Publication | Des disques et un couteau – Martin Tétreault

87
2016
  • Martin Tétreault, Let There Be Drums et can also be played, 1986, p. 1:14-1:15. Photos : Yves Dubé

[In French]

Des disques et un couteau – Martin Tétreault, Nicole Gingras (dir.)
Montréal, les Éditions Nicole Gingras, 2015, 156 p.

«… l’inattendu, l’accident, ce n’est pas seulement se faire sur¬prendre, c’est un dialogue avec le chaos.» — Yann Leguay

Des disques et un couteau – Martin Tétreault, livre qui nous est proposé par Nicole Gingras, offre un regard inédit sur ce qui se passe dans la tête de Martin Tétreault et ce qui sort de ses mains.

Ce livre comprend trois parties, soit une entrevue avec l’artiste réalisée par Gingras, des images d’oeuvres, de courts textes de complices et compagnons de route de Tétreault, et quelques annexes. Commençons par la fin : des annexes, on retiendra surtout la postface qui aurait dû s’intituler préface car c’est là que l’on trouve la clé qui permet enfin de sortir du discours circulaire sur Martin Tétreault, son art ne se résumant pas au disque. Tétreault utilise le disque plutôt comme tremplin. Son mouvement ne va pas du bord vers le centre, mais du centre vers l’infini, comme ces fusées qui s’élancent du sol et profitent du champ gravitationnel telle une plateforme slingshot. Sa palette est beaucoup plus large que la galette de vinyle et c’est une erreur facile que de se restreindre à parler microsillons.

C’est d’ailleurs ce qui ressort clairement de la première partie, l’entrevue Gingras/Tétreault. L’artiste parle finalement peu de disques : il mentionne parfois un disque en particulier, ou un mode d’assemblage, mais il discute surtout d’idées. Il parle d’expériences vécues, tentées, de rencontres, de possibilités entrevues ou abordées. On voit apparaitre, sans surprise, le nom de Andy Warhol, on devine celui de Raymond Gervais. Autant la musique est omniprésente, autant il s’amuse sur d’autres territoires en créant des rencontres inédites, des absences graphiques et des visions cosmiques. « De copie en copie, on remonte le temps jusqu’au Big Bang. » Tétreault évoque des projets d’écriture par substitution et des performances environnementales sous forme d’accumulation d’objets. Il discute avec passion d’élastiques trouvés sur le sol et de tiges de balais mécaniques. Tétreault est un dilettante compulsif, un obsessif désinvolte, mais surtout c’est un médium. Bien qu’il se dise « émetteur-récepteur », c’est surtout l’inverse qui le qualifie le mieux.

La seconde partie est un délice d’illustrations de travaux visuels présentés chronologiquement, offrant un coup d’oeil sur l’évolution de la vision de Martin Tétreault. Ces images font apparaitre l’absence et disparaitre les Beatles, montrent la transformation d’icones tirées du quotidien et le développement d’un humour tranchant/râpant que l’artiste n’hésite pas à retourner contre lui-même. Il faut s’y attarder car il y a là plus que des images. Il y a des projets, des objets, des profondeurs.

La troisième partie du livre est une collection de quatre textes de complices de Martin Tétreault, soit Michel F. Côté, Réal La Rochelle, Yann Leguay et Carsten Stabenow, ainsi qu’un texte de Nicole Gingras sur le projet Quatuor de tourne-disques. Les propositions sont intéressantes, habiles – celle de Stabenow est remarquable – et fournissent des éléments biographiques ainsi que des témoignages appréciables, bien que parfois anecdotiques. Le livre se termine sur les références d’usage : chronologie, biographie, remerciements. Mais sans discographie. CQFD.

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