Montréal, La Biennale d’art contemporain autochtone, Culture Shift – Une révolution culturelle

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2016
Guilde canadienne des métiers d’art, musée Stewart-Hall, musée McCord, galerie Art Mûr
  • Amy Malbeuf, Glitter Sacs, 2009, vue d’installation, Art Mûr, Montréal, 2016. Photo : Mike Patten
  • Nadia Myre, Decolonial Gestures or Doing it Wrong? Refaire le chemin, capture vidéo, 2016. Photo : © Nadia Myre
  • Nadia Myre, Decolonial Gestures or Doing it Wrong? Refaire le chemin, capture vidéo, 2016. Photo : © Nadia Myre
  • BACA, vue d'exposition, Art Mûr, Montréal, 2016. Photo : Mike Patten
  • BACA, vue, d'exposition, Art Mûr, Montréal, 2016. Photo : Mike Patten

[in French]

La Biennale d’art contemporain autochtone, Culture Shift – Une révolution culturelle
Montréal, du 30 avril au 26 juin 2016

Sous le thème de la révolution, la troisième édition de la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA) regroupait en quatre espaces – soit la Guilde canadienne des métiers d’art, le musée Stewart-Hall, le musée McCord et la galerie Art Mûr – plus de 50 artistes. Après s’être penchée sur les notions de territoire et d’oralité, la BACA s’est voulue au diapason des pratiques actuelles autochtones, cherchant moins à atteindre une cohésion thématique ou formelle qu’à exhiber la pluralité des approches. Sous le commissariat de l’artiste d’ascendance cri Mike Patten, la BACA entendait ainsi décloisonner l’approche anthropologique souvent réservée aux pratiques d’art autochtone en proposant des œuvres portant sur l’écologie, l’identité sexuelle ou le postcolonialisme.

La galerie Art Mûr, pavillon central et organisateur de l’évènement depuis ses tout débuts, proposait un échantillonnage d’œuvres souvent racoleuses et subversives, une stratégie privilégiée par les artistes afin d’articuler un discours critique autour de l’autochtonie. Plus que l’affirmation d’une identité, d’un territoire ou d’une tradition autochtone, les œuvres évoquaient la pluralité des héritages, l’hétérogénéité des esthétiques et des pratiques artistiques, empruntant aux Premières Nations l’artisanat autant qu’au modernisme sa rigueur formelle. Cet habile jeu des citations invitait à réfléchir aux enjeux mêmes d’un art contemporain stricto sensu « autochtone », terme épineux à la fois descriptif et prescriptif. Malgré des références explicites à l’artisanat traditionnel tel qu’il est pratiqué par les Amérindiens et les Inuits – perlage, tissage, tressage, sculpture d’ivoire, gravure –, l’attention se portait moins sur le savoir-faire que sur l’apport réciproque de différentes cultures, de différentes histoires de l’art.

Cette idée de réciprocité est brillamment réitérée par le projet Decolonial Gestures or Doing it Wrong? Refaire le chemin de Nadia Myre, présenté au musée McCord. En suivant les modes d’emploi publiés dans des magazines de l’époque victorienne pour réaliser des objets « indiens » (mocassins, paniers tressés, etc.), Myre a re-performé l’appropriation culturelle de la bourgeoisie blanche envers les peuples autochtones dans le but d’en désactiver la charge oppressive. L’intervention de Myre était en outre l’occasion de réfléchir au rôle des musées et à leur responsabilité éthique eu égard aux cultures qu’ils exposent et incidemment, qu’ils légitiment.

Si la révolution invite au changement, elle appelle aussi à un retour, étant simultanément l’aboutissement et la prémisse d’un cycle sans fin. Tablant sur ces paradoxes, la Guilde canadienne des métiers d’art présentait de son côté un corpus d’artistes inuits qui travaillent la notion d’identité, plus que jamais à cheval entre contemporanéité et tradition. Épargnée par la technologisation des moyens de communication jusqu’à tout récemment, la communauté inuite jongle aujourd’hui avec les aléas d’une redéfinition identitaire rythmée par Internet, la porosité des frontières Nord-Sud étant exacerbée par l’accessibilité virtuelle au monde.

Si l’art autochtone n’est plus un point aveugle de l’héritage artistique – à preuve la richesse des propositions artistiques de la BACA et plus encore, l’emprunt ponctuel par des artistes allochtones d’un vocabulaire visuel indigène –, la question de la continuité semble indissociable de sa définition. La persistance d’un art autochtone sans cesse renouvelé et pourtant toujours redevable de la tradition invite à repenser la notion même d’art contemporain, et à réaffirmer sans l’ombre d’un doute la pertinence d’une telle biennale.

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