Musée national des beaux-arts du Québec
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, vue d'exposition, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo : MNBAQ, Idra Labrie
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, vues d'exposition, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo: MNBAQ, Idra Labrie
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, vue d’exposition durant la résidence de Raphaëlle de Groot, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo : MNBAQ, Idra Labrie
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, vues d’exposition durant la résidence de Raphaëlle de Groot, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo : MNBAQ, Idra Labrie
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, vue d’exposition durant la résidence de Raphaëlle de Groot, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo : MNBAQ, Idra Labrie
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, vue d’exposition après la résidence de Raphaëlle de Groot, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo : MNBAQ, Idra Labrie
  • Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet, détail de l’exposition après la résidence de Raphaëlle de Groot, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, 2016. Photo : MNBAQ, Idra Labrie

[In French]

Raphaëlle de Groot, Rencontres au sommet
Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, du 4 février au 17 avril 2016

«[…] il n’existe pas d’objet "recyclé du passé" qui ne soit pas, premièrement, un objet de désir et une invention du présent.»(1)

La salle 3 du Musée national des beaux-arts du Québec se fait le théâtre d’un étrange rassemblement : une constellation d’objets hétéroclites déposés dans l’espace viennent à la rencontre de spectateurs interloqués. Devant ce joyeux désordre organisé, ils restent pantois avant de pénétrer au cœur de cet univers matériel – sorte de cabinet des curiosités – qui, au premier regard, peut sembler inusité, mais qui n’en demeure pas moins constitué partiellement d’objets familiers : un fauteuil, un globe terrestre, des lunettes, un téléphone, des chaussures, autant de choses banales formant la trame du quotidien de tout un chacun. Aux objets communs se joignent, dans un maillage relationnel créé par la contiguïté, ceux provenant de collections publiques. Par exemple, disposé dans une vitrine en plexiglas, un violon (1925) repose sur un bassin hygiénique (hôpital Nan Haarlem, 1900-1920) dont le bec sert de support à un verre de champagne cassé. Ce côtoiement inhabituel, duquel émane une certaine organicité, contribue à créer un aspect ludique, voulu de l’artiste, qui met à l’épreuve les modes de catégorisation muséale tout en modifiant notre rapport aux objets. Cette installation à grand déploiement où dialoguent les différents médiums que sont la performance, la photographie et la vidéo, témoigne d’une collection substantielle comptant plus de 1800 articles de toutes provenances dont certains reviennent en sol québécois pour la deuxième fois puisqu’au début de son aventure l’artiste avait effectué des collectes à Lethbridge et à Québec. Collection aujourd’hui complétée, elle est présentée à la manière d’une rencontre au sommet entre hauts dirigeants.

Artiste multidisciplinaire dont le talent s’est vu récompensé en 2012 par le prestigieux prix Sobey, Raphaëlle de Groot se pose comme une des figures les plus marquantes de sa génération. Exposition ayant évolué lors de son parcours à la Southern Alberta Art Gallery et la Art Gallery of Windsor, Rencontres au sommet clôture ce périple au MNBAQ et se veut l’acmé du cycle de création intitulé Le poids des objets durant lequel l’artiste a accumulé, depuis 2009, des objets de nature différente auprès de propriétaires désireux de se départir de choses vidées de leur utilité ou chargées d’un passé douloureux que de Groot cherche à faire advenir autrement dans le présent. Les raisons de ces abandons, mises à la disposition du spectateur, sont minutieusement colligées et archivées. Au fil de l’exposition, il est possible de rencontrer certaines phrases telles que : «Trop miteux et endommagé pour donner, mais trop précieux pour jeter» ou encore «J’essaie d’alléger ma vie et de jeter le surplus.» Ces commentaires s’arriment à la réflexion de l’artiste sur l’accumulation, qui n’est pas sans entrer en résonance avec les notions de conservation et de consommation.

Avec originalité, de Groot interroge notre façon de gérer la surabondance corollaire d’une obsolescence matérielle programmée dont un des drames serait, notamment, que les objets perdent leur sens propre, leur durée de vie étant écourtée en raison de notre mode de vie frénétique. Elle nous rappelle ainsi que, tout comme les êtres, les objets sont tissés de temps ; ils sont porteurs d’une certaine permanence à laquelle nous confions nos souvenirs, tantôt heureux, tantôt malheureux. Plusieurs des objets collectés ont passé entre de nombreuses mains, celles des propriétaires qui, en quelque sorte, ont déposé symboliquement dans ces choses une part d’eux-mêmes et le spectateur est appelé à faire l’expérience de ces mémoires entrelacées : «En effet, [chaque objet] entraîne avec lui des parcelles de son histoire et les rapports avec leurs anciens propriétaires […]. Il se dégage un constat du processus de la collecte, à savoir que si chaque objet est important eu égard à l’intérêt que l’artiste lui porte, il l’est davantage pour sa charge symbolique que pour son poids physique. Au vide et à l’absence engendrés par le transfert d’un objet répond l’enrichissement de la collection de l’artiste.»(2)

Si Rencontres au sommet témoigne d’une démarche artistique se laissant difficilement circonscrire en raison, notamment, de son ampleur, de son caractère pléthorique, il s’agit d’une œuvre dont la puissance évocatrice puise à même cette ouverture vertigineuse qui offre au spectateur la possibilité de s’y projeter. Parvenu au terme de sa visite, il voit sa perception des objets, de son environnement matériel, transformée. Inévitablement, un basculement s’est produit.

Quelque chose a changé, ne serait-ce qu’imperceptiblement…

NOTES

(1) Hans Ulrich Gumbrecht dans La mémoire des déchets : essais sur la culture et la valeur du passé, Montréal, Nota Bene, 1999, p. 144.

(2) Bernard Lamarche dans Raphaëlle de Groot. Rencontres au sommet. Catalogue d’exposition. Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, 2016, p. 75.

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